初心 Shoshin l’esprit du débutant, partie 2: humilité, la valeur n’attend pas le poids des années

 

Récemment, suite à un différend avec un élève, celui-ci m’a reproché d’avoir tendance à ne pas prendre en considération l’écart d’âge qui nous sépare. De plus de 30 ans mon aîné, l’élève considérait à tort, ou à raison, qu’il avait beaucoup de choses à m’apprendre ainsi qu’aux autres élèves de l’école durant les cours au dojo.

En outre l’élève en question, ayant eu la désinvolture de formuler explicitement son hégémonie, était bien souvent incapable de reproduire le travail demandé au point de faire régulièrement tout et son contraire, consciemment… Une attitude faisant qu’en quelques mois les débutants avaient dépassé son niveau de compréhension du travail proposé.

La valeur n’attend pas le poids des années

Comme le soulignait cette personne, qui aurait certainement souhaité être considérée bien plus que comme un simple élève, lorsque j’enseigne je ne fais aucune différence entre les élèves venant au dojo, mis à part dans les adaptations pédagogiques. S’il est vrai que j’ai des affinités particulières avec des stagiaires ou élèves réguliers, le dojo est à mon sens un lieu où toute forme de sentiment relationnel doit rester en dehors du tatami. Il en va de même de notre vécu.

J’ai conscience qu’il me reste de longues années devant moi et mon âge surprend régulièrement lorsqu’on me le demande. Je compte d’ailleurs parmi mes élèves des personnes plus jeunes que moi mais aussi bien plus âgées. Cependant l’âge est une notion qui m’importe peu au sens où je reste  persuadé que nous avons tous à apprendre des uns et des autres.  Et bien que les élèves ne s’en rendent pas toujours compte, j’apprends énormément à leur contact quel que soit leur niveau.

Cela ne m’empêche en rien d’avoir énormément de respect pour mes aînés mais ni plus ni moins que pour mes cadets. La raison est simple, à mes yeux la valeur n’attend pas le nombre des années. Chaque année, je rencontre autant d’adeptes ayant une faible expérience dans le monde des Budos tout aussi intéressant, et source de progrès personnels, que d’ adeptes ayant une vie d’étude derrière eux.

Echange entre Pascal et Damien, deux pratiquants avec plusieurs années expériences et un écart d’âge conséquent, travaillant ensemble en toute humilité

Enseigner et recevoir

Chaque élève venant au dojo vient pour apprendre et il est du devoir de l’enseignant de traiter l’ensemble des élèves sur le même pied d’égalité et avec équité. Agir envers chacun avec la même bienveillance, le même désir de transmettre ceux pour quoi ils viennent. Quel que soit leur passif, leurs difficultés,chaque élève revêt la même importance à mes yeux, et mérite la même attention. En outre il ne me semble pas correct qu’une personne use de « son expérience », que ce soit au dojo ou dans nos vies quotidiennes, pour faire valoir une légitimité et réclamer une attention toute particulière ou un rôle supérieur aux autres élèves. On peut étudier cinq ans tout en ayant un niveau de compréhension limité comme une année en acquérant en très peu de temps un compréhension bien supérieure, et inversement.

Que ce soit au dojo ou en stage, que ce soit un élève occasionnel ou régulier, un inconnu, un jeune ou une personne plus âgée, il me semble important de donner autant à chacun. Enseigner c’est à mon sens guider les élèves avec le cœur en nous adaptant à leur individualité tout en donnant un maximum à chacun. Avoir l’envie et le désir de tous les amener à découvrir/développer leur potentialité, leur donner les clés pour qu’ils prennent leur envole en espérant qu’un jour ils seront bien meilleurs que nous le sommes, est à mes yeux l’un des objectifs majeurs de l’enseignement. Mais cela ne peut se faire que dans un sens. Si l’enseignant est là pour nous guider, il ne peut nous amener à progresser sans que nous fassions preuve d’humilité, sans que nous fassions table rase l’instant du cours de notre vécu, de nos sentiments, pour recevoir pleinement l’enseignement qui nous est donné. L’instant présent, une notion au cœur du budo qu’il appartient à chacun d’appréhender sous peine de se limiter. 

« Un célèbre maître de zen reçoit un jour la visite d’un homme qui déclare vouloir étudier avec lui. Le maître l’invite à boire le thé pendant que le visiteur lui expose son passé, lui décrit son cheminement spirituel, ses découvertes, ses réflexions et nomme les maîtres qu’il a côtoyés.
Le maître écoute patiemment et recommence à lui verser du thé dans sa tasse déjà pleine. Celle-ci se remplit à ras bord et finit par déborder, le thé coulant tout autour. L’élève s’écrit alors « Que faites-vous?! Ma tasse est déjà pleine! ».
Et le maître lui répond « Comment voulez-vous qu’un enseignement pénètre votre esprit alors qu’il est déjà plein comme cette tasse? »

Tamura senseï, l’élève au centre des attentions

 

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