Entre diffusion et transmission: le rôle de l’enseignant dans la survie d’une école à long terme

La France est aujourd’hui reconnue comme LE pays des arts martiaux. Bien que les raisons soient nombreuses, l’une des principales réside dans la subvention et promotion du milieu associatif par l’état. Héritage de la période Gaullienne et sa politique de sportivisation, l’un des bienfaits est indéniablement une démocratisation des pratiques. En outre, la France est actuellement un des pays comptant le plus grand nombre de clubs dont l’accessibilité permet un développement conséquent des effectifs chaque année. Quelque soit l’agglomération ou communauté de communes, il devient de plus en plus simple d’avoir accès à une multitude d’activités à quelques lieues de son domicile. Si ce développement réjouit les fédérations et leur politique d’expansion, il est un fait que l’on ne peut ignorer : plus une discipline rencontre du succès, plus le niveau baisse en qualité.

Système classique de transmission : une logique de survie à long terme ?

En un siècle les grades sont devenus un leitmotiv pour de nombreux pratiquants, au point de devenir parfois un objectif se suffisant à lui seul. Les kyus et dans passent alors du statut d’outil d’introspection à celui de moyen de reconnaissance. Souvent vus comme un système traditionnel d’enseignement par paliers, ils virent le jour durant l’ère Meïji avec Kano Jigoro, fondateur du Judo. Cette invention aujourd’hui si populaire, au point de devenir l’un des symboles prédominants des Budos, trouve ses limites en matière de tradition dans la mesure où son apparition est somme toute récente.

Chaque société voit ses traditions évoluer au cours de son histoire, parfois au point où elles sont à l’opposées de celles qui les ont précédées. Lorsque l’on étudie certains éléments des traditions martiales, il est important de se pencher sur leurs origines et évolutions. En l’occurrence, le système de grade n’appartient en aucun cas à l’époque des samouraïs mais à la période d’ouverture du Japon sur le monde extérieur. Et ce n’est certainement pas un hasard que ce changement profond dans la tradition soit contemporain du bouleversement que fut l’ouverture vers l’Occident.

Les systèmes de transmission des écoles anciennes révèlent leur importance dans la compréhension de l’enseignement traditionnel japonais. Les traditions martiales ayant vu le jour avant l’ère Meïji, utilisaient un système différent dont le contenu était le suivant, à quelques variantes près selon les écoles :

Shoden : la transmission initiale,

Chuden : la transmission médiane, indiquant que la moitié du chemin avait été parcourue,

Okuden : la transmission profonde des enseignements essentiels, au sens caché, c’est-à-dire okugi, higi,

Menkyo kaiden, Mokuroku ou Inka : certificat et titre de celui à qui tous les secrets ont été transmis.

« Ces méthodes consistent dans l’apprentissage de techniques spécifiques selon une progression bien établie. Ce n’est qu’après avoir bien intégré la matière d’un niveau particulier qu’on pourra accéder au suivant. »Ellis Amdur.

Ellis Amdur recevant son titre de Shihan des mains de Nitta Sensei en 1983

L’élève ayant reçu l’ensemble des enseignements, tels que les gokuis(1), se voyait généralement décerner le menkyo kaiden, mokuroku ou inka, pouvant l’amener à succéder à son maître ou fonder une branche de l’école. Les adeptes accédant à ce stade leur permettant d’enseigner étaient rares et triés sur le volet. Il y a à cela plusieurs raisons. D’une part l’obtention d’un menkyo kaiden impliquait une étude profonde de l’école, souvent longue et ascétique, afin de recevoir la totalité des enseignements. Le maître devait également s’assurer de la fidélité de l’élève, et veiller à ce qu’il consacre sa vie à l’étude de son art.

Bien que l’on mette régulièrement cette sélection sur le compte de l’esprit conservateur japonais, elle trouve en premier lieu son origine dans la volonté de pérenniser un enseignement dans la durée. Je me suis longtemps posé des questions sur les raisons conduisant un adepte tel que Kuroda senseï à ne nommer aucun nouvel instructeur au sein du Shinbukan. A force de suivre son enseignement et en découvrant un peu plus sa personnalité, j’ai aujourd’hui le sentiment que cela tient essentiellement à son désir de préserver la qualité de la transmission. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles la plupart des écoles demandaient la signature par le sang, keppan(2), du serment de l’école, le kisshomon(3).

« Ce serment était accompagné de certaines promesses. Certaines écoles le demandaient dès l’entrée, d’autres, après une certaine période de probation, et d’autres encore, presque à la fin de l’entraînement, au moment de remettre la licence d’enseignement. On doit comprendre que le keppan était essentiel dans la plupart des ryu. En ce qui me concerne je doute de l’intégrité de ryu qui en sont exemptes ou ne l’exigent plus – en effet, ces ryu ont réussi à engendrer une loyauté chez leurs adeptes sans ce rituel. Cela se produit chaque fois que le maître-instructeur est une personne aux qualités exceptionnelles. Ces ryu deviennent cependant plus vulnérables dans les générations subséquentes. En effet, sans enseignants de compétence égale qui prennent la relève ou sans l’existence de rituels compensant l’absence momentanée d’un maître-instructeur doué, ces ryu se retrouveront de plus en plus faibles au fil des générations. » Ellis Amdur

Cette prise de position par les sokes est parfois mal perçue par des pratiquants étrangers voyant en elle le désir de conserver une certaine suprématie, de conserver un savoir sous clé. Pourtant il est factuel que plus une école se démocratise, plus la transmission baisse en qualité. Et cela a une conséquence claire sur laquelle l’ensemble des experts que j’ai rencontré est unanime : les adeptes du passé avaient un niveau supérieur au nôtre. Pour autant doit-on limiter le développement des écoles pour contrecarrer cette tendance, alors qu’elle permet aujourd’hui plus que jamais un accès à une culture au plus grand nombre ?

Kuroda senseï, transmission d’un héritage, photo de Fréderick Carnet

Un intérêt en baisse depuis quelques années

La démocratisation des arts martiaux est sans aucun doute une chance, dans la mesure où elle permet à chacun de pratiquer. Toutefois le niveau général ne cesse de diminuer. L’Aïkido, n’échappant pas à la règle, perd aujourd’hui en popularité et en crédibilité, tout en s’attirant de nombreuses critiques liées au paradoxe d’une discipline se voulant :

-traditionnelle, mais dont la majorité des pratiquant n’a pas de connaissances des traditions japonaises,
-crédible, mais qui est totalement décontextualisée,
-art de paix, de compassion, mais qui exhibe tant de luttes politiques, et bataille sur des détails techniques.

« Les enseignants devraient se rassembler pour échanger leurs expériences et le résultat de leurs recherches, sans préjugés ni parti pris. Il est ridicule que des gens qui enseignent la voie de l’harmonie et de la paix se livrent entre eux à de mesquines querelles. […] Il ne faut pas oublier qu’à une technique correspond plusieurs manières d’exécution et que les conditions d’exécution varient avec l’attaque de l’adversaire. » Tamura Nobuyoshi.

Les statistiques le montrent, depuis plusieurs années le nombre de pratiquants d’Aïkido régresse, et l’intérêt du public pour la discipline baisse de façon abrupte. Il devient difficile d’inverser la tendance, et il ne serait pas étonnant que d’ici quelques décennies son étude se limite à une poignée d’adeptes, et disparaisse même à long terme. Alors peut-on inverser la tendance tout en conservant cette accessibilité de l’enseignement pour tous ?

Acculturation et appauvrissement d’une discipline

Comme nous l’avons vu, au travers des écrits d’Ellis Amdur, la loyauté d’un disciple associée à une compréhension en profondeur de l’école, faisaient partie intégrante des critères de sélection dans le but de pérenniser un enseignement de qualité à long terme. L’expansion territoriale de l’école n’était pas une priorité, et la transmission était au premier rang des considérations d’un ryu. Une optique très différente de l’envie de diffusion que nous pouvons observer aujourd’hui.

« Sans une loyauté à toute épreuve, l’hydre de l’égotisme montre ses multiples visages dans ses étudiant qui, intoxiqués pas un savoir livresque, par la connaissance superficielle glanée dans d’autres écoles ou tout simplement enivrés par leur puissance nouvellement acquise, commencent à opérer des changements qui violent des principes fondamentaux et le caractère de la tradition enseignée. » Ellis Amdur.

Cette citation soulève l’un des problèmes majeurs auxquels sont actuellement exposés les arts martiaux, celui d’un « savoir livresque » et de « connaissances superficielles » d’une majorité de pratiquants, entrainant « des changements qui violent des principes fondamentaux et le caractère de la tradition enseignée ».

De nombreuses informations erronées circulent aujourd’hui n’ayant bien souvent ni logique ni véracité historique. Pour autant ces légendes urbaines se répandent en quelques décennies, allant jusqu’à façonner la vision du grand public. C’est par exemple le cas de l’idée selon laquelle le hakama servirait à dissimuler les déplacements. Une information que l’on entend régulièrement dans la bouche d’enseignants chevronnés et de leurs étudiants, alors qu’il suffirait d’ouvrir un livre ou de faire quelques recherches sur internet pour découvrir qu’il s’agit tout simplement du vêtement traditionnel représentatif de la classe guerrière, et qu’il était généralement retroussé ou attaché lors des batailles ou duels !

Ce genre d’acculturation appauvrit la discipline, mais n’aurait que peu de conséquences sur la pratique s’il était limité. Malheureusement les anachronismes et les inventions sont toujours plus nombreux, et sont souvent utilisés pour justifier des choix arbitraires, se prévaloir d’un savoir particulier et assurer son autorité. Ainsi des « experts » se vantant de pratiquer un art martial ancien, et s’opposant à toute évolution de la discipline sous couvert de la tradition. C’est oublier bien vite que l’Aïkido n’apparut qu’au XXème siècle, et que l’art connu déjà du vivant du Fondateur, de multiples évolutions de sa main et celles de ses disciples.

Mais de quelle tradition parlons-nous alors ? Si l’on évoque un savoir remontant aux guerriers du Japon, c’est alors aux sources de l’Aïkido que nous nous référons. Il convient alors de se pencher sérieusement sur ces origines. Et l’on découvre alors que les traditions martiales ont été, par voie de nécessité et comme tout savoir militaire, en constante évolution. Ueshiba Moriheï aurait-il souhaité que ce processus de plusieurs siècles se fige, condamnant son art à tomber dans les limbes d’une époque en constante évolution ?

Ueshiba senseï, l’importance de l’étude

Amateurisme et professionnalisme : pratiquer au service de son école

Comme toute discipline, l’Aïkido n’échappe pas à l’opposition entre l’enseignement professionnel et amateur. Les amateurs représentant une majorité de l’effectif des enseignants, et les professionnels une poignée, un élève aura dans sa vie plus de chance de suivre un amateur au quotidien et occasionnellement un expert en stage plutôt que l’inverse. Toutefois il existe des enseignants amateurs aussi qualifiés que des professionnels. Cette différence réside non pas dans la qualité statutaire amateur/professionnel, mais dans la façon d’aborder l’enseignement, avec amateurisme ou professionnalisme.

Enseigner n’est pas une activité à prendre à la légère que l’on soit rémunéré pour celle-ci ou non. Quelque soit son activité, l’enseignant se voit doté de plusieurs missions, parmi lesquelles le fait d’être au service de l’élève, responsable de sa formation tant sur le plan technique qu’éthique. Enseigner c’est vouer sa vie à aider des personnes qui poussent la porte du dojo à acquérir l’ensemble des savoirs auxquels nous avons eu accès, et espérer qu’un jour elles puissent à leur tout continuer à faire vivre l’école, et dans le meilleur des cas nous dépasser. Pourtant de nombreux enseignants créent une dépendance chez leurs étudiants, au point qu’ils ne prendront jamais leur envol, incapable de pratiquer sans leur senseï à qui ils vouent une soumission aveugle. Cette logique va bien évidemment à l’encontre de toute méthode d’enseignement censée permettre à l’élève de faire un jour son propre cheminement tel que le veut le système de transmission shu, ha, ri (4). Il n’est d’ailleurs pas rare qu’un enseignant se sente vexé, voire trahi, lorsqu’un élève quitte le club pour suivre une tierce personne. L’élève ayant acquis un certain niveau, devenu autonome, peut ainsi poursuivre son cheminement tel que ce fut le cas pour son enseignant à un moment donné de son parcours.

Toutefois les misions de l’enseignant ne s’arrêtent pas à sa relation avec l’élève. Il se doit d’être redevable à sa discipline, et d’agir avec loyauté envers son école.

« Tout ce qui précède ne sera pas évident pour qui « apprend » de l’extérieur. Il en sera ainsi aussi pour les dilettantes qui après une année seulement de formation quitteront avec la conviction d’avoir fait le tour de la question. Même après avoir tout maîtrisé, de la première coupe au sabre à la dernière incantation, on fait véritablement partie d’une koryu lorsque l’on fait la preuve de sa loyauté envers elle. C’est cette dernière condition qui rend l’enseignement d’une ryu si difficile en Occident, et sa survie à long terme, si problématique. Etre membre d’un ryu signifie que celle-ci tient une place des plus importantes dans sa vie. En fait c’est un culte qui exige qu’on lui consacre sa vie. Plus d’un se hérissera devant cette affirmation, mais c’est la vérité. […] De la même manière, personne ne peut prétendre être membre d’un ryu, et encore moins, être parvenu à une certaine maîtrise technique de celle-ci, sans faire preuve d’une intense et durable loyauté envers elle. » Ellis Amdur

Au regard de cette citation, nous pouvons nous demander si un adepte de Budo peut être considéré comme un véritable Budoka à partir du moment où sa pratique n’est pas au service de l’art mais seulement au service de lui-même ? La loyauté envers une école ne signifie pas, à notre époque, consacrer tout son temps libre à l’étude, mais à agir à son service chaque fois que nous montons sur le tatami. C’est se poser des questions vis-à-vis de nos actes, notre attitude au quotidien ; se poser des questions sur notre fidélité vis-à-vis des principes de l’école et nos senseïs. C’est tout simplement se demander quel service je rends à ma discipline à travers ma fonction d’enseignant, et mettre tout en œuvre pour préserver au maximum un niveau d’enseignement et de transmission de qualité.

Les enseignants amateurs agissant avec professionnalisme que j’ai aujourd’hui la chance de côtoyer sont dans cette optique, et j’ai souvent été surpris par leur niveau d’implication alors qu’ils cumulent emploi, vie de famille et autres loisirs. L’humilité dont ils font preuve, la sincérité de leur étude, leur désir de transmettre le plus fidèlement possible sur la base de recherches pratiques et historiques font à mes yeux figure d’exemple.

Etre un enseignant amateur n’empêche aucunement d’aborder notre activité avec professionnalisme. Toutefois cela demande que l’on y consacre du temps. L’enseignement est une vocation et il convient de ne pas toujours compter ses heures pour le bien des élèves et l’école. Cet état d’esprit implique de veiller à ne pas berner les élèves (en abordant des éléments culturels pour lesquels nous ne connaissons que très peu de choses), s’informer, lire, croiser les informations, se faire une culture sur les traditions en évitant le piège de prendre pour vérité les paroles entendues aux détours d’un vestiaire où il n’est pas rare d’entendre « Osenseï a dit … ». Bien que j’apprécie les anecdotes, il semble important de vérifier les sources de nos interlocuteurs car le monde des arts martiaux n’échappe pas aux légendes urbaines et mystifications historiques.

« On ne peut pas dire que le bon professeur soit uniquement celui qui est plus fort physiquement que les autres ou celui qui possède de bonnes techniques. C’est par un enseignement fondé sur une compréhension juste et claire du principe que l’on peut guider les élèves sans errements. » Tamura Nobuyoshi.

L’enseignant : un rôle aux responsabilités multiples

Etudier en profondeur le sens de notre travail, se questionner continuellement sur notre compréhension de la voie sans se placer en tant que détenteur d’un savoir « ultime », sont à mon sens parmi les nombreux devoirs de l’enseignant.  S’y ajoute les nécessités de s’entrainer régulièrement en dehors des cours, de participer à divers stages, échanger avec des adeptes aux points de vue différents pour se nourrir, ouvrir ses horizons pour en ressortir grandi. C’est aussi ne pas hésiter à dire à ses élèves que nous n’avons pas toujours les réponses à leurs questions, et les guider vers une source d’informations fiables. En résumé, enseigner c’est être honnête avec soi-même, avec ses élèves et son école. Un bon enseignant agira avec humilité, ouverture, curiosité alliées à une constante introspection de ses acquis et sa façon de transmettre.

L’enseignant a une part non négligeable de responsabilité dans la formation des futures générations, ainsi que l’évolution positive ou négative de son école à long terme. Enseigner c’est être redevable de l’enseignement que nous avons reçu, de ce qu’une pratique nous offre, et en retour mettre tout en œuvre pour participer à un développement de qualité au plus grand nombre. Ce n’est pas une tâche facile, et le désir d’enseigner ne peut suffire. Que l’on soit enseignant amateur ou professionnel, il semble plus que jamais important d’agir avec professionnalisme, le tout animé par un désir infaillible de transmettre une discipline en plaçant l’élève et l’avenir de l’Aïkido au centre de ses préoccupations.

Tamura senseï, l’élève au centre des attentions

Notes

1 Gokui : « secrets », dans tous les koryus ce terme fait référence au dernier degré de la transmission, celui des principes secrets qui constitue, en lui-même une licence d’enseignement. On retrouve également l’appellation gokui kaiden signifiant l’enseignement les plus secrets de l’école.

2 Keppan : serment par le sang autrefois exigé par certains ryus avant d’avoir accès aux enseignements.

3 Kishomon : serment que devait faire le néophyte lorsqu’il était accepté dans une tradition martiale classique et qui comprenait des prescriptions et proscriptions.

4 Shu, ha, ri : trois étapes d’apprentissage et de transmission suivies par les voies traditionnelles japonaises classiques.


Lectures pour approfondir le sujet

-Traditions Martiales, origine et transmission du savoir dans les écoles d’escrime japonaise, Ellis Amdur

-Aïkido, étiquette et transmission, Tamura Nobuyoshi

Article paru dans Dragon magazine Spécial Aïkido n°15: « Le mystère du Ki »

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13 réflexions sur “Entre diffusion et transmission: le rôle de l’enseignant dans la survie d’une école à long terme

  1. Konnichiwa Alex,
    En gros, je suis d’accord sur ce que tu développes dans ton article, particulièrement au sujet des enseignants amateurs. Un seul bémol, c’est au sujet du niveau hypothétique des anciennes générations qui aurait été bien plus élevé que celui des adeptes d’aujourd’hui. Hormis quelques cas exceptionnels, n’est-ce pas une façon d’idéaliser un prétendu âge d’or à jamais révolu? Nous ne pratiquons d’une façon totalement différente de celles des générations précédentes et rien ne prouve qu’un pratiquant actuel ferait pâle figure face à un pratiquant ancien tant au niveau des connaissances que celui de l’efficacité. Il y a eu, il y a et il y aura toujours des pratiquants exceptionnels sortant du lot et d’autres d’une médiocrité totale. Cette façon d’idéaliser le passé se retrouve couramment dans la vie. Ne vaut-il pas mieux vivre selon notre époque, transmettre ce que nous avons plus ou moins bien compris à ceux que cela intéresse et qui pourront peut-être aller plus loin que nous sur le chemin de la compréhension.
    Mata ne.
    Jean Luc

    • Konbanwa Jean Luc,

      Effectivement, par nécessité d’adaptation les arts martiaux ont toujours évolué et notre pratique est très certainement différente de celle du passé. Je suis d’accord avec toi sur les limites et danger d’idéaliser le passé mais malheureusement il me semble inévitable que plus le nombre de pratiquants augmente plus le niveau de travail baisse en qualité. Non pas que les élèves sérieux soient moins bons que par le passé mais parce que plus une école prend de l’ampleur plus il y a d’élèves indirects qui n’ont pas accès à une transmission directe au quotidien. Avec le temps l’enseignement se dilue.
      Pour autant cela n’est pas réellement un problème du moment que chacun y trouve son compte. Ce qui dérange un peu plus, et c’est ce que j’ai essayé de souligner, c’est qu’à partir du moment où l’on choisit d’être enseignant on se voit recouvrir de plusieurs missions autres que celle de se rendre le soir au dojo pour donner cours. Et j’ai le sentiment que ce n’est pas un statut à prendre à la légère, car enseigner demande de nombreux efforts de remise en question, d’étude, de recherche, pour apporter un maximum à ses élèves et son école.
      Après effectivement je te rejoins sur le fait qu’il est important de vivre selon notre époque et de transmettre ce que nous avons reçus (et continuons de recevoir) afin que les élèves puissent aller plus loin que nous sur le chemin de la compréhension :-).

      Mata ne,
      Alex

      • Konnichiwa Alex,
        Je pense que ce problème de transmission existe de puis le début dans toutes écoles que ce soit en Bu Jutsu ou en Budo. Et c’est tout à fait normal, un élève sera toujours différent de son enseignant et pratiquera et transmettra différemment s’il devient enseignant à son tour. Bien sûr, s’il y a beaucoup d’élèves, chacun percevra ce qu’il pourra percevoir et travaillera sur cela et ce sera différent des autres élèves. Et il n’est pas sûr que la qualité baisse mais plus que ce qui en résulte soit différent. De toute façon, dans un nombre important d’élèves, seul un petit nombre arrive à un niveau vraiment correct et chacun sont différents. Si les concepts de l’école sont respectés, où est le problème même s’ils sont exprimés différemment? Quant aux secrets, ce qui secret dans une école peut ne pas l’être dans une autre et être enseigné depuis le début. Il faut vraiment relativiser sur ce point. Et je ne pense pas que cela seulement se situe au niveau technique et finit toujours par s’acquérir ou se redécouvrir par le travail. De toute façon, les pistes pour y arriver sont transmises depuis le début et c’est avec le temps et le travail que l’on finit par les comprendre et les intégrer.
        Je te rejoins au sujet des enseignants, et ce que tu dis relève de ce que l’on peut appeler la « conscience professionnelle » même si on est un enseignant amateur. On l’a ou on ne l’a pas! Et dans ce cas, il vaut changer de voie.
        Mata ne.
        Jean Luc

      • Comme je te le disais dans ma réponse précédente je n’y vois aucun problème à partir du moment où chacun y trouve son compte sans empiéter ou dénigrer les autres. Pour ce qui est des concepts d’une école, s’ils sont respectés et qu’ils sont exprimés différemment je n’y vois aucun problème dans le sens où cela participe à l’enrichissement de l’école. Après pour ce qui d’acquérir ou redécouvrir par le travail encore une fois je te rejoins mais tout dépend de la qualité du travail fourni par un pratiquant ainsi que la qualité de la réflexion :-).

        Mata ne,
        Alex

      • Exact et là tout peut arriver mais si le travail de recherche est sincère on peut arriver à une nouvelle expression de l’école, ce qui donne en fait une nouvelle école. C’est ce qui s’est passé et qui se passe encore et cela devrait continuer dans l’avenir et c’est tout à fait normal. Après pouvons-nous juger de la qualité de l’enseignement d’une école qui n’est pas la notre? Et de la notre? C’est un sujet difficile et délicat où chacun peut avoir des avis bien divergents mais pour ma part, j’en apprend bien plus actuellement sur l’utilisation du corps et son fonctionnement qu’à mes débuts. Effectivement, il peut sembler qu’on apprend moins de techniques mais en fait on les apprends mieux avec la possibilité d’aller bien plus loin dans l’expression libre. Et n’est-ce pas mieux que de continuer à pratiquer des techniques ou des Kata complètement sclérosés? Là aussi c’est un sujet très délicat à traiter!
        Mata ne.

      • Konnichiwa Jean Luc,

        Tu soulèves nombre de sujets et questionnements intéressants qui mériteraient que l’on s’attarde dessus. Difficile de juger la qualité d’un enseignement. Peu importe les outils pédagogiques utilisés et la façon d’aborder l’étude avec les élèves du moment qu’ils sont destinés à les faire progresser et les rendre progressivement autonome afin qu’ils puissent continuer leur cheminement seul :-). Pour ce qui est du travail technique je suis entièrement d’accord avec toi. Le travail technique me semble être bien plus un outil d’étude qu’une finalité :-).

        Mata ne,
        Alex

      • Konnichiwa Alex,
        effectivement ces divers sujets peuvent amener à de très longs débats qu’on aura sûrement l’occasion de faire dans l’avenir. Concernant les techniques et Kata, Mochizuki Minoru Sensei a toujours dit que c’étaient des outils pour former le corps mais qu’en combat on devait laisser le corps s’exprimait naturellement et surtout de ne pas essayer de reproduire une technique comme on l’avait appris.
        Mata ne.
        Jean Luc

      • Avec grand plaisir :-). Merci pour ton retour sur la vision de Mochizuki Minoru Senseï et l’étude technique :-D.

        A dimanche,
        Amicalement.
        Alex

  2. Il s’agit d’une interprétation des paroles de Mochizuki Minoru Sensei. C’ qu’il voulait dire, c’est qu’en combat on ne fait pas une technique comme on l’a étudié sous sa forme académique.
    A dimanche.
    Mata ne.
    Jean Luc

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