Seul capitaine à bord: exigence et discipline

Il y a quelques mois, une amie m’a fait découvrir un ensemble de vidéos présentant plusieurs danseurs étoiles de l’Opéra de Paris. Après avoir pris le temps de les visionner en voici trois qui feront sans doute écho à nombre d’entre vous:

« En tant que danseur on a une mission artistique d’expression et de don de soi mais on a aussi une mission intérieure de toujours continuer à grandir et d’affûter ses sensations. Ça c’est une vrai quête hautement spirituelle »

Les budo sont généralement définis comme une méthode issue des traditions martiales japonaises dont l’objectif est de nous aider à nous élever. Toutefois, bon nombre de disciplines quelles qu’elles soient, concourent directement, ou non, à cette mission. Si certaines d’entre elles projettent cette mission sur le devant de la scène, nous avons souvent tendance à nous reposer sur leur simple étude pour espérer avancer. Il va sans dire que ce n’est pas parce que nous pratiquons un budo que nous en ressortirons grandi. Bien que leur étude nous montrerons diverses pistes de réalisation personnelle, elle ne peut se soustraire à un désir perpétuel de polissage de notre pratique, de nos sensations et réflexions. Loin d’être un sous objectif c’est une quête à laquelle nous devant prendre part consciemment au risque de brasser de l’air. C’est un combat de tous les instants qui, s’il est source d’évolution, ne peut se faire sans une envie immuable de progrès technique et spirituel.

« Toujours devoir progresser, pas se contenter de ce que l’on est, exigeant envers soi, être entier, pas se mentir et pas mentir au public »

Le désir de progresser, de ne pas se contenter de nos acquis allant de pair avec une continuel soif d’apprendre sont des qualités qui animent l’ensemble des experts, quelque soit leur domaine d’activité. Cependant elle s’accompagne généralement d’une forte exigence envers soi-même, source d’approfondissement.

Lorsque nous nous rendons au cours d’un enseignant nous avons inconsciemment des attentes vis à vis de lui induites  par son statut, sa personne, sa réputation ou encore son niveau. Si le choix d’un enseignant s’avère crucial nous continuons d’avoir, sur le long terme, nombre d’attentes vis à vis de son enseignement et notre évolution. Nous avons pris l’habitude de manifester intuitivement une certaine forme d’exigence vis à vis des autres et si les élèves n’en ont pas toujours conscience, il est assez aisé d’observer lorsque nous y répondons ou non. Malheureusement les exigences que nous exprimons envers autrui sont rarement  à double sens et il est bien plus courant de rencontrer une personne plus exigeante envers autrui qu’elle même.

L’enseignant constitue un pôle de connaissance indéniablement nécessaire à notre progression, cependant nous sommes finalement notre propre moteur en matière de progrès car quelque soit l’expertise de notre enseignant nous serons les seuls capitaines de notre évolution. Ce n’est pas parce qu’un enseignant est reconnu qu’il fera de nous un expert et inversement. L’exigence envers soi est une condition sine qua non du progrès mais aussi de notre investissement dans la durée. Et cela passe par la capacité à ne pas se mentir, ne pas mentir à autrui, prendre conscience du chemin parcouru et de celui qu’il reste à parcourir mais bien plus encore, être conscient du niveau d’investissement que nous devons fournir pour atteindre nos objectifs et ne pas espérer l’impensable en conséquence.

Le chemin qui mène au bonheur demande parfois de renoncer à la facilité, pour suivre les exigences de sa volonté au plus profond de soi.
Vous savez, l’être humain se complaît dans le laisser-aller, mais s’épanouit dans l’exigence de soi.
By Laurent Gounell in « L’homme qui voulait être heureux »

« ce qui permet à ma personnalité d’être totalement libre parce qu’il y a des bases tellement fondatrices, la discipline c’est la base de la liberté et pas l’inverse »

Dans un monde connaissant aujourd’hui une évolution sans précédent nous  avons aujourd’hui la possibilité d’aborder  une multitude d’activités. L’offre recouvrant un champ bien plus large que la demande, il n’est pas rare que l’on se sente tiraillé entre le désir de s’investir davantage dans un domaine et l’alternative de parcourir un large panel de loisir. A cela se rajoute nos vies professionnelles et familiales, qui si elles sont sources d’épanouissement,  viennent parfois limiter notre investissement. Qui n’a pas rêvé de pouvoir se dédoubler un instant, posséder un don d’ubiquité pour palier ce sentiment de manque de temps que les aléas du quotidien viennent façonner?

L’ensemble de ces éléments que nous voyons comme des contraires empiètent sur notre sentiment de liberté et de ce fait nous avons de plus en plus tendance à rechercher  un plaisir immédiat. S’investir corps et âme, se faire violence, pour un plaisir différé cède peu à peu le pas à un mode de consommation où le résultat instantané est de mise. Cette situation nous emmène régulièrement à flirter avec de nombreux loisirs sans réellement prendre le temps de vraiment nous y consacrer.

Chaque activité apporte son lot de plaisir, de découverte et d’épanouissement. Cependant il existe un seuil d’investissement en deçà duquel son apport se verra limité dans le temps. Si la liberté passe par la possibilité de faire soi-même des choix nous restons bien souvent prisonnier d’une incapacité à choisir. Pour autant si faire un choix constitue un premier pas, il ne peut se suffire à lui seul et va de paire avec la capacité à s’imposer une certaine forme de discipline quotidienne.

Le progrès demande de la rigueur dans la gestion de notre emploi du temps, dans notre présence aux entraînements, notre attitude face à l’apprentissage, nos partenaires, nous-même. En outre, l’auto-discipline nous permet d’avancer dans les étapes d’apprentissages, d’en comprendre la profondeur et peut nous éviter le piège de la stagnation par manque d’investissement. Parce qu’elle est source de perfectionnement et d’autonomie, elle est l’une des base fondatrice de chaque personne ayant atteint un haut niveau d’expertise. En définitive, elle est libératrice…

La discipline, c’est l’impossible conquis par la répétition, monotone et obstinée, d’un possible. By Frédéric Gros in « Marcher, une philosophie »

La force des choses est la discipline de l’esprit et l’école de la volonté. By Charles Dollfus in « De la nature humaine »

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s