Interview: Isseï Tamaki, la passion du sabre

Il y a 2 ans j’ai commencé une suite d’interviews des instructeurs de l’école Kishinkaï Aïkido. Après Tanguy Le Vourc’h et Julien Coup, voici celle d’Isseï Tamaki. Je l’ai rencontré il y a maintenant 5 ans. Séduit par son travail, la finesse et l’exigence de sa pratique, il est avant tout, au-delà de l’amitié, un de mes Sempaï.

C’est avec gentillesse qu’il a répondu positivement à ma demande, il y a quelques mois, lorsque je lui ai parlé de mon envie de réaliser une interview. Après plus de trois heures d’enregistrement, j’ai découvert au-delà du pratiquant, un adepte avisé partageant son expérience et ses réflexions sans compter. Voici pour vous l’interview parue dans le Hors série spécial Aïkido n°9 de Dragon Magasine.

Isseï Tamaki, la passion du sabre

Isseï est le second des trois frères Tamaki. De cinq ans le cadet de Léo, il a pratiqué à ses côtés depuis son enfance. Aujourd’hui il s’est forgé un prénom grâce à une technique irréprochable. Pilier de l’école Kishinkaï, il enseigne à travers l’Europe sa vision de la pratique. Une conception proche mais aux accents originaux, marquée par son exigence de finesse et son amour du sabre.

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Quand as-tu commencé à pratiquer ?

J’ai commencé à l’âge de sept ans par le Kung Fu. Léo avait douze ans, et il avait commencé à s’entraîner là-bas. Ma mère m’a simplement aussi inscrit aux cours. Ça tombait bien car à cette époque j’avais découvert les films de Bruce Lee, et ça collait bien à l’image que j’avais des arts martiaux. J’ai continué jusqu’à la jusqu’à la fin du primaire je crois.

Ensuite tu as commencé à l’Aïkido ?

Non, avant j’ai suivi les explorations de Léo qui avait découvert un enseignant qui s’appelle David Huynh. C’était un Laotien au bagage très riche, des disciplines pieds-poings telle que la Boxe Thaï au Judo, en passant par l’Aïkido, le Kali, etc… Il enseignait au Dojo d’Henry Plée à la Montagne Sainte-Geneviève, et ils avaient intitulé ce qu’il faisait Aïki Jutsu Self Défense. Je ne suis même pas sûr qu’il ait choisi ce nom, et c’était simplement le résultat de son parcours très riche.

Il y avait des légionnaires, des boxeurs, des judokas qui venaient s’entrainer, et tout le monde y trouvait son compte parce que c’était quelque chose de très varié dans le catalogue technique. C’était vraiment intéressant.

Je devais avoir douze ou treize ans lorsque j’y suis allé pour la première fois, et il n’y avait que des adultes. Je prenais donc les gants avec des gars qui faisaient parfois une centaine de kilos. (rires) J’en prenais plein la figure, mais ils étaient très bienveillants et c’était vraiment bon enfant.

Comment es-tu passé de ce travail à la pratique de l’Aïkido ?

L’enseignement de David m’intéressait toujours beaucoup, mais je ressentais un besoin d’autre chose. Comme il a changé de lieu d’enseignement à cette époque, ça a été l’occasion de sauter le pas.

Léo avait suivi son cheminement, et il était allé voir plusieurs professeurs avant de rencontrer Jacques Bardet chez qui il est resté. De mon côté je suis aussi allé en voir un près de chez moi mais… je suis parti avant la fin de l’échauffement. Ça ne me parlait pas. J’ai alors aussi été chez Jacques, et là ça correspondait beaucoup plus à ce que j’attendais. Il y avait des personnes d’horizons variés, dont certains avec une pratique qui me paraissait plus « réaliste ». J’avais seize ans.

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Tu es ensuite parti au Japon ?

Oui Léo était parti là-bas, et de mon côté… je ne faisais pas grand-chose en France. Je n’étais pas spécialement un agitateur mais j’avais été exclu de mon lycée pour absentéisme.

J’ai alors décidé d’aller faire des cours par correspondance chez ma grand-mère, à deux heures de Paris dans un village où tu n’as pas un seul magasin, presque pas de voisin. Mais je passais mon temps à m’entrainer dans le jardin. (rires) Finalement comme je ne faisais pas grand-chose, Léo m’a fait venir au Japon à l’automne 98.

Quelle a été ta première impression du Japon ?

Ma première impression c’est le Mont Fuji que j’ai vu de la fenêtre de l’avion ! Et tout de suite après ce fut la propreté de l’aéroport. Je me souviens aussi du contrôle à la douane. L’agent a vu arriver un jeune avec quarante kilos de bagages et un aller simple. Je ne parlais pas encore japonais donc je lui ai expliqué en anglais que je venais pratiquer l’Aïkido. Il était un peu étonné mais m’a laissé passer.

Léo m’attendait aux arrivées et nous sommes allés directement à Shinjuku. Là nous avons mis mes bagages dans une consigne, et il m’a amené directement… à l’Aïkikaï ! C’est la première chose que j’ai faite en arrivant au Japon. C’était le 11 septembre 1998.

Suivais-tu une personne en particulier à l’Aïkikaï, ou allais-tu à tous les cours ?

On allait à l’Aïkikaï dès qu’on pouvait. Léo m’a fait rentrer au bout d’une semaine au Bar / Café « Les Bacchanales » où il travaillait, et on habitait au même endroit, donc on allait aux entrainements ensemble. Comme je passais un peu plus de temps au travail, il allait s’entrainer un peu plus. Et puis clairement, il était plus moteur que moi dans la pratique. C’était genre « Allez, on y va. », « Bon ok, je prends mes affaires. » puis on y allait. J’étais plus suiveur qu’acteur à ce moment là. J’étais plutôt « Viens on va boire un coup ! ». (rires)

Depuis combien de temps était-il au Japon quand tu es arrivé ?

Il avait déjà du passer six mois au Japon. Il avait déjà ses marques, et avait fini par trouver le travail aux « Bacchanales ». C’était vraiment agréable comme job. Il avait également fait engager un de ses amis d’enfance qui était aussi pratiquant, et c’était vraiment une ambiance très cool. On passait nos journées à s’entraîner et travailler en rigolant.

Quel a été ton parcours dans le monde du travail japonais ?

Je n’ai travaillé qu’aux « Bacchanales ». Un seul emploi donc, mais dans lequel j’ai passé de nombreuses heures. C’était très intense. Mais en tant qu’étrangers, on ne vivait pas la même chose que les japonais.

Vous n’étiez pas considérés comme des japonais ?

Non. Même un japonais qui vit plusieurs années à l’étranger sera toujours regardé et considéré différemment. En tant que métis d’un pays admiré, nous étions donc généralement considérés avec respect. Ce n’est clairement pas la même chose lorsque tu es moitié coréen, chinois ou philippin. Quoi qu’il en soit nous n’étions pas traités comme des japonais. Et c’est parfois pour le mieux !

On n’attend pas d’un étranger qu’il fasse les choses correctement. Donc tes erreurs sont considérées comme naturelles, et les conséquences beaucoup moins dures. Par exemple un japonais qui cassait un verre ou renversait une assiette en cuisine était giflé. Un jour un commis a été mis nu dans un frigo où on lui jetait des sceaux d’eau glacée ! Une autre fois le maître d’hôtel a jeté un couteau sur un serveur qui avait fait une erreur. Le monde du travail au Japon est particulièrement violent. Et si la violence habituelle est morale, celle des domaines traditionnels tels que la cuisine est aussi physique.

As-tu aussi subi ce genre de brimade?

Jamais. D’abord parce que, malgré mon passeport japonais, j’étais étranger. Ensuite tout le monde savait que nous pratiquions les arts martiaux. Paradoxalement, c’était l’ami d’enfance de Léo qui a subi le plus. Ses deux parents étaient japonais mais il était né en France. Ce n’est pas quelque chose qui soit considéré de façon très positive…

Peux-tu nous parler de ton quotidien au Japon ?

J’allais en général au cours du Doshu, car le cours avait lieu à 6h30 le matin, avant d’embaucher. Et parfois au cours du soir. Je ne suivais personne en particulier, pratiquant avec le maître qui était présent, même si j’avais évidemment des préférences comme Masuda senseï, Sasaki senseï ou Tada senseï.

Aucun n’avait un travail proche de celui de Tamura senseï, mais de toutes façons nous en étions à nos débuts et ça a été très enrichissant de pouvoir découvrir toutes ces visions de la pratique.

J’aimais donc le travail de Sasaki senseï, mais je ne comprenais rien de ce qu’il disait. Au bout de six mois je parlais correctement, mais j’étais incapable de saisir ses jeux de mots ou ses discussions philosophiques. Après il y avait Tada senseï qui était impressionnant et avait un charisme particulier. Mais c’était un petit peu « étrange », et cela m’attirait moins à l’époque. Je me souviens aussi des cours d’Arikawa senseï. Il donnait aussi cours à l’université, donc il y avait énormément de jeunes qui venaient à ses cours. Watanabe senseï aussi était intéressant, même si la plupart des gens ne comprenait pas sa pratique.

Pour ce qui est du travail, quand tu arrives dans un nouvel emploi au Japon tu débutes au bas de l’échelle. J’ai donc passé les trois premier mois à la plonge. Puis à mesure que mon japonais s’améliorait je suis passé en salle, pour terminer barman. Je travaillais entre deux cent et deux cent cinquante heures dans le mois. Loin des trente cinq heures semaines.

Tu avais rencontré Tamura Senseï avant de partir au Japon ?

Oui. Quelques mois après avoir débuté, j’ai rencontré maître Tamura lors d’un stage. L’Aïkido avec Jacques c’était bien, structuré avec une progression, mais c’était quand même très différent.

J’ai toujours été attiré par le travail aux armes, et avec Tamura senseï le lien entre le taïjutsu et le buki waza était limpide. Le côté incisif du sabre transparaissait dans sa pratique à mains nues, et ça m’a vraiment séduit. Sans compter le fait qu’il faisait tomber ses uke sans efforts et sans que l’on comprenne comment. (rires)

Il y a un débat récurrent sur la place des armes dans la pratique et l’enseignement de l’Aïkido. Pour toi faut-il nécessairement travailler les armes pour comprendre les principes et progresser ?

Je pense que la pratique aux armes n’est pas forcément nécessaire. Mais je pense que pratiquer avec l’idée que ton adversaire est susceptible d’être armé est important.

Les arts martiaux ont été élaborés dans le but de donner à leurs adeptes les moyens de survivre à une attaque meurtrière, et donc généralement armée. Si aujourd’hui la plupart des pratiquants n’ont pas besoin de considérer cette éventualité dans leur entraînement, il n’en reste pas moins que la difficulté de cette situation permet d’aller beaucoup plus loin dans l’exigence du travail.

Qu’est ce que l’Aïkido pour toi ?

Techniquement, c’est très variable. Mais les notions d’harmonie et de compassion sont au cœur du message de Ueshiba senseï. Et pour moi cela se traduit notamment par la volonté d’épargner dans la mesure du possible son adversaire.

Comment se passait la relation avec les anciens à l’Aïkikaï ? Est-ce qu’ils prenaient en charge les nouveaux arrivants ?

Non, il n’y a pas de prise en charge automatique par les anciens. En fait c’est un endroit au fonctionnement très libre. Les anciens ne savent pas qui tu es, d’où tu viens et si tu vas rester, et donc s’il est utile de s’occuper de toi. Mais si tu le souhaites, il est possible avec le temps d’intégrer l’un des groupes informels qui coexistent au Hombu dojo.

Il y a aussi le fait qu’il s’agit d’une relation. Tu t’occupes de quelqu’un s’il veut bien que tu t’occupes de lui. Léo et moi avions une vue globale de la pratique grâce à notre parcours, et c’est quelque chose d’assez rare au Japon. Du coup nous n’avions ni le besoin ni l’envie que quelqu’un s’occupe de nous.

Quand es-tu rentré en France, et qu’est ce qui t’a poussé à revenir ?

Je suis reparti en octobre 99. J’avais un travail, on s’entraînait et on s’amusait bien, mais je ne faisais rien de constructif. Je vivais comme on peut vivre à dix-huit ans, sans penser à l’avenir.

C’était mon premier job, et je m’y étais plongé totalement. J’ai trouvé ça extraordinaire et je pense que le métier de barman peut vraiment permettre de s’épanouir. Mais tu peux aussi t’y perdre, et c’était sans doute un peu mon cas.

J’avais des horaires décalés, et je vivais parfois comme un mort-vivant. Je sortais du boulot, j’allais boire un coup avec des collègues, sauf qu’il n’était pas dix-huit heures mais deux heures du matin. Je me réveillais donc aussi souvent à treize heures pour reprendre le travail à quinze. Je n’étais pas toujours en contact avec la réalité. Comme Léo était plus âgé et avait plus de recul, il a sans doute perçu ça et m’a convaincu de reprendre mes études.

Quelles sont les différences entre la France et le Japon qui t’ont marqué à ton retour ?

C’est vrai qu’il y a des différences notables, comme la propreté, la tension chez les gens. Des choses qui étaient frappantes dans les transports publics. Je prenais le métro quotidiennement et aux heures de pointe on est évidemment serré les uns contre les autres. Mais alors qu’à Paris les gens se montrent souvent désagréables et s’énervent pour un rien, à Tokyo chacun restait calme et courtois. Il y a les grèves aussi, qui sont pour ainsi dire inexistantes au Japon.

Au Japon il y a en quelque sorte l’idée que l’on est tous dans la même situation, et que l’on ne s’estime pas mériter plus de considération que son voisin. Chacun fait donc des efforts et prends son mal en patience. Ça fait partie des bons côtés.

Après pour les mauvais côtés, il y a le rapport hiérarchique et aux anciens qui peut être extrême, que ce soit au travail ou au dojo. Ce n’est pas quelque chose dont j’ai souffert à titre personnel, mais j’ai vu suffisamment d’abus qui m’ont marqué.

Au Japon beaucoup de cuisiniers viennent étudier ou se perfectionner dans l’hexagone. Et ce fut le cas d’un des seconds avec qui nous travaillions. Arrivé en France, il a dit un jour à un commis de cuisine « Tu dois faire telle et telle chose. ». Et la personne lui a répondu « Non ! ». Il a répété ses ordres mais le commis lui a à nouveau répondu « Non ! ». Le japonais lui a mis un coup de tête et lui a cassé le nez. Le chef français est venu lui expliquer qu’en France ce n’était pas comme au Japon et qu’on ne pouvait pas faire ces choses-là. Ça lui était venu spontanément parce que c’était naturel dans son milieu dans l’archipel.

Après je n’ai rien contre la hiérarchie, le respect des anciens, et même la « communication » physique. Simplement les choses sont souvent poussées à un point tel au Japon, que cela en devient abusif.

« Communication » physique ?

Oui. Même si cela n’est pas – ou plus – dans notre culture, ce n’est pas un si mauvais côté lorsque c’est « justifié ». Les choses sont très claires. Comme dans un club de boxe et encore dans quelques dojos, où celui qui fait le malin se prend une bonne leçon par un ancien et on n’en parle plus. Ça pose les choses. Alors que quand tu n’as pas cette confrontation physique ça peut être insidieux.

De la même façon dans les bars et restaurants où j’ai travaillé à mon retour en France, il y avait souvent ce côté employé fainéant. Inutile de dire qu’au Japon c’était totalement absent. (rires) Mais enfin là-bas aussi en quinze ans les choses ont évoluées. Et ce ne sont que des généralités, avec tout ce que ça peut avoir de réducteur.

Ce que tu as vécu au Japon t’a t-il servi à ton retour en France ?

Oui. Je pense en particulier au fait de faire les choses du mieux que l’on peut, en toutes occasions. Moi j’ai appris ça grâce au sens du service, mais c’est quelque chose que l’on peut comprendre à travers d’autres domaines.

Le sens du service c’est difficile. Mais c’est quelque chose de plaisant d’arriver à faire les choses comme il faut, d’être reconnu pour ça, et que chacun soit satisfait au final. Tes collègues sont contents parce que tu permets à l’équipe de fonctionner harmonieusement. Les clients sont satisfaits parce qu’ils ont été bien reçus et ont passé un agréable moment. Et toi parce que tu as fait correctement ce que tu avais à faire. C’est valorisant pour soi. Et ce n’est pas dans le but d’avoir un pourboire parce qu’au Japon cela n’existe pas. Tu fais « simplement » les choses du mieux que tu peux là où tu es. Chacun peut ainsi s’épanouir quel que soit son rôle, et participer efficacement à l’harmonie de la société.

Et au final comprendre le sens du service, c’est savoir ce qu’est le rôle d’uke…

Le fait d’avoir la bonne place est donc une notion importante dans les arts martiaux ?

Oui. Dans les arts martiaux être mal placé c’est être vulnérable et ne pas pouvoir agir efficacement. Donc être à la bonne place c’est essentiel. Dans tous les sens du terme.

Je n’ai pas l’impression que tu aies eu du mal à t’acclimater à la vie au Japon.

En effet. Je ne connaissais que superficiellement les traditions et l’histoire du Japon, mais sans doute du fait d’avoir grandi avec un père japonais, rien ne m’a surpris. Certains détails, certaines « formes » pouvaient m’être inconnues, mais le fond m’était familier.

Pour autant je n’ai jamais été japonais, et c’est même là-bas que j’ai pris réellement pris conscience de ma part française. On désigne souvent les gens par un trait qui permet de les différencier et ici j’étais le japonais. Mais là-bas j’étais le français. Quelque part j’étais toujours un peu étranger, mais de façon positive. Malheureusement dans chaque nation il y a des étrangers qui viennent de pays qui sont méprisés, et d’autres de contrées respectées, voire admirées. Ce fut toujours le cas grâce aux relations de respect mutuel qu’il y a entre la France et le Japon.

En fait j’ai appris à apprécier le fait d’être français en étant là bas. J’y ai découvert à travers les yeux des japonais une culture française très vaste et que je n’avais pas pris la peine d’explorer.

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En dehors de l’Aïkikaï as-tu profité de ton séjour pour pratiquer d’autres disciplines ?

Avec Léo nous sommes allés pratiquer quelque temps le Karaté Kyokushinkaï au Hombu Dojo. Je me souviens de notre premier cours qui avait eu lieu avec Narushima Ryu, un formidable champion de petit gabarit. Ce qui est un exploit quand on sait qu’il s’illustrait dans les compétitions toutes catégories.

Je me souviens aussi d’un autre de nos premiers cours qui avait eu lieu avec Nicolas Pettas, un autre champion de l’école qui s’est ensuite illustré dans les compétitions de K-1. Lors de ce cours il nous faisait travailler gedan baraï, et il expliquait que sur saisie cela pouvait permettre un dégagement. Il appelle alors un uchi-deshi pour démontrer le mouvement et soudain, juste après s’être dégagé, il regarde son poignet et le gifle. Il explique alors qu’il faut se couper les ongles courts car on risque de se blesser et de blesser les autres.

Il n’y a pas eu une seconde d’hésitation. Comme le maître d’hôtel gifle le commis qui renverse un verre. C’est la même chose. Bien sûr l’uchi-deshi n’a pas dit un mot. Quand on fait une erreur au Japon, on accepte la leçon et on ne recommence pas.

C’est quand même assez différent de l’Aïkido. Qu’est ce qui vous attirait ?

Le combat probablement, et la confrontation physique qui sont généralement absents de l’Aïkido. Même dans les jyu waza, nous étions très limités dans les interactions possibles. Chez David Huynh nous avions pratiqué le combat « libre » tel qu’il est aujourd’hui pratiqué en MMA. On faisait du pied/poing, du combat au sol, du travail de clés et projections. On travaillait toutes les distances avec un véritable engagement physique. Donc avec l’Aïkido du Hombu Dojo, la différence se faisait cruellement sentir. Du coup nous faisions régulièrement des entraînements libres entre les cours à l’Aïkikaï, ainsi qu’à la salle de gym et sur le toit de notre immeuble. (rires)

Je ne crois pas que l’étude de l’Aïkido ne doive se faire qu’au dojo pendant des cours. La pratique personnelle permet bien entendu d’approfondir et de s’approprier les choses, mais aussi de travailler des éléments qui te semblent absents de ton entraînement. Au final c’est sans doute à juste titre, sans doute pas. Mais ce qui est sûr c’est que rien ne t’empêche d’expérimenter par toi-même ce dont tu crois avoir besoin. Et c’est ce que nous avons toujours fait.

Est-ce essentiel de passer par cette étape de confrontation pour pouvoir progresser en Aïkido ?

Je pense que ce ne sont pas les disciplines qui présentent des lacunes, mais que nous en avons souvent une vision trop partielle.

Finalement dans les arts martiaux, si la pratique se fait sans confrontation, ce n’est rien d’autre que du vent. Mais shomen uchi ikkyo est une confrontation dès lors qu’il y a une réelle intention d’attaque de la part de uke. Après évidemment, même s’il est possible de travailler cela très intensément, le cadre est limité. Pour progresser dans la pratique martiale il faut donc un cadre évolutif qui propose un travail de plus en plus libre, varié et engagé. Attention, engagé ne veut pas dire en force, d’aucune façon. Mais il faut aussi travailler sur l’intensité, tant dans la vitesse que l’intention et la puissance. C’est quelque chose que l’on trouve rarement dans les dojos d’Aïkido, et je trouve cela dommage parce que la discipline le permet. C’est en tout cas quelque chose que nous avons mis en place au Kishinkaï.

Mais attention, si l’absence de confrontation me semble préjudiciable, c’est aussi le cas du travail de la forme. Si tu fais seulement du combat, ta compréhension de l’art mais aussi ton efficacité seront limitées. C’est un ensemble.

Bien évidemment si ton objectif est partiel et que tu ne t’intéresses qu’à un aspect de la discipline, santé et détente par exemple, c’est parfaitement inutile. Mais si tu veux comprendre l’essence de la pratique martiale, tu ne peux pas faire l’économie d’un de ses éléments.

Lorsque Kuroda Senseï se met en face de toi pour travailler un kata, il lui arrive d’exercer une pression énorme. Et là tu te rends compte de ce qu’est, pour reprendre l’expression de Léo, le trésor effrayant du Shinbukan. Tu te rends comptes des enseignements que contiennent les katas, et tu comprends à quel point leur étude peut aussi être intense. Mais pour cela il faut évidemment un uke expérimenté, qui soit capable de te faire franchir tes limites. C’est difficile parce que si tu veux progresser, au bout d’un moment il te faut quelqu’un qui soit capable de te mettre suffisamment en difficulté.

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La pratique du Shinbukan est une de tes principales influences après l’enseignement de Tamura Senseï. Qu’est ce qui t’a séduit dans ce travail ?

J’ai rencontré Kuroda senseï lorsque je suis retourné au Japon durant l’été 2004. Et plus encore qu’avec maître Tamura, je ne comprenais pas ce qui se passait ! Le niveau d’exigence était beaucoup plus élevé, beaucoup plus fin au point que les débuts ont été très difficiles, voire pénibles. (rires) Sans compter certaines positions inhabituelles qui me fatiguaient.

Ce n’est pas une question de souplesse parce que je pense que je suis plus souple que la plupart, mais de liberté de mouvement à l’intérieur du corps. Bref, avec les douleurs, le niveau d’exigence incompréhensible au départ, et la prise de conscience que la liberté que je croyais avoir était plus que relative, j’avais soudainement fait exploser l’horizon de ma progression, et ça a été une motivation extraordinaire.

Voyais-tu un rapport avec la pratique de Tamura senseï ?

En fait j’ai appris par la suite qu’il avait rencontré Kuroda Senseï, et s’était inspiré de son travail en Aïkido. Il y avait donc un lien très clair. En outre ça m’a permis de beaucoup mieux comprendre ce qu’il souhaitait transmettre.

En stage maître Tamura n’expliquait rien. Il ne te disait pas « Mets ton pied à droite » ou « Met ta jambe à gauche ». Il disait seulement « Plus souple », « Moins de force », « Tout en même temps », mais sans jamais rentrer dans le détail. Je crois qu’il laissait les gens faire leur propre chemin. Ce qui d’ailleurs est aussi très important. Parce que tu peux tout expliquer, si les gens ne travaillent pas, ils n’auront qu’une compréhension superficielle. Mais sans doute y a-t-il un juste milieu, et en tout cas les explications et indications précises de Kuroda senseï ont pour moi été un déclic, et j’ai pu revisiter la pratique de Tamura senseï à l’aune d’une lumière neuve et puissante. Je n’avais dès lors plus d’excuses, et mes échecs ne seraient plus que le résultat de mon manque de travail.

Est-ce que Kuroda Senseï cachait une partie de son enseignement du fait que vous ne soyez pas japonais ?

Je ne pense pas. J’ai toujours eu le sentiment qu’à partir du moment où il t’acceptait dans l’école, il était prêt à tout te dévoiler. Tu peux être renvoyé si tu ne respectes pas les engagements de l’école, et c’est déjà arrivé. Mais pour moi, il ne cache rien.

Il faut comprendre qu’il est dans une logique de transmission de l’école. Il n’est pas dans une logique de diffusion, et c’est pour cela qu’il n’y a personne d’autre qui enseigne. S’il voulait diffuser au plus grand nombre, il demanderait à d’autres personnes d’enseigner son école. Mais il ne le fait pas car il privilégie la qualité à la quantité. C’est pour cela qu’il ne cache rien, et que dès le début il fait faire les choses les plus difficiles qui soient, ce qu’il appelle les gokuis.

De toutes façons pour pouvoir être utile, son enseignement nécessite une quantité de travail phénoménale. Il n’a donc pas besoin de cacher quoi que ce soit puisqu’en général très peu de personnes s’entraînent suffisamment pour pouvoir saisir le cœur de son enseignement. Mais si c’est le cas, cette école permet d’atteindre des sommets.

Le Shinbukan est une école très riche, mais très exigeante. Ce qui peut aussi être très décourageant, et des personnes cessent de suivre son enseignement parce que c’est tout simplement trop difficile par rapport au temps qu’ils peuvent consacrer à l’entrainement.

Après on revient à la question : pourquoi tu t’entraînes ? Pourquoi tu décides de suivre tel ou tel chemin ? Est-ce que c’est dans le but d’arriver à faire comme lui ? Personnellement je ne crois pas qu’un jour j’arriverai à être aussi bon, mais ce n’est pas grave parce que mon but n’est pas là, même si je tends aussi vers cet objectif. On ne va que là où on peut aller de toute façon. Ce n’est pas une course, mais un cheminement vers soi.

Le Shinbukan est une pratique assez différente de l’Aïkido vue de l’extérieur. Qu’en penses-tu, toi qui le vit de l’intérieur ?

Si on tient à faire une distinction, elle concerne surtout l’esprit qui guide la pratique. Spécifiquement, l’Aïkido véhicule une notion de bienveillance qu’incarnait maître Ueshiba, et que l’on ne retrouve nulle part à ce degré.

Sans doute le message de paix d’Osenseï n’était-il pas au premier plan de ses préoccupations lorsqu’il s’est fait connaître. Et comme tout maître d’arts martiaux, il était évidemment reconnu pour son efficacité. Mais il a sublimé cet aspect, au point de promouvoir la paix, la bienveillance et la compassion.

Après il ne faut pas oublier que c’est le résultat d’une vie de pratique. Et que l’on ne peut épargner que lorsque l’on peut détruire. C’est un stade que l’on ne peut atteindre en faisant l’économie de l’efficacité martiale. Une efficacité qui peut être atteinte à travers des choix techniques variés, et les élèves de maître Ueshiba nous ont légué beaucoup de pistes en ce sens. Pour ma part je suis celles laissées par Tamura senseï, et cela inclut le Shinbukan. Si on n’y retrouve donc pas l’enseignement de la compassion, il n’appartient qu’à soi de travailler en ce sens.

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Le discours sur la compassion de l’Aïkido ne risque-t-il pas de créer un problème dans le sens où beaucoup l’utilisent pour justifier de faire l’impasse sur l’efficacité martiale ?

Il faut que les choses soient bien claires. Une personne qui ne peut être efficace martialement ne peut épargner un attaquant. Elle ne pourra qu’être victime et subir son action.

Faire vivre techniquement la bienveillance est évidemment difficile. Mais nous ne devons pas nous contenter d’en parler parce que nous ne sommes pas capables de le réaliser. Aujourd’hui on voit deux tendances se dessiner. D’un côté des pratiquants qui essayent de casser leur partenaire en deux sans égards pour lui, et d’un autre des pratiquants qui se gargarisent de théories pacifiques sans être capables de les traduire en action. C’est un véritable problème. L’efficacité n’est pas synonyme de brutalité, et la bienveillance de faiblesse. Des adeptes comme Hino senseï le démontrent aisément.

Souvent lorsque c’est difficile et que l’on n’arrive pas à faire vivre un principe, on abandonne. Mais ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il ne faut pas le faire, bien au contraire. Au Shinbukan on ne fait que ça. Je n’arrive évidemment pas à faire vivre les principes aussi bien que maître Kuroda, mais aujourd’hui j’arrive à faire des choses que je ne pouvais pas réaliser avant. C’est en essayant et en échouant, en travaillant et en insistant que l’on progresse.

Est-il important de connaître la culture japonaise et notamment le Shintoïsme pour pouvoir comprendre le message de Ueshiba senseï ?

Je ne pense pas. D’ailleurs je connais très peu le Shintoïsme, le Bouddhisme et le Zen, de même que le Catholicisme et les autres religions. Mais ce n’est que mon point de vue et je comprends que l’on puisse penser différemment, car si je prends mon exemple la pratique des arts martiaux m’a apporté des choses extraordinaires auxquelles ceux qui ne pratiquent pas n’ont peut être pas accès. Sans doute en est-il de même pour les religions.

Tu as évoqué Hino senseï que tu suis également régulièrement. Qu’est ce qu’il t’apporte de différent par rapport aux enseignements de Kuroda senseï ou Tamura senseï ?

Ce que fait Hino senseï par exemple sur les mouvements de vague, c’est extrêmement bon pour la santé. Ça me délie le corps et me permet de développer une liberté très utile et agréable. Il est également d’une grande sensibilité, et propose des exercices autour de ce thème qui sont vraiment très intéressants.

Est-ce essentiel pour un pratiquant d’aller à la rencontre d’autres disciplines pour progresser ?

Non, pas nécessairement. Si l’enseignement est bon, tu peux trouver tout ce qui est nécessaire dans ta propre discipline. Mais cela n’empêche pas d’être curieux.

Bien sûr on choisit un cadre de travail, et ce cadre est limité car on ne peut travailler sur toutes les possibilités qui sont innombrables. Mais dans la perspective où l’on souhaite être capable de faire face à toute situation, voir d’autres disciplines élargi les perspectives et ouvre l’esprit. On est plus susceptibles de faire face à l’inattendu lorsque l’on a une vaste connaissance des possibles.

C’est un choix personnel. Moi j’ai eu une expérience avant de faire de l’Aïkido, et je continue à m’enrichir avec toutes les choses de valeur que je découvre.

Qu’est-ce que t’apporte l’enseignement ?

Au départ, ça m’a apporté un regard sur ma pratique, car en réalité tu vois chez tes élèves tes propres défauts. Ils apprennent de toi, et ce qu’ils font mal a souvent sa racine dans ce que tu leur as montré. Leurs défauts m’indiquent donc souvent ce que je dois travailler moi-même.

Est ce qu’enseigner ne limite pas la progression à partir du moment où on est plus souvent enseignant qu’élève ?

Cela dépend du niveau que tu as atteint et de celui de tes élèves.

Faut-il être exigeant avec les élèves ?

Si j’évalue mon parcours, j’ai peut être eu un côté exigeant, intransigeant même avec les élèves, et ce n’est pas forcément bon. Ce n’est pas forcément mauvais non plus, ce qui l’est c’est toujours l’excès. Mais ce qui est sûr c’est que si les élèves voient que tu es sincère dans ce que tu fais, ils continueront à te faire confiance même si ta façon de faire n’est pas parfaite.

Enseignes-tu aux enfants ?

Oui. J’ai beaucoup modifié ma façon de faire. Au départ je n’aimais pas les cours enfants. Je trouvais ça difficile et ennuyeux, parce que je voulais avant tout pratiquer et non enseigner, et que c’était plus difficile qu’avec les adultes. Aujourd’hui je commence à avoir des résultats avec les enfants, et même si je trouve toujours cela plus difficile, je trouve maintenant cela très enrichissant, particulièrement au point de vue humain.

As-tu des conseils pour les enseignants ?

J’ai l’impression que pour que les gens fassent des progrès, il faut qu’ils prennent plaisir à apprendre. Il ne s’agit pas de les satisfaire et de leur faire faire des jeux, mais de leur donner envie de pratiquer. Et c’est valable pour les enfants comme pour les adultes.

Il faut aussi savoir enseigner ce dont les élèves ont besoin, et non que ce que tu as envie de faire. Quand j’ai commencé, ce n’était pas du tout ce que je faisais. (rires)

N’est-il pas compliqué d’avoir des débutants chaque année ?

Ce qui est bien avec les débutants qui arrivent en début de saison, c’est que tu es obligé de recommencer par les bases. Et comme tu as progressé dans l’année, tu revisites ces bases. Et c’est bien pour tout le monde, les anciens comme les nouveaux et l’enseignant.

Quelles sont tes attentes envers les anciens ?

Pour les anciens je n’ai pas le même niveau d’exigence que pour les débutants. Je n’attends pas seulement d’eux qu’ils reproduisent une forme, mais qu’ils fassent vivre les principes de légèreté, de prise d’équilibre.

Et pour tous, débutants comme anciens, je demande plus d’intensité dans le travail, plus de légèreté à mesure que l’année s’écoule.

Enseignes-tu différemment en stages et en cours ?

Quand je suis en stage, je ne propose ni ne demande les mêmes choses que lorsque je suis dans mon dojo. Dans mon dojo, je peux et je dois prendre le temps d’étudier toutes les techniques et tous les principes. Mais j’ai toute l’année pour cela. En stage c’est différent. J’ai un temps limité avec des pratiquants que je ne connais souvent pas. Je dois donc me concentrer sur ce qui peut leur être utile, et qu’ils pourront travailler et développer seuls.

L’enseignant que tu vois toute l’année est ton vrai professeur. Lorsque tu vas en stage, tu vas rechercher autre chose. Quelque chose qui te permet de revisiter tes propres techniques, d’approfondir ta compréhension des éléments.

Je suis exigeant avec mes élèves, parce qu’on se voit toute l’année. Au fur et à mesure de la saison je demande un travail de plus en plus libre, avec par exemple l’étude des kaeshi waza. En stage c’est très rare.

Style: "Portrait B&W - high key"

Quel investissement attends-tu de tes élèves ?

C’est propre à chacun. Les arts martiaux représentent une place très importante dans ma vie, mais il y a des pratiquants pour lesquels la pratique n’occupe pas autant de place dans le quotidien. Ils viennent quand ils peuvent, parce qu’ils ont d’autres obligations, d’autres centres d’intérêts aussi sans doute, et c’est normal.

Par ailleurs au départ les gens sont un peu perdus. Mais lorsqu’ils commencent à se sentir à l’aise, ils prennent plus de plaisir. Et comme il y a plus de plaisir, ils pratiquent généralement plus. Avec le temps l’investissement est donc souvent de plus en plus grand.

Mais quel que soit leur investissement, j’attends des élèves qu’ils soient meilleurs à la fin de l’année qu’au début. J’attends que de la même façon que je cherche à être un bon professeur, ils cherchent à être de bons élèves. C’est à dire qu’ils étudient sincèrement. Parce que tu auras beau être le meilleur professeur du monde, si l’élève ne se donne pas les moyens d’apprendre il n’apprendra jamais. Tu ne peux pas gaver les gens avec un entonnoir. Il y a des personnes qui sont là pour t’aider à avancer, à progresser, mais finalement chacun doit faire son propre chemin. Du moment qu’ils donnent le meilleur d’eux mêmes à leur niveau, je suis satisfait.

Est ce qu’une pratique solitaire est nécessaire en plus de l’entrainement au dojo pour progresser ?

C’est essentiel pour moi. Après c’est difficile car dans les arts martiaux c’est bien d’avoir un dojo, un espace adapté, un partenaire de travail. Mais selon la place qu’occupe pour toi la pratique, tu fais des efforts pour dépasser ces difficultés.

Je m’entraine régulièrement, dans de mauvaises conditions si on peut dire. C’est-à-dire sans partenaire, dans le bruit, sans espace, ni tatami… Mais j’en ressens le besoin.

Cela se voit également si un élève travaille seul ou pas. Dans mon dojo le cours commence à 9h le samedi matin. Mais le gardien arrive à 7h30, et certains de mes élèves viennent s’entrainer à partir de 8. J’aurais pu mettre un cours en plus de 8h à 9h, mais je préfère le laisser libre. Ils sont bien contents de s’entrainer seuls, et c’est très important pour eux.

Malgré tout s’entraîner seul répond à un besoin. Cela doit être une envie personnelle, et il ne sert à rien de l’exiger des élèves.

Les pratiquants ont souvent des difficultés à pratiquer en solitaire à mains nues, et privilégient le travail aux armes lorsqu’ils sont seuls. Est-ce ton cas ?

Personnellement j’ai un goût particulier pour les armes, donc ce n’est pas très représentatif. Mais on peut tout à fait travailler seul à mains nues. De même que les karatékas répètent leurs katas, il est possible de faire irimi nage seul.

En quoi consiste ton travail personnel ?

Je travaille essentiellement le sabre. Avant d’avoir des enfants je m’entraînais régulièrement aux shurikens, mais aujourd’hui je ne le fais plus car je n’aime pas trop qu’ils me voient lancer des choses à travers la maison. Mais le Iaï par exemple, c’est bien parce que cela t’enseigne comment bouger. Le sabre est un professeur silencieux mais intransigeant.

Comment se traduit ta pratique dans ta vie quotidienne ?

Il est important de s’efforcer d’étendre les principes que l’on étudie au dojo à tous les domaines de notre existence. Aujourd’hui je pense que les arts martiaux sont là pour nous aider à grandir et nous réaliser, et pratiquer pour devenir fort ne m’intéresse plus.

La pratique m’a aidé à me connaître moi-même, et aborder les situations de la vie courante plus efficacement. Ne pas fuir, ne pas forcer, ne pas s’opposer. Même si je suis conscient qu’il y a un gros décalage entre ce que je suis capable de réaliser sur un tatami et dans la vie courante. (rires) Mais j’essaie de combler ce décalage.

Merci Isseï pour tes réponses et ta disponibilité.

Vous pouvez retrouver l’ensemble des informations et dates concernant les stages qu’Isseï dispensera durant l’année 2015-2016 ici.

 

 

 

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Une réflexion sur “Interview: Isseï Tamaki, la passion du sabre

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