Mind Practice, une vision du Iaïdo avec Robert Rodriguez

Le support vidéo est un excellent outil de communication lorsqu’il est intelligemment amené. Pour autant, bien qu’il permette de montrer le travail effectué au sein d’une école ou association, il reste à l’image d’une démonstration, orné de nombreuses difficultés à prendre en compte tout simplement parce que les attentes du public sont très diverses. Celles d’un néophyte, dont les démonstrations spectacles restent souvent une référence, ne sont bien sûr pas les mêmes qu’un pratiquant avancé qui aura tendance à rechercher le fond. Il est bien sûr difficile de contenter tout le monde et la réalisation d’une vidéo entraînera indéniablement un certain nombre de choix et de prises de positions en fonction du public ciblé. A partir de ce postulat chacun devra alors faire les choix stratégiques qui lui incombent, chaque choix étant entièrement louable s’il est fait consciemment et en connaissance de cause.

Il est donc difficile de contenter tout le monde et malheureusement certaines disciplines se prêtent bien plus à l’aspect démonstratif que d’autres. C’est pas exemple le cas du Iaïdo dont les démonstrations s’adressent à mes yeux essentiellement à un public d’initiés, tout simplement parce que la profondeur de cette pratique est difficilement visible pour un néophyte, parce qu’elle est aux antipodes des activités spectacles et démonstratives.

C’est toutefois ce qu’a réussi Nahum Ingrad à travers ce projet vidéo, Mind Practice, s’adressant à tout passionné. Une vidéo sobre et élégante proposant une vision du Iaïdo avec Robert Rodriguez, 7ème dan Renshi ZNKR, alliant quelques pointes de modernisme dans la réalisation sans pour autant enlever ou modifier la profondeur du travail présenté:


La pratique du Iaï, un plus dans nos progrès?

Le Iaïdo est une pratique exigeante nous plongeant au cœur de l’apprentissage de l’utilisation du corps mais aussi dans un entrainement complexe où nous sommes seuls face à nous-mêmes, nos difficultés, nos échecs, nos faiblesses, nos progrès etc… Semé d’embûches, c’est une pratique où il est aisé de se fourvoyer, et quitter le monde du « Jozu na keïko » pour celui du « dame na keïko », en se laissant porter par le simple plaisir futile de dégainer tel un samouraï prit dans une rixe au clair de lune. Pratique austère, à l’image des katas, elle relève pourtant plusieurs intérêts tel que nous le précise Kuroda senseï:

« Dans la pratique des katas si chacun bouge comme il en a l’habitude, de la façon la plus confortable pour lui, cela ne sert à rien, c’est « dame na keïko ». Les kata sont là pour nous apprendre à bouger d’une façon différente. Il est normal que leur pratique soit difficile. Bien sûr au départ on ne peut pas bouger correctement et le geste n’est donc pas juste. Mais si les points travaillés sont présent « heta na keïko » (entraînement maladroit) deviendra « jozu na keïko » (entraînement adroit).
Au début du kata tu te positionnes de telle façon que tu puisses pousser sur tes jambes pour te relever. Tu utilises ton corps de la façon habituelle. Dans le passé il n’y avait quasiment aucune situation où un samouraï se trouvait assis avec son sabre. C’est pourtant une des bases du Iaïjutsu car cela nous permet de développer ukimi (corps flottant, un des principes de l’école de Kuroda senseï).
Lorsque tu es assis ton sabre au fourreau et que ton adversaire est debout le sabre au clair, il est impossible d’agir à temps en utilisant ton corps de façon ordinaire car tu as deux fois plus de mouvements à réaliser. C’est ce qu’ukimi et les autres principes nous permettent d’exécuter. Il n’y a pas de préparation pour se lever, il n’y a pas le loisir de pousser dans le sol. Le sabre est dégainé et coupe tandis que l’on se relève.
Peu importe qu’aujourd’hui tu ne puisses pas te relever en travaillant ukimi, c’est là l’entraînement. Si tu te relèves en utilisant ton corps de la façon habituelle cela n’est d’aucune utilité martiale et tu resteras dans le « dame na keïko ». 

« Le sabre est un professeur silencieux mais intransigeant ».Isseï Tamaki

Pour aller plus loin dans la réflexion:

Dame Na Keïko et Heta na Keïko: retour sur le dernier stage de Kuroda senseï

Iaïto: choisir sa lame

Forger et polir: se libérer de la forme

Nakayama Hakudo et le  Ïaido Muso Shinden-ryu

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