Au cœur des principes de l’école Aïkido Kishinkaï avec Isseï Tamaki, à Limoges les 14 et 15 décembre

La pratique du Shinbukan est une de tes principales influences après l’enseignement de Tamura Senseï. Qu’est ce qui t’a séduit dans ce travail ?

J’ai rencontré Kuroda senseï lorsque je suis retourné au Japon durant l’été 2004. Et plus encore qu’avec maître Tamura, je ne comprenais pas ce qui se passait ! Le niveau d’exigence était beaucoup plus élevé, beaucoup plus fin au point que les débuts ont été très difficiles, voire pénibles. (rires) Sans compter certaines positions inhabituelles qui me fatiguaient.

Ce n’est pas une question de souplesse parce que je pense que je suis plus souple que la plupart, mais de liberté de mouvement à l’intérieur du corps. Bref, avec les douleurs, le niveau d’exigence incompréhensible au départ, et la prise de conscience que la liberté que je croyais avoir était plus que relative, j’avais soudainement fait exploser l’horizon de ma progression, et ça a été une motivation extraordinaire.

Voyais-tu un rapport avec la pratique de Tamura senseï ?

En fait j’ai appris par la suite qu’il avait rencontré Kuroda Senseï, et s’était inspiré de son travail en Aïkido. Il y avait donc un lien très clair. En outre ça m’a permis de beaucoup mieux comprendre ce qu’il souhaitait transmettre.

En stage maître Tamura n’expliquait rien. Il ne te disait pas « Mets ton pied à droite » ou « Met ta jambe à gauche ». Il disait seulement « Plus souple », « Moins de force », « Tout en même temps », mais sans jamais rentrer dans le détail. Je crois qu’il laissait les gens faire leur propre chemin. Ce qui d’ailleurs est aussi très important. Parce que tu peux tout expliquer, si les gens ne travaillent pas, ils n’auront qu’une compréhension superficielle. Mais sans doute y a-t-il un juste milieu, et en tout cas les explications et indications précises de Kuroda senseï ont pour moi été un déclic, et j’ai pu revisiter la pratique de Tamura senseï à l’aune d’une lumière neuve et puissante. Je n’avais dès lors plus d’excuses, et mes échecs ne seraient plus que le résultat de mon manque de travail.

Est-ce que Kuroda Senseï cachait une partie de son enseignement du fait que vous ne soyez pas japonais ?

Je ne pense pas. J’ai toujours eu le sentiment qu’à partir du moment où il t’acceptait dans l’école, il était prêt à tout te dévoiler. Tu peux être renvoyé si tu ne respectes pas les engagements de l’école, et c’est déjà arrivé. Mais pour moi, il ne cache rien.

Il faut comprendre qu’il est dans une logique de transmission de l’école. Il n’est pas dans une logique de diffusion, et c’est pour cela qu’il n’y a personne d’autre qui enseigne. S’il voulait diffuser au plus grand nombre, il demanderait à d’autres personnes d’enseigner son école. Mais il ne le fait pas car il privilégie la qualité à la quantité. C’est pour cela qu’il ne cache rien, et que dès le début il fait faire les choses les plus difficiles qui soient, ce qu’il appelle les gokuis.

De toutes façons pour pouvoir être utile, son enseignement nécessite une quantité de travail phénoménale. Il n’a donc pas besoin de cacher quoi que ce soit puisqu’en général très peu de personnes s’entraînent suffisamment pour pouvoir saisir le cœur de son enseignement. Mais si c’est le cas, cette école permet d’atteindre des sommets.

Le Shinbukan est une école très riche, mais très exigeante. Ce qui peut aussi être très décourageant, et des personnes cessent de suivre son enseignement parce que c’est tout simplement trop difficile par rapport au temps qu’ils peuvent consacrer à l’entrainement.

Après on revient à la question : pourquoi tu t’entraînes ? Pourquoi tu décides de suivre tel ou tel chemin ? Est-ce que c’est dans le but d’arriver à faire comme lui ? Personnellement je ne crois pas qu’un jour j’arriverai à être aussi bon, mais ce n’est pas grave parce que mon but n’est pas là, même si je tends aussi vers cet objectif. On ne va que là où on peut aller de toute façon. Ce n’est pas une course, mais un cheminement vers soi.

Le Shinbukan est une pratique assez différente de l’Aïkido vue de l’extérieur. Qu’en penses-tu, toi qui le vit de l’intérieur ?

Si on tient à faire une distinction, elle concerne surtout l’esprit qui guide la pratique. Spécifiquement, l’Aïkido véhicule une notion de bienveillance qu’incarnait maître Ueshiba, et que l’on ne retrouve nulle part à ce degré.

Sans doute le message de paix d’Osenseï n’était-il pas au premier plan de ses préoccupations lorsqu’il s’est fait connaître. Et comme tout maître d’arts martiaux, il était évidemment reconnu pour son efficacité. Mais il a sublimé cet aspect, au point de promouvoir la paix, la bienveillance et la compassion.

Après il ne faut pas oublier que c’est le résultat d’une vie de pratique. Et que l’on ne peut épargner que lorsque l’on peut détruire. C’est un stade que l’on ne peut atteindre en faisant l’économie de l’efficacité martiale. Une efficacité qui peut être atteinte à travers des choix techniques variés, et les élèves de maître Ueshiba nous ont légué beaucoup de pistes en ce sens. Pour ma part je suis celles laissées par Tamura senseï, et cela inclut le Shinbukan. Si on n’y retrouve donc pas l’enseignement de la compassion, il n’appartient qu’à soi de travailler en ce sens.

Darkshoot-18

Le discours sur la compassion de l’Aïkido ne risque-t-il pas de créer un problème dans le sens où beaucoup l’utilisent pour justifier de faire l’impasse sur l’efficacité martiale ?

Il faut que les choses soient bien claires. Une personne qui ne peut être efficace martialement ne peut épargner un attaquant. Elle ne pourra qu’être victime et subir son action.

Faire vivre techniquement la bienveillance est évidemment difficile. Mais nous ne devons pas nous contenter d’en parler parce que nous ne sommes pas capables de le réaliser. Aujourd’hui on voit deux tendances se dessiner. D’un côté des pratiquants qui essayent de casser leur partenaire en deux sans égards pour lui, et d’un autre des pratiquants qui se gargarisent de théories pacifiques sans être capables de les traduire en action. C’est un véritable problème. L’efficacité n’est pas synonyme de brutalité, et la bienveillance de faiblesse. Des adeptes comme Hino senseï le démontrent aisément.

Souvent lorsque c’est difficile et que l’on n’arrive pas à faire vivre un principe, on abandonne. Mais ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il ne faut pas le faire, bien au contraire. Au Shinbukan on ne fait que ça. Je n’arrive évidemment pas à faire vivre les principes aussi bien que maître Kuroda, mais aujourd’hui j’arrive à faire des choses que je ne pouvais pas réaliser avant. C’est en essayant et en échouant, en travaillant et en insistant que l’on progresse.

Retrouvez l’ensemble de l’interview d’Isseï Tamaki parue dans le Hors série spécial Aïkido n°9 de Dragon Magazine ici.

Co-fondateur et expert de l’école Aïkido Kishinkaï, Isseï Tamaki donnera un stage les 14 et 15 décembre prochains à Saint-Yrieix-la-Perche (à proximité de Limoges) à l’invitation de Pascal Rata. Adepte dont l’exigence, la finesse de travail et l’efficacité sont à l’image des sensei qu’il côtoie, ce stage est indéniablement l’occasion de plonger au cœur des principes de l’école.

Horaires
Samedi 14: 10h00 – 12h30 & 15h00 – 17h30
Dimanche 15 : 10h00 – 12h30

Lieu
Complexe sportif
La Villa Sport
87500 St-Yrieix-la-Perche

Tarifs
Stage complet: 35€
Journée: 25€
Cours: 15€

Contact
Pascal Rata 07 87 10 12 24
aikido.aredien@gmail.com

Stage ouvert à tous les pratiquants d’arts martiaux, tous groupes, et tous niveaux.

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