Aïki Taïkaï 2016, initiation aux AMHE avec Michel Biays et Lutz Horvath: prise d’initiative et gestion « stratégico tactique » du combat

Les jours défilent, les mois passent, les projets se cumulent et j’avoue qu’en ce début d’année il m’est parfois difficile d’être sur tous les fronts. En outre, je n’ai pris le temps de finaliser un certain nombre d’articles entamés cet été. Et parce qu’il vaut mieux tard que jamais je vous propose aujourd’hui un bref retour sur l’initiation aux AMHE qui eut lieu lors de l’Aïki Taïkaï 2016. 

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Depuis quelques années, la nuit des arts martiaux traditionnels est associée à un séminaire de deux jours permettant de découvrir nombre d’experts présents le samedi soir lors des démonstrations. Les disciplines proposées cette année étaient encore une fois l’occasion de découvrir le large univers des arts martiaux avec, entre autres, une initiation aux arts martiaux historiques européens.

Bien que mon intérêt se porte principalement sur les traditions martiales japonaises, j’ai toujours été passionné par les arts martiaux dans leur globalité. L’occasion donc d’en découvrir  un peu plus sur nos traditions!

Initiation aux AMHE

C’est le dimanche matin que Michel Biays, ancien compétiteur de karaté de haut niveau, et Lutz Horvath, tous deux experts et enseignants en arts martiaux historiques européens, nous ont fait l’honneur de partager leur passion des AMHE.

La base du travail proposé lors de l’Aïki Taïkaï tire sa source de l’escrime  de Liechtenauer. Après nous avoir présenté cette école ainsi que leurs axes et sources d’étude, Michel et Lutz ont fait le choix de proposer un travail, non pas sur l’épée à deux mains spécifiques à l’escrime Liechtenauerienne, mais sur l’un de ses principes fondamentaux, la gestion de la prise d’initiative. Un choix dicté par l’envie de faire découvrir leur discipline mais également d’apporter une réflexion sur la dimension stratégique et tactique du combat à chaque participant, quelle que soit sa pratique d’origine.

S’il est indéniable que chaque discipline, chaque arme, possède ses spécificités, les problèmes fondamentaux d’une situation de combat sont transversaux. C’est donc tout naturellement que ce thème interpella l’ensemble des stagiaires présents lors de cette initiation.

amhe


Prise d’initiative: d’une défense passive à une défense active

Pour aborder la notion de la gestion de prise d’initiative, divers exercices pédagogiques furent proposés sous forme de jeux d’opposition avec frites en mousse, permettant un contact en toute sécurité. Partant d’une situation tout d’abord fermée, avec un rôle bien spécifique, à chacun nous sommes allés progressivement vers des situations de plus en plus ouvertes en augmentant les possibilités d’action de l’attaquant et du défenseur. L’incertitude, amenée progressivement au travers des éducatifs, est un élément majeur du combat. La notion de prise de décision prend alors tout son sens, notamment en ce qui concerne l’évolution du « rapport de forces ».

Généralement vue comme un rôle passif, le statut de celui qui reçoit induit naturellement d’attendre une réaction de l’attaquant pour pouvoir réagir. Malheureusement, être dans l’attente ne présage rien de bon au regard des divers possibilités d’un assaillant. Les éducatifs ont donc permis de souligner l’importance d’avoir un rôle actif en tant que « défenseur » pour induire des réactions chez l’adversaire. Un enseignement m’ayant fortement rappelé celui que j’ai reçu au cours de mes années de Yoseikan Budo, que j’ai pu aborder avec Léo et Hino senseï lors de leur dernière venue à Limoges.

Les exercices proposés visaient donc à rompre avec l’attitude « passive » du défenseur, souvent figé et dépendant des actions adverses. L’objectif étant de conduire les stagiaires vers une défense « active » pour créer des réactions chez aïté et donc des opportunités.

Dans les situations proposées en aïkido, nous avons généralement tendance à avoir un uke dont l’attaque n’a d’autre but que de faire travailler techniquement tori, ne présentant que très rarement une difficulté. Uke se plaçant dès le départ dans le rôle de celui qui reçoit la technique.
Dans le travail proposé lors de cette initiation ce ne fut pas le cas. Que ce soit uke ou tori, lorsqu’une attaque était lancée, elle était destinée à toucher permettant de donner du sens à chaque action sans laquelle la notion de dualité perd son sens. D’autant plus lorsqu’il s’agit de s’harmoniser à son partenaire dans la dualité.

En définitive voici quelques pistes de réflexion émanant des exercices proposés :

  • Ne pas s’installer dans un rôle « passif » mais « actif » pour créer des opportunités d’attaque
  • Ne pas être simplement dans la réaction à une attaque, bien que cette situation soit parfois inévitable, mais s’inscrire dans les dimensions stratégiques et tactiques du combat : « créer des opportunités pour…. », « établir un plan d’action, dans l’action, pour amener à… »
  • Conserver un esprit vif, capable d’inverser le rapport de forces mais également capable de s’adapter en une fraction de seconde à une situation relevant de l’imprévu
  • Sortir de sa zone de confort pour approfondir l’étude des principes.
  • Sortir de sa zone de confort en augmentant l’incertitude d’action et se rapprocher progressivement de situation offrant un maximum de liberté aux deux partenaires (sans rentrer dans un travail d’ego).
  • Amener progressivement de l’incertitude pour favoriser l’adaptabilité dans l’action. Il y a la théorie, ce que l’on construit par l’étude, puis la pratique et ce que notre niveau nous permet réellement de faire en situation d’opposition. L’adaptabilité étant de mise, bien plus que la réussite d’une technique coûte que coûte.

lutz-horvath

Personnellement, j’attendais cette initiation avec beaucoup de curiosité et je n’ai pas été déçu. Si Michel et Lutz auraient pu se cantonner à un cours accès sur la découverte historique de l’escrime de Liechtenauer, ils ont fait le choix de s’adapter à la diversité du public en proposant un cours accès sur la transversalité des principes stratégiques et tactiques du combat, alternant entre pratiques et explications historiques.

Pour avoir eu l’occasion de partager avec Michel et Lutz le temps d’un repas, j’ai apprécié l’ouverture dont ils font preuve et l’échange mutuel qui s’est instauré naturellement. En outre, ils donnent régulièrement des stages et accueillent avec plaisir tout pratiquant curieux de découvrir leurs recherches. Je ne peux donc que vous conseiller de leur rendre visite en stage ou durant les cours qu’ils dispensent tout au long de l’année, si vous en avez l’occasion ;-).

Si vous souhaitez en découvrir davantage sur les AMHE et plus particulièrement le travail de l’épée longue, je vous invite également à vous procurez l’excellent ouvrage « L’épée Longue. D’un art martial ancien à un sport d’opposition moderne : pratique et méthode d’apprentissage », dont Michel Biays est l’un des co-auteurs.

livre-amheNote: Mes retours de stage ne sont pas gages d’une compréhension profonde du travail proposé. Il s’agit d’un avis et ressenti personnel n’engageant que ma personne et non les animateurs du stage. Il est donc possible que des erreurs d’interprétations se soient glissées dans ce post. Je prie donc les lecteurs de prendre cela comme un retour personnel afin d’alimenter divers réflexions et non comme paroles d’évangiles.

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6 réflexions sur “Aïki Taïkaï 2016, initiation aux AMHE avec Michel Biays et Lutz Horvath: prise d’initiative et gestion « stratégico tactique » du combat

  1. Konnichiwa Alex,

    article très intéressant permettant de mieux saisir l’enseignement des AMHE qui effectivement rejoint sur bien des points ce que j’enseigne!

    Mata ne.

    Jean Luc

    • Konbanwa Jean Luc,

      Un très bon stage avec de nombreuses pistes de recherche intéressantes qui, comme je le soulignais, rejoignent certains points que j’ai découvert à tes côtés :-).

      Mata ne,
      Alex

  2. Bonsoir Alexandre,

    Je vois à la lecture de ton article que l’essentiel est passé, quasiment pas de perte! c’est super, merci pour ce retour; En tant qu’enseignant ce n’est pas toujours évident de mesurer son travail et d’évaluer si l’information passe dans des interventions ponctuelles… juste le temps d’une matinée et d’un bol de riz.
    Les AMHE recouvrent une très grande période historique et une multitude d’armes et de pratiques.Nous représentons juste une toute petite partie de la tradition Allemande de l’épée longue et pour tout dire mon enseignement n’est pas très représentatif, notre courant et très minoritaire.

    Bien à toi

    Michel Biays.

    • Bonjour Michel,

      Merci pour ton retour sur ce post. J’ai mis un peu de temps avant de le finaliser. J’apprécie prendre le temps de digérer l’ensemble des informations perçues lors d’un stage et sélectionner ce qui me semble le plus pertinent à partager avec les lecteurs. J’ai encore quelques réflexions sous le coude mais je les garde de côté pour notre prochaine rencontre :-).
      En tout cas ça reste un très bon moment de partage et d’apprentissage. Une belle rencontre à vos côtés et en échangeant avec quelques stagiaires, présents le jour J, je n’ai entendu que de très bon retour ;-).
      Dès que je monte en région parisienne je passe vous voir et pratiquer un peu avec vous. Je te tiens au courant. La suite donc sur Paris ;-).

      En te souhaitant une très bonne journée,
      Alex

  3. Pingback: L’essence du combat/duel: à la rencontre de Michel Biays | Budo Musha Shugyo

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