Retour sur la venue d’Hino senseï au Kishinkan Dojo à Limoges: « En vous concentrant sur le résultat vous passez à côté de l’essentiel »

De passage en Europe la semaine dernière, Hino Senseï nous a fait l’honneur de venir animer deux soirées de stage  au Kishinkan dojo Limoges, pour lesquelles plus d’une trentaine de personnes ont fait le déplacement.

Comme à son habitude senseï a débuté le séminaire en précisant qu’il n’enseignait pas de technique mais proposait un travail accès sur l’étude des principes communs à l’ensemble des budos. Si le travail technique constitue aujourd’hui la majeure partie des enseignements, senseï est revenu à plusieurs reprises sur l’importance de comprendre les principes d’utilisation du corps afin de faire vivre les techniques. Et je dois dire qu’il n’y a que très peu d’adeptes capables de montrer la véracité de leur propos aussi bien qu’Hino senseï, du haut de ces 69 ans pour un poids d’environ soixante kilos.

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Les films et dires sur l’univers des arts martiaux ont participé à la popularisation de contes et légendes sur des maîtres d’un âge avancé aux incroyables fécultés. Si cette image romancée tend aujourd’hui à disparaître avec le succès grandissant des sports de combat, j’ai à plusieurs reprises été témoin de capacité hors du commun chez des maîtres tel que Kato senseï, Mochizuki senseï, Kuroda senseï ou encore Hino senseï pour ne citer qu’eux.

Ces adeptes sont des témoignages vivants des possibilités corporelles que les maîtres du passé étaient capables de développer. La pratique compétitive, dont les qualités physiques sont généralement gage de réussite, prend aujourd’hui de plus en plus de place dans l’apprentissage avec leurs dérives et toutes les conséquences que cela induit sur l’appauvrissement des budos. Bien que la compétition puisse être un moteur pour les jeunes pratiquants, cela se fait généralement au détriment de l’approfondissement de l’essence d’une école.

Tsukuri-Kuzushi-Kake : Se concentrer sur l’essentiel

Comme dans la plupart de mes  retours de stages, je ne m’attarderai pas sur les divers exercices que nous avons abordés puisqu’il ne s’agit que de mon ressenti et ne souhaite en aucun cas induire les lecteurs en erreurs sur le travail d’Hino senseï. Toutefois, au cours de ces deux soirées, senseï a expliqué que l’étude des budos doit permettre à chaque personne de progresser tout au long de sa vie. Il a en outre souligné l’importance d’imaginer qu’aïté est toujours plus fort physiquement, ce qui prend tout son sens lorsque nos capacités athlétiques diminuent.

« Il ne faut pas cherchez à utiliser la force pour bouger votre partenaire. Utiliser la force, tout le monde peut le faire. Vous trouverez toujours une personne plus forte que vous, et si vous utilisez la force, vous ne pourrez pas lutter. Il faut s’exercer et enlever la force pour pouvoir bouger »

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Il a notamment abordé un point essentiel de l’apprentissage :

« Ne cherchez pas à réussir coûte que coûte ou avoir le même effet sur votre partenaire que je vous ai démontré. En vous concentrant sur le résultat  vous passez à côté de l’essentiel. Etudier avec sérieux en s’attachant à une compréhension profonde des principes c’est ainsi qu’un jour vous y arriverez ».

Il est bien sûr naturel de vouloir réussir un exercice, pour autant les maîtres que nous allons découvrir en stage ont souvent passé de nombreuses années pour avoir un résultat qu’ils considèrent  convenable. Il est donc normal de ne pas réussir le travail proposé d’autant plus lorsque l’on aborde une pratique pour la première fois. Le désir de réussir nous pousse généralement à passer à côté de l’essentiel et la frustration que notre échec engendre ne fait généralement qu’empirer les choses, nous amenant à user de divers stratagèmes pour contourner la difficulté. Pourtant comme le dit régulièrement Hino senseï, c’est dans la difficulté que l’apprentissage se fait:

« L’exercice est difficile et il ne faut pas chercher à contourner cette difficulté. L’important n’est pas de réussir mais de chercher à étudier le fonctionnement du corps dans cette difficulté. C’est en vous exerçant de cette façon qu’un jour, peut-être, vous y arriverez »

La notion de réussite est très souvent subjective dans l’apprentissage, dépendant en partie de notre interprétation, bien plus que nos observations. Ce n’est d’ailleurs pas parce que l’on arrive à faire bouger un partenaire que nous sommes sur la bonne voie et inversement. Lorsque l’on aborde une technique on définit généralement trois étapes :

–  tsukuri : phase débutant avant même qu’il y est contact avec l’adversaire incluant divers notions comme le maaï, le yoshi ou encore celle de yomi.

kuzushi : phase de déséquilibre

kake : exécution finale de la technique

Sans ces trois éléments une technique n’est finalement qu’une suite de gestuelle, une forme de gymnastique nous donnant l’impression de faire des arts martiaux souvent peu applicable dans une réalité de combat. Malheureusement, comme le souligne senseï le fait de se concentrer sur le résultat final d’une technique, kake, nous conduit à passer à côté de l’essentiel que représentent les deux phases précédentes. En définitive, le kake n’est qu’une conséquence des deux première phases, coulant de source lorsque le tsukuri et le kuzushi sont réunis.

De nombreux experts parlent de l’importance de l’observation et de cette capacité à voler une technique que l’élève doit développer. Malheureusement, on s’attache généralement au résultat final dans nos observations nous poussons ensuite à essayer de reproduire un effet sur le partenaire sans pour autant avoir saisi l’objectif de la situation d’étude. On parle généralement de ce que l’on peut voir, le résultat visible de l’extérieur, et ce que l’on ne peut difficilement observer, ce qui se passe à l’intérieur. Et c’est, je crois, l’un des grandes différences dans la diversité des niveaux sur un tatami.

Le cheminement étant bien plus important que la réussite, il semble donc important de rechercher l’essentiel dans chaque situation d’apprentissage pour s’inscrir dans une comprhension en profondeur du message que chaque expert tente de nous transmettre.

Remerciements

Je ne peux bien évidemment pas aborder ce retour de stage sans remercier Hino senseï et Léo d’avoir pris le temps de venir nous voir, malgré leurs emplois du temps respectifs chargés. Je remercie également les proches et élèves qui ont participé à l’organisation de ce stage en donnant de leur temps pour permettre d’accueillir l’ensemble des stagiaires dans les meilleures conditions possibles. Pour finir je remercie chaque personne présente d’être venue partager ce moment avec nous, car quelles que soient les disciplines, les fédérations, le niveau de chacun, je reste intimement persuadé que c’est dans ces moments d’échange que l’on s’enrichit.

Voici quelques photos du stage, en espérant vous revoir prochainement au détour d’un dojo 🙂

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Note: Les paroles d’Hino Senseï n’ont pas été enregistrées et sont écrites de mémoire. Il est donc possible que quelques erreurs se soient glissées dans la retranscriptions. Je prie donc les lecteurs de prendre cela comme un dialogue rapporté afin d’alimenter divers réflexions et non comme paroles d’évangiles🙂.

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5 réflexions sur “Retour sur la venue d’Hino senseï au Kishinkan Dojo à Limoges: « En vous concentrant sur le résultat vous passez à côté de l’essentiel »

  1. Pingback: Aïki Taïkaï 2016, initiation aux AMHE avec Michel Biays et Lutz Horvath: prise d’initiative et gestion « stratégico tactique  du combat | «Budo Musha Shugyo

  2. Merci Alexandre pour ce retour d’expérience important.
    De toutes les choses que Hino Sensei nous a montrées lors de ces deux soirées, tu pointes du doigt la chose qui t’a le plus marqué, et c’est très intéressant.
    En effet, pour moi, l’enseignement le plus marquant fut celui portant sur l’absence de contrôle de la respiration (enseignement expliqué en cinq minutes lors d’une pause dans la cour).
    Une belle illustration, je pense, du fait que chacun retient essentiellement ce dont il a le plus besoin à un moment donné.
    Encore merci pour ces deux soirées, et pour la rencontre avec vos belles âmes.

    • Bonjour Jaïs,

      Merci à toi d’être venu partager ce moment avec nous. Effectivement, chacun repart avec des pistes de réflexion propres à son vécu et ses expériences. Ce qui est intéressant c’est de comparer les différences dans ce que l’on retient d’un stage lorsque l’on revoit de nouveau un expert et échanger nos sensations avec les divers stagiaires présents :-).

      Bonne journée et au plaisir de te recroiser sur le tatami ;-).
      Alex

  3. Pingback: Akira Hino’s book translation by Yuko Takeda | Budo Musha Shugyo

  4. Pingback: Forger et polir: se libérer de la forme | Budo Musha Shugyo

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