Face à la peur: le courage d’avancer sans concessions

Qui n’a jamais ressenti une quelconque forme de peur, infime soit-elle, quant à l’incertitude d’une situation? Qui n’a jamais pensé à rebrousser chemin ou repousser une échéance par crainte de l’échec? Parfois inhibitrice mais également motrice, la peur est un sentiment commun que chacun d’entre nous a éprouvé à maintes reprises, entraînant dans sa joute des réactions très diverses à bien des égards. De la simple appréhension au blocage psychologique/physique, elle peut se manifester d’un extrême à l’autre.

La vie a de beau la multitude d’expériences et de défis se présentant à nous. Toutefois  elle n’épargne personne. Nous vivons chacun, à notre échelle, de nombreuses épreuves qui, si dans l’instant nous font sortir de notre zone de confort, sont toujours sources d’apprentissage. A la fois belle mais aussi impitoyable, personne n’échappe à ces moments de doute, d’appréhension, troublant à l’occasion notre perception de la réalité.

Du danger perçu au danger réel

Dans le flot de nos rencontres, nous croisons  la route de personnes avançant coûte que coûte, laissant paraître une aisance en toutes circonstances, là où d’autres laissent transparaître leurs plus grandes angoisses au point de parfois faire machine arrière. Nous avons alors le sentiment que pour ces premiers tout se fait avec facilité, que rien ne peut les arrêter, que la peur est un sentiment qu’ils ne rencontrent que très rarement. Il n’est d’ailleurs par rare d’entendre « pour lui c’est facile, il est doué », « c’est facile quand on a une vie confortable/une belle situation », « cette personne est vraiment chanceuse » etc… Un ensemble de pensées, qui si elles peuvent sembler emprunte à une forme de réalité, sont souvent un moyen de nous rassurer, relativiser quant à la gestion de nos propres peurs mais ne nous rendant pas service pour autant.

Si la peur est un système d’alerte naturellement, elle est également alimentée par notre vécu, notre culture, l’incertitude d’une situation, notre état émotionnel… Autant de paramètres dont les influences sont parfois telles qu’elles creusent un fossé entre le danger ressenti et le danger réel.  Et c’est malheureusement en nous confrontant à nos émotions qu’avec le temps la gestion de celles-ci nous permet de réduire l’écart existant entre danger réel/danger perçu pour finalement réussir des défis de plus en plus complexes.

Le courage d’aller au delà de nos peurs

En poussant la porte du dojo, nous avons choisi une voie aux pentes abruptes et multiples passages escarpés. Il est alors facile de choisir la facilité et nous satisfaire de capacités physiques développées dans des situations fermées relevant bien plus souvent de la chorégraphie que de réelles compétences martiales. Les budos nous offrent la possibilité de nous élever, à notre niveau, non pas en apprenant de longs discours philosophiques que nous nous empresserons de réciter une fois sorti du dojo pour épater la galerie, non pas en cumulant des centaines de techniques, mais en nous confrontant à des situations conflictuelles faisant appel à nos émotions les plus profondes. Des situations d’inconfort nous offrant la possibilité de nous découvrir et dompter nos émotions pour aller de l’avant. Mais cela ne peut se faire dans la facilité, en nous reposant sur nos acquis. Alors ayons le courage de n’avoir aucune excuse lors de l’entrainement, quelle que soit la difficulté à laquelle nous sommes confrontés. Faisons le choix d’une pratique sans concessions où la facilité n’a pas sa place.

Si la tâche est ardue la différence de progrès dans l’apprentissage se fera essentiellement dans notre capacité à relativiser et affronter nos émotions les plus négatives voire castratrices. Non pas en y succombant, mais en relevant la tête chaque fois que nous sommes dans la difficulté, chaque fois que nous faisons face à une situation que nous jugeons comme un échec. Car c’est au-delà de la difficulté que se trouve le trésor de l’apprentissage.

Si la peur et l’inconfort peuvent être un fort inhibiteur, ils sont avant tout source de progrès, de dépassement de soi, nous permettant de partir à la rencontre de nous-même. C’est ici que l’entrainement prend réellement vie, lorsque par la pratique l’élève apprend à se connaître, connaître son environnement pour aller de l’avant.

En définitive, les budos s’apparentent à un miroir, nous offrant la possibilité de nous regarder tel que nous sommes avant de nous laver les mains. Alors quelles que soient nos difficultés, nos frustrations, ne nous laissons pas attirer par la facilité au risque de n’être que l’ombre de nous-même. Tâchons d’être avant tout des pratiquants sincères et rigoureux, accordant le geste à la parole, bien plus que des théoriciens de la pratique martiale aux discours fallacieux.

«J’ai appris que le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre.» Nelson Mandela


« On ne trouve la vie qu’à travers la conquête de la peur et de la mort dans sa propre intimité, son propre esprit. Vider l’esprit de toutes les formes d’attachement, charger et conquérir l’adversaire dans un éclair décisif. » Togo Shigekata

Photo de William Pinaud

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate :
I am the captain of my soul.

Poème de William Ernest Henley

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

 

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