Jōdō par Nakayama Hakudō: dépasser le stade de la chorégraphie

Nous vivons à une époque où nous avons la chance d’avoir un accès quasiment immédiat à une somme d’outils numériques pour alimenter nos recherches, notre inspiration, nos passions.  Véritable mine d’or pour nombre d’entre nous, internet nous offre la possibilité de visionner les images de quelques-uns des plus grands maîtres du budō.

Voici l’une d’entre elles qui a alimentée, des mois durant, de nombreuses réflexions sur ma pratique. Il s’agit d’une vidéo de Nakayama Hakudō réalisant une série de katas de Jōdō avec, sans doute, un de ses élèves avancés.

 

Vitalité, engagement, orientation d’esprit, etc…

J’apprécie particulièrement cette vidéo car, au-delà de la forme,  on peut y percevoir :

– l’expression d’une certaine vitalité, d’un engagement et d’un esprit combatifs à chaque instant,

– un jeu régulier de rythmes, et de pressions, entre Nakayama Hakudō, et son élève, se détachant de la simple chorégraphie,

– une légèreté et mobilité source de potentiel de mouvement avant, pendant et après chaque action,

– l’expression de principes tels que Zanshin, Mushin, Yomi, etc.,

– une fluidité dans l’échange et une capacité à enchainer leurs actions sans  perte ou modification de la forme,

– les rôles de Uke et Tori qui, s’ils sont définis par le scénario du kata, s’entremêlent constamment. Chacun d’entre eux tentant de prendre le dessus sur l’autre. On peut notamment observer à plusieurs reprises Nakayama senseï prenant l’avantage et ralentissant son mouvement pour permettre à son élève de s’exprimer (par exemple à 1 min 17).

Ce sont parmi les nombreuses capacités que permet de développer l’étude des katas.

Le trésor d’un kata: au-delà de la forme

J’ai eu maintes fois le plaisir d’observer en direct des experts réaliser des katas avec leurs élèves avancés, comme par exemple Kuroda senseï lors des stages Shinbukan les neuf dernières années ou encore Mochizuki senseï avec ses fils durant les stages Yoseikan. Bien souvent, l’une des choses ayant attiré mon attention fut que l’expression de ceux-ci laissait transparaître l’intensité et la sensation d’un affrontement, jamais celle d’une chorégraphie arrangée à l’avance.

C’est, je crois, l’une des caractéristiques de la pratique du kata à haut niveau. Sa pratique et sa démonstration transcendent l’apparence du simple outil pédagogique pour ne laisser percevoir que les capacités combatives finales qu’il permet de développer. Sa pratique se vit intensément de l’intérieur et de l’extérieur comme celle d’un duel, dépassant de ce fait la simple réalisation de la forme.

Nakayama Hakudō, également hanshi en Kendō, au centre de la photo.

 

9 Commentaires

  • Jean Luc DUREISSEIX

    Konnichiwa Alex,
    On voit aussi la possibilité qu’il y a pour chacun d’entre-eux de continuer ou de développer si nécessaire en fonction des sensations du moment. Ce qui amène à une infinité de possibilité à partir de l’étude de la situation de base résumée dans le kata. C’est en fait la seule façon de vraiment pratiquer les Kata et cela prépare vraiment au combat.Rien n’est en fait figé et toute situation peut être retournée à partir du moment où les concepts de base ont été acquis: structure corporelle, respiration, mobilité mais aussi relâchement, maai, yomi, hyoshi, etc..; Les techniques pouvant alors sortir librement car elles ne sont que le résultat de tout le reste.
    C’est ainsi d’ailleurs que nous essayons de travailler dans mon club.
    Mata ne.
    Jean Luc

    • Konbanwa Jean Luc,

      Merci pour ton retour. Effectivement, je rejoins ton avis. L’étude du kata devient notamment intéressante lorsque l’on commence à y intégrer plusieurs possibilités de réponses de la part d’uke pour aller progressivement vers un échange semi-libre voire « libre ».

      Mata ne,
      Alex

  • biays michel

    Bonjour,

    Il y a de mauvaises chorégraphies, des chorégraphies moyennes et de très bonnes chorégraphies, dans le genre « combat » nous dirions il y a des « combats » mal réglés ou bien réglés, le « combat » bien réglé donnant l’illusion d’un certain réalisme, le réalisme restant subjectif, dans bien des cas, il est lié à nos représentations, c’est à dire a l’idée que l’on se fait du combat réel , d’une vraie opposition.

    Mais un combat très bien réglé ( kata) ou une excellente chorégraphie restent ce qu’ils sont; un arrangement, une coopération …malgré l’expression simulé d’une intention de nuire, à la quelle nous pouvons croire, comme au cinéma.

    Mais sur le fond cela reste une chorégraphie sans aucun des ingrédients du combat , dont le principal reste l’intention, l’intention de nuire.

    Dans cette vidéo aucun des protagonistes ne cherchent à nuire à l’autre, il coopèrent, ils ne sont pas en opposition, c’est un simulacre bien fait, mais cela reste un simulacre.

    Dans une réelle opposition ce que gagne l’un l’autre le perd.

    Michel Biays

    • Bonjour Michel,

      J’espère que tu vas bien :-). Effectivement et je rejoins ton avis. Toutefois, je pense qu’on peut y insérer des éléments intéressants notamment en permettant aux élèves d’aller jusqu’à la touche (avec équipement spécifique). Personnellement, je demande aux élèves, une fois la forme apprise, d’aller jusqu’à la touche lors des attaques et de prendre le dessus sur l’autre. Si le travail se termine sur la première attaque très bien. Dans cette forme de travail l’idée n’est plus de permettre à l’autre de faire son mouvement mais d’aller jusqu’au bout de son action en essayant de prendre le dessus.
      J’intègre également progressivement la possibilité pour Uke et/ou Tori de répondre librement à un moment donné, toujours en essayant de prendre l’ascendant, pour obliger Tori à s’adapter et y intégrer de l’incertitude.
      Le propos n’est bien sûr pas de dire que le kata est une situation d’étude libre et encore moins de dire que c’est un combat. Mon idée est d’explorer, à partir de cet outil de travail, comment dépasser simplement le stade de l’apprentissage d’une chorégraphie.
      Après il y a ceux qui ne trouvent aucun intérêt à l’étude des katas, ceux qui en sont de fervents défenseurs. Personnellement, j’essaie simplement de voir les possibles qu’ils peuvent offrir à l’étude ou non.

      Au plaisir de te revoir,
      Alexandre

  • michel biays

    Salut,

    La question de fond, qui se pose, est celle du transfert de qualités, de compétences, d’un contexte à un autre, à un autre supposé! sans expérience de ce dernier pas simple de mesurer, d’évaluer ou de simplement vérifier! l’arrière monde dans lequel on se projette, l’arrière monde auquel on fait référence dans la pratique, ne suffit pas et ne peut en aucun cas être une preuve, un arguments ou simplement une évidence comme on l’aimerait bien dans les causeries du milieu des AM et de la self défense…

    le sujet est difficile! mais une chose m’échappe: tous les DO Japonais devraient être au dessus du débat et se contre fiche de cette problématique leur recherche étant ailleurs…

    Amitiés

    Michel

    • Salut Michel,

      Tout à fait et il restera toujours le problème que, dans tous les cas, à l’entrainement, on reste toujours dans la supposition. Et même avec le vécu, comme tu le soulignes, est-ce que les situations mises en place pour les élèves permettront des acquisitions transférables? Sachant qu’une part de l’état psychologique de l’individu, la capacité à gérer une situation imprévue, la disposition du moment à gérer l’inconnu, à s’adapter, etc. interviennent inévitablement. Toutefois, rien n’empêche d’en aborder des notions à l’entrainement et rechercher en ce sens.
      Personnellement ce qui me dérange n’est pas tant le fait qu’on aborde cette recherche mais plus lorsqu’on se ment inconsciemment et qu’on ment aux élèves. Le souci me semble-t-il est bien plus souvent la certitude de l’enseignant qui entraîne, inconsciemment ou non, les élèves à considérer leur acquis comme réellement transférable et peut les entraîner dans de fâcheuses situations.

      Pour ce qui est de la recherche des DO, je crois qu’il y a à boire et à manger pour tous. Chacun est libre de pratiquer dans la direction qui le souhaite du moment que l’on ne se fait pas d’illusion sur sa pratique et que l’on ne vent pas de rêve aux élèves :-).

      Amicalement.
      Alexandre

  • En effet, le kata n’est pas un simple enchaînement. « Votre kata doit prendre vie  » déclare souvent mon maître qui tient ce propos du maître Kase lui-même. Et quoi de mieux d’être légèrement bousculer de temps en temps pour donner de la vie à un enchaînement.
    Oss
    https://mojenn-ou.blogspot.com/2016/04/adversaire-tkase.html

    • Bonjour Olivier,

      Merci beaucoup pour ton retour et ton partage d’expérience. Je partage entièrement ces belles paroles 🙂

      Au plaisir,
      Alexandre

  • Ping : A lire et à voir en novembre 2019 – NicoBudo

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