Budo : 5 min pour optimiser ses progrès

Progresser dans un domaine choisi est la quête de tout un chacun. En somme, dire qu’il y a des élèves qui viennent seulement pour se détendre ou se dépenser et ceux qui viennent pour étudier me semble parfaitement erroné. Quelles que soient nos motivations de départ, lorsque nous investissons du temps dans une activité, infime soit-elle, il y a toujours ce besoin de comprendre et de réussir dans l’objet étudié.

 

Tout le monde souhaite progresser et j’aime à penser que notre nature fait que nous avons ce besoin insatiable d’apprendre et découvrir. Ce qui nous différencie est la priorité que nous établissons dans nos activités mais surtout le temps de présence au dojo que nous pouvons consacrer.

Pratiquer davantage pour faire de réel progrès ?

J’ai régulièrement des élèves qui me demandent comment ils pourraient progresser davantage. Bien sûr, il n’existe pas de secret : il ne peut y avoir de progrès sans pratique, comme il ne peut y avoir d’apprentissage rapide sans un investissement régulier.

A titre d’exemple, un élève venant une seule fois par semaine n’aura jamais les mêmes résultats sur le long terme que celui venant trois fois par semaine s’il se cantonne à ce seul instant d’étude. Pour aborder un profond changement, même avec le meilleur pédagogue du monde, il faut y consacrer du temps.

Malheureusement, les contraintes de la vie quotidienne font qu’il n’est pas toujours possible de venir plus souvent. Alors, est-il possible d’optimiser son apprentissage et alimenter sa courbe de progrès malgré tout ?

La régularité et la fréquence

L’une des choses qu’il est important de comprendre c’est que la régularité et la fréquence sont bien plus importantes dans notre progression que le volume d’une séance (attention le volume garde toutefois son importance). A nombres d’heures égales par semaine, celui s’entrainant une fois 6 heures aura sans aucun doute une marge de progrès bien moindre que celui venant s’entrainer 6 fois une heure semaine (je prends volontairement deux extrêmes).

Il est important de comprendre que notre temps de concentration et d’apprentissage est limité et, en général, bien plus efficace sur 1h que sur 6h consécutives.

Il est également important de comprendre que pour intégrer une notion, il faudra le répéter à plusieurs reprises sur des temps d’étude différents. Le premier, s’entrainant 6 heures, laissera passer 6 à 7 jours avant de s’entrainer de nouveau. Pendant se lapse de temps, le corps va se reposer, certes, mais il va également oublier la majeure partie des éléments étudiés. 6 jours plus tard, il se retrouve donc à nouveau à réapprendre une grande partie des éléments vus la semaine passée.
Le deuxième, quant à lui, verra moins de chose en 1 heure, mais retiendra un pourcentage plus élevé que notre premier individu. Ce pourcentage, il le révisera et répétera durant 6 jours.

Comme un poème, celui apprenant par cœur un poème un soir et essayant de le réciter 7 jours plus tard (sans révision préalable) aura moins de chances que celui l’apprenant par étapes sur une durée moindre mais en y consacrant un peu de son temps chaque jour.

Un exemple au dojo

J’ai la chance d’avoir des élèves studieux, dont plusieurs n’hésitent pas à s’entrainer à la maison pour réviser le contenu des cours que je dispense au dojo. Par expérience, quels que soient leur taux de présence au dojo, j’ai constaté chez eux une bien meilleure progression (souvent triplée voir plus) que chez ceux se contentant seulement des cours.

La raison est simple, la régularité et la fréquence de leur étude, leur permettent de remobiliser rapidement les acquis et de les consolider/stabiliser.

Pour étayer mon propos : il y a quelque temps, nous avons travaillé un kata avec les élèves sur le cours d’armes d’1h30 du jeudi soir. Avant d’aller plus loin, je précise que ce kata était nouveau pour l’ensemble de mes élèves sauf un.

Le premier jeudi était consacré à la forme de la première moitié de ce kata. Le deuxième jeudi, je souhaitais davantage rentrer au cœur des principes sur cette première séquence du kata. A ma grande surprise, le deuxième jeudi, deux niveaux de compétence se sont distingués parmi ceux présents la semaine précédente:

– ceux qui avaient majoritairement intégré la forme (à quelques détails prêts)
– ceux pour lesquels j’ai corrigé les mêmes choses, voire parfois remontrer la forme de la séquence.

A chaque fois, que j’ai constaté l’intégration de la forme (encore une fois, à quelques détails prêts), j’ai souligné ma surprise et mon contentement aux élèves qui m’ont, à l’unanimité, avoué avoir retravaillé le kata quelques minutes chez eux.

En prenant le temps de retravailler quelques minutes ce que nous avions vu ensemble, ils ont pu retenir l’ensemble de la séquence démontré, stabiliser les corrections apportées, voire les intégrer corporellement au point où je n’avais plus besoin de revenir sur les corrections apportées la semaine précédente.

 

 

 

5 min pour progresser ?

Comme je l’ai souligné, pour progresser il faut s’entrainer. S’entrainer ne signifie pas regarder une vidéo d’AM ou philosopher sur ce que notre enseignant à dit durant le cours. S’entrainer s’est pratiquer, ne serait-ce que quelques minutes, pour réviser et approfondir ce qui a été vu en cours.

Je sais combien il est aisé de se fourvoyer et avoir un sentiment de compétence quand nous avons le sentiment de connaissance. Mais, en tant que professionnel des activités physiques et sportives, je peux affirmer sans l’ombre d’un doute que les élèves qui ont compris, sont ceux étant capables de l’exprimer par le corps et pas forcément toujours par la pensée. C’est d’ailleurs une de mes lignes de conduites avec les élèves, je ne leur montre et ne leur parle jamais de ce que je ne suis pas capable de leur démontrer.

Alors, si tu aimerais progresser davantage mais que tu n’arrives pas à dégager suffisamment de temps, n’hésites pas à prendre 5 min par jour pour réviser un point étudier avec ton enseignant.

Cela peut être un mouvement que tu apprécies, un mouvement qui te pose problème pour réviser la motricité, un suburi, un kata, etc… Nul besoin de se compliquer la vie. Les bases sont souvent les plus simples à retravailler à la maison et souvent les plus porteuses en matière de progrès.

Et si tu veux vraiment aller plus loin, je te lance un défi :

Jusqu’à la fin de la saison, consacre chaque jour 5 min pour réviser !
Que ce soit au réveil, avant d’aller dormi, entre deux biberons, le soir devant ta série préférée, etc… Qu’importent, un seul objectif : 5min par jour pour optimiser tes progrès ;-).

 

 

Pour aller plus loin:

 

 

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9 Commentaires

  • Jean Luc DUREISSEIX

    Konnichiwa Alex,
    Ce que tu dis est vrai et tu as de la chance d’avoir des élèves qui agissent ainsi. J’en ai quelques qui le font aussi mais la majorité n’est que consommatrice et ne prend aucune initiative attendant que les progrès arrivent touts seuls sans efforts. Et comme ils sont déçus, ils arrêtent! Et cela est valable pour tout apprentissage. Je l’ai vu au niveau professionnel quand il a fallu que je forme celui qui devait me remplacer après mon départ à la retraite. Au lieu de suivre la forme progressive que je lui montrait, il a voulu tout savoir de suite et a perdu ainsi la majorité des informations que je lui avait communiqué et a eu des problèmes ensuite.
    Après, il ne faut pas non plus être obsédé par sa propre progression, mais prendre d’abord beaucoup de plaisirs à pratiquer. Et à partir du moment où on a plaisir à pratiquer, on s’entraîne plus régulièrement. Mais il ne faut en aucun cas que ce soit une contrainte
    Mata ne.
    Jean Luc

    • Konnichiwa Jean Luc,

      Merci pour ton retour. Il est vrai que j’ai de la chance sur ce point toutefois ce n’était effectivement pas gagné au départ. Il y a toujours des élèves qui naturellement prennent les devants pour s’entraîner seul et ceux qui sont dans l’attente. Après, il y a souvent ceux qui sont dans l’attente parce qu’ils ne savent pas comment s’y prendre sans l’enseignant et donc l’idée de s’entraîner en dehors du dojo ne leur traverse pas réellement l’esprit. Au dojo j’essaie de sensibiliser et d’éduquer les élèves à ce qu’ils soient autonomes et je tente de leur donner de plus en plus des pistes de travail à la maison. Par exemple, lorsque nous faisons un exercice spécifique, il m’arrive de leur dire que c’est un très bon exercice au dojo mais que s’ils souhaitent s’entraîner de temps en temps à la maison c’est un très bon exercice à faire seul. Je leur donne ensuite les différents points à travailler sur l’exercice et leur donne également des étapes de progression pour qu’ils corrigent points par points sans tout vouloir faire en même temps. Il passe à l’étape de correction suivante uniquement quand la première est corrigée, c’est-à-dire qu’ils ne doivent plus avoir besoin de se concentrer dessus pour le faire correctement.
      Avec ce système j’obtiens de bons résultats et je suis étonné de voir que ceux qui ne s’entraînaient pas tout seul, se lancent dans cette démarche. Ils ont des indicateurs clairs et précis pour étudier et avec les retours positifs au dojo cela les motive car ils voient que cela porte ses fruits.
      Après effectivement, cela ne doit pas être une contrainte et l’adepte doit y trouver un plaisir à pratiquer. Chacun doit être libre de placer le curseur où il le souhaite dans son travail. Leur donner envie n’est pas chose aisé mais je crois que c’est l’une des clés. C’est l’une de mes priorités actuellement même si je ne te cache pas que c’est loin d’être toujours évident mais quand je vois qu’ils s’investissent de plus en plus je me dis que ce n’est pas un travail vain :-).

      Mata ne.
      Alex

      • Jean Luc DUREISSEIX

        Konnichiwa Alex,
        C’est une très bonne méthode facilement applicable en Aikido mais beaucoup plus difficile avec un Sogo Budo comme le Yoseikan Budo, souvent perçu comme trop complexe par les pratiquants alors qu’il n’en n’est rien. Mais au départ il faut faire l’effort d’apprendre le lien entre les différentes possibilités techniques à mains nues et avec armes. Ce qui nécessite un esprit très ouvert mais aussi très critique et peu osent se lancer. Ils est plus facile pour eux de s’orienter vers l’approche sportive qui a beaucoup de poing commun avec d’autres activités sportives. Malheureusement courir, se muscler et s’assouplir ou seulement frapper dans un sac ne suffisent pas pour devenir un bon combattant et c’est souvent l’orientation qu’ils prennent. Ce qui est sûr c’est que cela doit rester une démarche personnelle, un choix et pas l’imitation d’un enseignant ou d’un champion. Car en fait le but, c’est de trouver sa propre forme de pratique et pour y arriver, il faut non seulement explorer beaucoup de pistes de travail différentes mais aussi faire beaucoup d’erreur et se remettre souvent en question. Et faire des erreurs et se remettre en question sont souvent très mal perçus dans notre société. C’est pourtant le seul moyen d’y arriver. Et de toute façon, on ne peut que guider et conseiller les élèves pour qu’ils trouvent leur voie qui peut être finalement très éloignée de la notre. Car ce qui est bon pour nous à un moment donné, n’est en fait bon que pour nous.
        Mata ne.
        Jean Luc

      • Konbanwa Jean Luc,

        Je comprends et il est bien sûr évident que cela doit être une démarche personnelle. D’ailleurs si l’élève n’en a pas envie personne ne peut le forcer ou le faire à sa place :-).
        Pour ce qui est du Yoseikan, j’ai encore le souvenir, le soir ou les samedi après-midi, en rentrant du dojo, de passer des heures à revoir ce que tu nous montrais sur les tatamis. Je révisais les enchaînements, tentais de faire les enchaînements à mains nues, avec Bokken, Tambo, Jo, Bo… Et même avec les tonfas et les nunchaku que je m’étais acheté XD. Je me rappelle aussi passer du temps à essayer de trouver des applications de kata. Je pense que j’étais surtout axé sur l’aspect sportif mais cela m’a bien aidé à essayer de trouver des liens, des connexions et surtout réfléchir par moi-même. De bons souvenirs :-D. Peut-être y a-t-il quelques choses à creuser de ce côté avec les élèves, je ne sais pas.
        Et effectivement, nous sommes seulement là pour guider et conseiller ce qui est déjà pas mal. Après que les élèves trouvent leur voie c’est positif, même si elle est éloignée de la nôtre, l’important reste leur épanouissement :-).

        Mata ne,
        Alex

  • En effet, cela reste une quête personnelle. A l’enseignant d’entrouvrir la porte pour montrer la possibilité, à l’élève de s’y engouffrer. Je te rejoins sur le fait que toute personne qui entre dans un dojo le fait pour un but personnel d’amélioration de soi. Ne serait-ce que pour satisfaire sa curiosité et sa connaissance.
    Bonne continuation et merci pour tes articles qui, parfois , peuvent inspirer les miens 😉

    • Bonjour Olivier,

      Merci pour ta lecture et ton retour.

      Au plaisir de te lire et de te rencontrer.
      Alexandre

      • Merci, pour me lire c’est simple il suffit de visiter mon blog. Pour une rencontre, ce serait avec plaisir, même si, en ce moment pour des raisons familiales, c’est assez compliqué pour moi.

      • Merci, viens me lire se sera un plaisir et un honneur. Une rencontre ? Avec plaisir si tu passes par la Bretagne.

  • Ping : A lire et à voir en juin 2019 – NicoBudo

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