Préparer sa rentrée: l’apprentissage, simplement une histoire de temps?

Le temps a toujours été un élément de questionnement important. « Prendre le temps », « gagner du temps », « trouver le temps », « perdre son temps »… Le temps est un concept que nous retrouvons dans de nombreuses expressions et éléments cultures. Il est notamment un point inéluctable dans bon nombre de domaines comme les sciences, la philosophie, les arts ou plus simplement notre quotidien et tout ce qui touche à nos activités.

Naturellement, l’une des questions récurrentes qui revient lors de mes échanges avec les élèves est celle du temps : « en combien de temps puis-je acquérir telle ou telle compétence ? » ou encore « combien de temps faut-il pour avoir un bon niveau / tel grade / etc.? ». Si aujourd’hui ce type de question me fait sourire, puisqu’elle constitue une phase d’interrogation par laquelle nous sommes tous passés, j’ai tendance à répondre à mes interlocuteurs en retournant la question : « De combien de temps disposes-tu pour progresser ? ».

Bien sûr, il n’existe pas de mauvaises questions. Pour autant, il est difficile d’y répondre tout simplement parce que notre ressenti se base sur ce que nous connaissons, en l’occurrence nous-mêmes et nos expériences. Nous ne pouvons répondre par l’affirmatif car chaque individu est singulier et progresse à son rythme. Il n’existe pas de loi préétablit à l’apprentissage puisqu’il est également important de prendre en compte que le rythme de progression fluctue pour chacun d’entre-nous.

Prendre le problème à l’envers ?

Le temps est une composante incontournable présente dans chaque strate d’un budō, que ce soit en pratique, dans l’enseignement ou l’apprentissage. Un des éléments d’études généralement commun à l’ensemble des arts martiaux est celui de l’efficience : un minimum d’effort pour un maximum d’efficacité. Un principe que j’ai toujours pris soin d’exercer dans chaque moment d’étude. Cependant, comme il est souligné cela demande un minimum d’effort, que nous pouvons regrouper en deux grandes catégories :

  • investissement physique : temps / intensité
  • investissement mental : réflexion / analyse sur son apprentissage, la discipline, l’enseignement dispensé.

Il peut donc être davantage productif  de se demander en premier lieu : combien de temps puis-je consacrer à cet objectif ? (sur et en dehors des tatamis)
Il ne s’agit pas de regarder simplement son emploi du temps pour regarder nos créneaux de libres mais bel et bien de prendre en compte l’ensemble des mesures que nous pouvons mettre en œuvre pour m’y consacrer pleinement :

  • quelles sont les possibilités dans mon emploi du temps ?
  • quels moments puis-je libérer pour me consacrer à mon objectif ? (même 5 min)

Avec de l’envie, rien n’est impossible… Il existe toujours des possibilités ;-).

Optimiser son temps d’apprentissage : Devenir acteur

Dans un deuxième temps, il peut être alors bon de se demander comment optimiser son temps apprentissage. La première clé réside sans doute dans le fait de passer de :

  • l’élève actif : élève investit en temps dans l’apprentissage et actif durant l’entrainement, souvent dans l’attente d’un enseignement, appliquant à la lettre ce qui lui est demandé sans pour autant aller en profondeur dans l’analyse de son apprentissage.

Exemple type : l’élève qui, pour une situation donnée, réalise celle-ci toujours de la même façon avec le même rythme et rencontre toujours les mêmes problématiques. Il n’est d’ailleurs pas rare de lire sur le visage de ses élèves un questionnement ou agacement régulier pointé d’une note de « je n’y arrive pas », dans le meilleur des cas, et de satisfaction après avoir contourné la difficulté dans le pire des cas. Ses réflexions ont essentiellement lieu durant le cours et restent généralement propres à chaque situation.

  • à l’élève acteur de sa progression : élève investit en temps, actif à l’entrainement, analysant son cheminement et sa progression pour y remédier sans attendre que l’enseignant intervienne. Il apporte lui-même des régulations avant intervention de l’enseignant, même infime, en essayant d’analyser le pourquoi et le comment.

Exemple type : pour une situation donnée, cet élève n’hésite pas à se concentrer sur une seule partie du mouvement, à demander à son partenaire de ralentir, de diminuer les contraintes ou les augmenter, pour essayer de résoudre le problème rencontré. Ses réflexions le suivent généralement en dehors du tatami et il établit des ponts entre les situations d’apprentissage, lui permettant de transférer et approfondir ses interrogations toutes au long de la séance. Il est rarement dans le « flou », car il a identifié des éléments sur lesquels travailler. 

Attention : il s’agit de situations à titre d’exemple, n’ayant pas pour objet de critiquer l’un ou l’autre mais d’établir un profil qui reste dans le domaine de la généralisation. Il est tout à fait possible de se retrouver dans les deux schémas ou d’alterner entre les deux. Cela reste des exemples volontairement pris dans leurs deux extrêmes. Il est notamment important pour un enseignant d’identifier le profil d’apprentissage d’un élève pour pouvoir le guider au mieux et lui permettre une évolution constante (dans sa pratique, sa personnalité, son profil d’apprentissage, ses modes de fonctionnement, etc.)

Cette deuxième étape correspond donc au passage du statut d’actif à celui d’acteur de son apprentissage. Bien sûr, cette autonomie s’acquière à la fois seul, il faut seulement en avoir conscience et envie, et avec l’aide de l’enseignant censé concourir à notre autonomie.

Élèves acteurs de leur apprentissage: réflexion et échange

Optimiser son apprentissage : adopter une bonne démarche réflexive

Une fois ces deux étapes franchies, vient alors le temps de se demander comment optimiser son apprentissage en tant qu’élève acteur. Là encore pas de secret, chacun y trouvera des solutions qui lui sont propres et souvent changeantes avec le temps. Ce qui est vrai pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre / ce qui est vrai un jour ne l’est pas forcément toujours…

Voici donc quelques pistes de réflexions qui m’ont toujours aidé à optimiser mon temps d’apprentissage :

  • apprendre à se connaitre, s’écouter et être en harmonie avec soi-même: identifier son mode de fonctionnement / les moments où nous sommes le plus productif pour nos entraînements personnels / identifier les moments d’absence lors de l’entrainement pour rebondir et se replonger dans l’étude,
  • s’analyser constamment pour identifier ce qui fonctionne le mieux sur nous, que ce soit en matière d’exercice, de visualisation de l’objectif etc. Personnellement, selon les phases, il existe des exercices que je ne fais qu’au dojo. Ils sont certes importants mais m’apportent moins que d’autres dans mes entraînements personnels. Et il arrive que le processus s’inverse,
  • analyser ses points forts et ses points faibles pour savoir sûr quoi mettre l’accent à l’entrainement: lorsque l’on observe des élèves acteurs sur une même situation, de l’extérieur ils font tous le même exercice mais à l’intérieur ils résolvent des problèmes différents et différemment,
  • identifier des étapes d’apprentissage, pour lesquels votre enseignant peut vous guider. C’est d’ailleurs ce qu’il fait quotidiennement lorsqu’il vient vous guider en soulevant certaines problématiques. Sans le passage de certaines étapes inutiles d’espérer optimiser son apprentissage. L’un des exemples que j’apprécie utiliser est celui de l’enfant. Demander à un enfant, ne sachant pas tenir debout, de faire du vélo, semble illusoire… et pourtant… Alors que nous savons pertinemment que cette situation n’est pas envisageable, et que nous agirions par étapes avec nos enfants, nous avons tendance à faire l’opposé nous concernant.
  • être attentif aux régulations de l’enseignant: l’enseignant apporte régulièrement des régulations, toutefois il est récurrent de voir les élèves passer à autre chose en changeant d’exercice et de se voir leur répéter les mêmes choses des mois durant. S’il est bien sûr normal de mettre du temps pour intégrer une notion et trouver la solution, éviter que l’enseignant se répète doit être une priorité. Lors des cours que je suis, un de mes points d’honneur, consiste à me concentrer essentiellement sur ce que l’enseignant me donne comme régulation. S’il vient pour répéter les mêmes choses à chaque entrainement, je considère que je n’ai pas fait mon travail d’élève. Lorsqu’une régulation m’est apportée, je travaille sans relâche sur cet élément, dans chaque exercice proposé, jusqu’à qu’il soit intégré et que je n’ai plus besoin d’y penser pour le mettre en application.

    Travail sur un point particulier avec Simon Pujol après correction de l’enseignant

  • testez, essayez, innovez, pour résoudre un problème: lorsque je m’entraîne à domicile, je passe mon temps à essayer de nouvelles choses pour résoudre un problème identifié. Je ne me suis jamais cantonné à ce que me montraient mes enseignants et j’ai toujours pris ma marge de liberté pour essayer d’évoluer. Je travaille avec des miroirs, le support vidéo, la visualisation, utilise des objets tels qu’une planche d’équilibre, des balles, cibles suspendues etc. C’est une bonne source de motivation car en créant nous nous investissons dans notre progression, cela apporte de la nouveauté et casse les routines qui sont un mal à notre progression à long terme.
  • utilisez un carnet d’entraînement où vous noterez les problèmes soulevés, vos pistes de travail, vos progrès, etc. Il vous permet de checker votre évolution mais aussi de revenir sur certains éléments qui vous ont échappé,
  • Et surtout… n’ayez pas peur de vous tromper en prenant en main votre apprentissage. Par expérience, les élèves n’hésitant pas à tester, expérimenter, quitte à se tromper, ont une bien meilleure marge de progression que les autres. L’échec permet d’apprendre à se connaitre, évoluer en fonction et de trouver progressivement la bonne voie. C’est une grande source de progrès. Posez-vous des questions, tentez de les résoudre par vous même avant de solliciter l’enseignant. Lorsqu’il viendra vous guider vous aurez déjà accomplit une grande partie du chemin.

Il ne s’agit bien sûr que de pistes de travail que j’applique et qui fonctionnent avec ma personnalité mais ne constituant en aucun cas une vérité. N’hésitez pas à partager en commentaire vos outils de progression et surtout n’oubliez pas que:

la vitesse de progression est bien plus une affaire d’envie, de motivation et de remise en question, qu’une affaire de temporalité 😉

Stage Hino Akira, photo de Thomas Taragon

Pour aller plus loin: 

 

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3 réflexions sur “Préparer sa rentrée: l’apprentissage, simplement une histoire de temps?

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