Do, la voie: diversité des pratiques et voie de progression personnelle

Gêné, un élève m’a récemment demandé quel était mon point de vue quant à la diversité qu’offre aujourd’hui le marché des activités de combat et comment j’avais fait pour être sûr de choisir la bonne voie. Dans un premier temps, j’avoue avoir été surpris par la question, cependant après réflexion, j’ai trouvé la question intéressante et pertinente.

道, Do (en onyomi) ou michi (en kunyomi), signifiant « voie », « chemin », « route », sont des concepts récurrents dans la culture japonaise dont on retrouve des similitudes dans de nombreuses écoles d’origine asiatique, notamment en Chine où le terme puise sa source (« tao » ou « dao » en mandarin). Notion essentielle pour l’ensemble des pratiquants d’arts martiaux, il symbolise généralement l’engagement dans une voie en vue d’atteindre un idéal. Toutefois, il semblerait réducteur de s’arrêter à une simple traduction littérale puisque derrière les apparences se cache généralement un sens beaucoup plus profond. Il n’est d’ailleurs pas toujours évident d’en établir les contours lorsque de telles notions font à la fois appel à des indicateurs objectifs, tel que la signification des kanji et autres documents linguistiques, mais également à notre part de subjectivité. Il est donc intéressant de s’arrêter de temps à autre sur ce qu’elles suscitent chez nous et d’observer l’évolution de notre conception de la voie.

Do, la voie

Diversité des pratiques

L’univers des budos est un vaste milieu où nous retrouvons de nombreuses écoles, styles, façons de former les élèves et de concevoir la pratique. C’est d’autant plus frappant lorsque l’on observe qu’au sein d’une même disciplines nous retrouvons plusieurs courants. L’aïkido est un bel exemple de par la pluralité des écoles présentes. Il n’est donc pas toujours aisé de choisir dans ce paysage contrasté. Si quelques personnes s’offusquent de cette diversité, j’y vois personnellement une richesse signe que les réflexions continuent de fleurir. Les budos sont bien plus que des pratiques sclérosées et folkloriques mais des voies de recherche personnelle.

En outre, il semble intéressant de constaté que malgré les cloisons que peuvent laisser apparaître les fédérations et écoles, il est tout à fait possible de trouver deux enseignants de styles différents partageant des similitudes dans leur choix d’études comme deux enseignants aux conceptions différentes dans un même groupe. C’est l’une des raisons pour laquelle j’ai toujours considéré qu’il y avait une voie générale commune à tous les budos définie par le but* et des voies d’explorations propres à chaque école et à chacun pour atteindre ce but. Partant de ces trois déclinaisons (budo, école, individu), la méthode (école et/ou enseignement) représente bien plus un outil en vue de l’atteinte d’un but similaire qu’une fin en soi.

Moment d’échange avec Simon Pujol (Goshinkaï Ju Jutsu) et Nicolas Lorber (Karate Do)

Le choix de l’enseignant a donc toujours été ma priorité. Je n’ai d’ailleurs jamais hésité à changer d’école et/ou fédération pour ces diverses raisons. Cependant j’ai eu la chance d’avoir des enseignants qui rassemblaient par la qualité de leur travail qui n’hésitez pas à inviter des intervenants extérieurs et conseiller les élèves d’aller étudier ce qui se faisait ailleurs. Ils ont toujours eu cette bienveillance de laisser les élèves faire leur propre chemin.

**budo: traduction littérale « voies martiales », but: éducation et élévation de l’homme

Pour autant, ai-je trouvé la bonne voie?

J’ai été finalement ravie de cette question car elle m’a permis de me poser quelques instants sur mon parcours, les étapes atteintes et celles à venir mais également sur l’idée que je me faisais d’une voie. Concrètement le terme voie à lui seul pourrait faire l’objet de longues heures de discussion sans que nous puissions clairement établir une définition précise et universelle tant ce terme fait appel à notre subjectivité. Elle recouvre de nombreux paramètres dont le sens que nous mettons derrière cette notion, directement en lien avec notre vécu et nos expériences.

Chaque groupe ou fédération réunit un ensemble d’adeptes animés par une même direction de travail. Pour autant, cela signifie-t-il que chaque courant représente une voie bien distincte? Les différentes écoles ou groupes, rentrant dans la catégorie d’un budo, sont-ils une seule et même voie empruntant des chemins différents pour atteindre un même sommet?  Ces chemins peuvent-ils être considérés comme des voies? Finalement, le simple fait de pratiquer n’est-il pas une voie comme le serait celle de la musique ou de la peinture?

Au regard de cette analyse succincte, mon avis est qu’il n’y a pas de « bonne » ou « mauvaise » voie. Il y a celles qui vous correspondent, celles qui vous intriguent et celles qui ne vous parlent pas. Il y a celle (s) qui ne vous parlaient pas hier mais vous parle ( nt ) aujourd’hui et inversement. La « bonne voie » ne peut simplement pas se limiter à la définition d’une orientation de pratique ou d’une école. Chacune représente des outils, avec leurs similitudes et leurs différences, qui peuvent s’avérer complémentaires, ou divergentes, mais instructives quel que soit notre courant de pratique. A une époque où les écoles se cloisonnent, nul est de rappeler que nombre de maîtres qui nous ont légué leurs savoirs, tels que Minoru Mochizuki, Ueshiba Moriheï, Hino AkiraNakayama Hakudo, etc., étudièrent diverses écoles pour se former avant de proposer leurs propres réflexions. Ainsi les écoles ne sont pas des voies figées dans le temps, à suivre au pied de la lettre, sources d’une vérité ultime, mais seulement des pistes d’étude. Il n’est donc pas dénué de sens que de nouveaux courants continuent de voir le jour lorsqu’un enseignant atteint la période Ri de sa formation. Ayant suivi une ou plusieurs voies, ils proposent à son tour ses propres pistes d’exploration. Nul ne détient la vérité sinon il n’y aurait peut-être qu’une seule école…

« Les enseignants devraient se rassembler pour échanger leurs expériences et le résultat de leurs recherches, sans préjugés ni parti pris. Il est ridicule que des gens qui enseignent la voie de l’harmonie et de la paix se livrent entre eux à de mesquines querelles. […] Il ne faut pas oublier qu’à une technique correspond plusieurs manières d’exécution et que les conditions d’exécution varient avec l’attaque de l’adversaire. » Tamura Nobuyoshi.

La bonne voie n’est donc pas une affaire de style mais correspond avant tout à celle que vous prenez tout simplement plaisir à arpenter, vous inspire, vous motive et vous apporte au quotidien. Elle renforce votre liberté, vous aide à vous découvrir davantage, à vous épanouir, à vous ouvrir aux autres quelles que soient les différences. On pourrait finalement reprendre la même phrase en remplaçant « bonne voie » par « enseignant », puisque chaque enseignant propose finalement une voie d’exploration propre, fruit de son expérience, de ses questionnements et ceux du groupe dans lequel il a choisi de s’engager.

  • N’hésitez donc pas à sortir des carcans de vos disciplines, expérimenter, aller voir les enseignants qui vous intriguent quelles que soient leur forme de pratique.
  • Restez libre de choisir des chemins multiples, revenir sur vos pas, abandonner les chemins qui vous ne semblent plus en accord avec votre progression et l’évolution de vos aspirations personnelles.
  • Prenez l’initiative de tracer votre propre chemin
  • Tentez de balayer vos préjugés et de ne vous fermer à aucun enseignement qui s’offre à vous. Peu importe le groupe, les fédérations, les écoles, chaque enseignant est susceptible de vous apporter un plus dans votre apprentissage, que vous partagiez son point de vue ou non. Laissez les médisances de côté, ce qui vous correspond ne l’est pas forcément pour autrui et inversement. Et surtout ayons le courage de rencontrer les enseignants avant de nous faire un avis sur leur travail. Les préjugés sont un mal qui nous dessert plus qu’ils nous aident.
  • Pour finir, cultivez votre liberté et votre ouverture, réfutez tout cloisonnement, car arpenter la/les voies qui vous correspondent c’est développer le goût de l’aventure et de la découverte.

Vos choix d’aujourd’hui forgeront vos progrès de demain 😉

Photo de William Pinaud

Pour alimenter la réflexion:

Restez libre de choisir des chemins multiples, revenir sur vos pas, abandonner les chemins qui vous ne semblent plus en accord avec votre progression et l’évolution de vos aspirations personnelles

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