Extrait interview avec Lionel Froidure (2): partir en voyage et étudier à l’étranger

Partir étudier les arts martiaux dans le berceau même de notre discipline est généralement une envie commune à bon nombre de pratiquants. Cependant il n’est pas toujours évident de choisir sa destination, organiser son voyage, se plonger dans une culture gardant une part d’inconnue et éviter les erreurs qui feront que ce voyage ne répondra peut-être pas à vos attentes. En référence à mon dernier post de l’année 2017, je souhaitais débuter l’année en vous proposant quelques conseils pour vous permettre d’accomplir ce désir, si ce n’est déjà fait. Pour cela quoi de mieux que les conseils d’un expert parcourant chaque année le globe pour s’immerger au cœur des cultures martiales?

Lionel Froidure, fondateur d’Imagin’ Arts Tv et de la série TV En Terre Martiale, expert en Karaté Shotokan et Arnis Doblete Rapilon, est un aventurier notamment connu pour les nombreux DVD pédagogiques et reportages de qualités. L’an dernier, suite à l’interview que nous avions réalisée, j’ai donc demandé à Lionel de partager avec nous son expérience. Il nous révèle de précieux conseils pour partir en toute sérénité ainsi que les pièges à éviter :

Aujourd’hui, tu pars régulièrement à l’étranger à la rencontre de maîtres pour suivre leur enseignement et tourner les documentaires En Terre Martiale. Du haut de ton expérience, pour le lecteur désireux d’aller étudier à l’étranger, que conseillerais-tu pour l’aider à préparer son voyage?

Dans l’idéal ce serait de toujours avoir un guide. Par exemple, au Japon c’est très rare que l’on soit accepté dans un dojo sans lettre de recommandation. Si on arrive au Japon et que l’on y arrive la tête enfariné, majoritairement on va se faire refouler. Il nous faut donc une lettre d’introduction. Généralement ce sont des experts qui y vont régulièrement ou des experts du pays qui vivent maintenant en France. Il faut voir avec eux s’ils acceptent que vous vous joigniez à lui pour ce voyage.

Il existe des voyages organisés avec ces experts, ce qui peut être un premier pas pour découvrir, se faire connaître auprès des maîtres et pour pouvoir peut être y revenir tout seul par la suite dans des conditions différentes.

On peut également trouver des stages en Asie, sur internet, mais tu ne sais pas vraiment sur quoi tu vas tomber, un club Med ou un vrai stage de pratique ? Je ne le conseille pas. Dans tous mes voyages/tournages En Terre Martiale, j’avais un guide, quelqu’un qui m’introduisait auprès des maîtres. Mais je devais toujours faire mes preuves auprès des maîtres pour qu’ils m’acceptent et enseignent.

Est-ce qu’il te semble nécessaire de partir s’entraîner à l’étranger pour progresser?

Je pense qu’à un certain moment ça doit démanger beaucoup de pratiquant d’aller s’entraîner dans le berceau de leur art martial. Ne serait-ce que pour voir comment ils travaillent sur place, voir si en Europe on travaille différemment, découvrir des secrets (rires). Généralement il s’agit surtout de confronter sa pratique à celle qui se fait dans le berceau. Mais pour la confronter, il faut aller dans un bon dojo. Je pense que cela serait bien que  chaque pratiquant aille un jour se rendre compte des différences : bonnes ou mauvaises. Ils pourront aussi voir qu’ils peuvent apprendre sans parler ou poser des questions, parce qu’en Europe on aime poser des questions. En même temps, on encourage souvent à poser des questions et c’est notre façon de penser, notre façon de vivre en Occident, mais pas en Asie.

Quelle différence y a-t-il dans l’approche pédagogique entre l’Orient et l’Occident ?

En Europe, à l’heure actuelle, car il y a cinquante ans ce n’était pas le cas, le professeur dit  «fais ça », l’élève va demander « pourquoi ? ». Il doit comprendre. En Asie, on apprend la sensation, le mouvement dans la répétition. Ils te montrent et ils s’en vont. Ils ne te laissent pas  le temps de poser ta question et si tu l’as pose il se retourne avec un regard qui te montre que tu ne devrais pas parler. S’ils te demandent de poser des questions là ok, il ouvre le débat donc tu peux parler. Dans le cas contraire tu n’as pas à poser de questions. Ils te laissent travailler, après ils reviennent.

Suivant les clubs, les dojos, ou les temples, ça peut être une demi-heure, une heure, deux heures ou une journée entière.

En Chine, il m’est arrivé de travailler un mouvement cinq heures avant d’être corrigé. Le maître est arrivé le matin, il m’a montré un mouvement, et il est revenu le soir. Je me suis donc entraîné deux heures et demie le matin, deux heures et demie l’après midi.  J’avais quasiment fini l’entrainement et il est venu me voir. Il me regarde et me fait « hum ce petit mouvement là, pas bien mais le reste c’est pas mal ».  On peut se demander «  Pourquoi il ne nous l’a pas dit avant ? »  Mais c’est peut être mieux ainsi, car je n’aurais peut être pas acquis ce qu’il considérait comme « pas mal » dans mon travail si je n’avais pas répété pendant cinq heures en essayant de trouver les choses par moi même.

Certains pédagogues disent qu’il est important de découvrir par soi même pour mieux intégrer les choses au lieu de seulement les comprendre intellectuellement. À force de chercher on comprend le cheminement pour « réussir » le mouvement. Une fois qu’on y est arrivé et que le corps a compris, on le reproduit plus naturellement.

Si on te dépose au sommet d’une montagne en te disant « voici le sommet, maintenant tu vas en bas de la montagne et tu la remontes mais cette fois-ci tout seul » et bien tu ne seras pas le faire. Mais si tu as déjà fait l’ascension à pied avec un bon guide,  tu seras mieux préparé pour le refaire une deuxième fois.

Découvrez le dernier voyage et projet de Lionel, fraîchement posté cette semaine:


Première expérience: l’importance d’un guide

Comme le précise Lionel, avoir un guide peut se révéler primordiale dans un premier si l’on souhaite profiter au maximum de cette expérience. Une fois le premier voyage exécuté, il vous sera alors bien plus facile de retourner étudier dans les dojos auprès des maîtres que vous avez rencontrés. En outre je ne peux que vous conseiller de vous tourner vers un des voyages d’experts organisés chaque année.

Il existe des voyages organisés avec ces experts, ce qui peut être un premier pas pour découvrir, se faire connaître auprès des maîtres et pour pouvoir peut être y revenir tout seul par la suite dans des conditions différentes. Lionel Froidure

Ces voyages présentent l’avantage d’avoir un programme précis vous permettant à la fois d’étudier auprès de maîtres sérieux et de confiance, mais également de découvrir des lieux uniques, chargés d’histoire, auprès de personnes informées, habituées, connaissant profondément la culture du pays.

Le MasterTour

Pour y avoir participé, mon conseil est de ne pas hésiter à participer au MasterTour, organisé chaque année par Léo. Alternant chaque jour entre visites touristiques de l’archipel et cours collectifs ou privés, avec les plus grands maîtres des Budos, cet événement est une occasion unique pour tous passionnés de se plonger au cœur de la culture martiale japonaise. Vous y retrouverez également une ambiance de groupe studieuse, représentait par de nombreux passionnés, qui est naturellement un plus non négligeable :-). Si vous ne vous êtes pas inscrits pour l’édition 2018, n’hésitez donc pas à envisager cet événement dans votre planning pour l’année 2019 ;-).

 

Retrouver l’interview complète de Lionel ici: Lionel Froidure, globe-trotteur des arts martiaux sans concessions

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