Extrait interview avec Lionel Froidure (1): aller vers l’inconnu pour progresser

En aïkido, on porte très souvent un regard négatif sur  la compétition. Quel est ton point de vue sur l’apport du combat que ce soit à l’entrainement ou en compétition? Pour toi, est-ce nécessaire pour progresser ou peut-on en faire abstraction? 

Lionel Froidure: En même temps je suis karatéka et je suis un combattant. Tu aurais posé la question à un technicien qui fait des championnats technique kata, il t’aurait dit que ce n’est peut-être pas nécessaire. Pour moi le combat c’est les arts martiaux. Après est-ce qu’on doit faire de la compétition, ça c’est à chacun de choisir. Personnellement je dirais que ça serait bien. Pas forcément de faire une carrière, ce qui est complètement différent, mais de monter sur un tatami ou un ring pour affronter un adversaire.

C’est une expérience qui apporte beaucoup. Déjà par rapport au stress et à sa gestion. On ne sait absolument pas ce que va faire notre adversaire même si on peut essayer de reproduire cet situation à l’entraînement. En cours, on a toujours des partenaires que l’on connait. On connait leur façon d’attaquer, leurs points forts et leurs faiblesses. Lorsque l’on se retrouve en compétition, on n’est pas forcément face à quelqu’un que l’on connait, le problème est là et il faut le résoudre. L’adversaire est une énigme et il faut la percer. L’avantage de combattre c’est qu’on va pouvoir développer certaines qualités comme le travail de sen no sen, de tai no sen, et de go no sen. Chose que l’on peut également travailler en club mais ça sera réfléchi, intellectualiser, ce ne sera pas du domaine de l’automatisation ou de l’intuition. En club, on ne va pas réagir par  rapport à une situation donnée, on va réfléchir à une situation. Or en combat on n’a pas le temps de réfléchir. Lorsque ça arrive il faut réagir et avec le temps, on apprend à passer ces barrières.

Au départ, on est surtout en go no sen, donc on subit. Par exemple, on essaie de profiter des ouvertures lorsque l’on en voit une, on essaie de placer une technique parce que quelqu’un s’absente ou reste figé dans son attaque. À cette étape, on va tirer partie des moments de faiblesse adverse. À l’étape suivante on va esquiver un petit peu plus, voir le mouvement partir un petit peu plus tôt et on va réagir plus vite. Et avec plus l’expérience, on va arriver au sen no sen voir au sen sen no sen et partir avant que son intention ne soit vraiment développée. Mais cela demande de la finesse de travail et en même temps un travail de mise en situation dans des conditions proches du réel, où l’on ne connait rien. Bien sûr, on peut le reproduire avec un partenaire au dojo où il va essayer de nous pousser un maximum dans nos retranchements mais on ne sera jamais dans de réelles conditions. Comme quand on parle de travailler la self-défense. C’est l’éternel débat, car travailler la self-défense c’est bien, mais ce ne sera jamais la self-défense d’une situation de rue car on ne sait jamais ce qui va se passer dans la rue. C’est exactement la même chose en combat. On fait face et on réagit.

Donc pour répondre à ta question,  est-ce qu’il faut faire de la compétition ? Je dirais oui parce qu’il faut développer ses qualités. Bien évidemment il ne faut pas le faire à outrance sinon on risque de se piéger dans un système réglementé ou alors il faut changer de système régulièrement pour changer de règles. C’est surtout une question que le pratiquant doit se poser. Est-ce qu’il veut vraiment avancer dans le côté sensation, le côté intuitif ? Si oui, il va devoir aller vers l’inconnu. Il faut faire travailler son cerveau reptilien et le combat aide.

« En club, on ne va pas réagir par  rapport à une situation donnée, on va réfléchir à une situation. Or en combat on n’a pas le temps de réfléchir. » Lionel Froidure

La question de la nécessité de la pratique du combat fait débat et anime régulièrement les discussions de vestiaire. Comme l’ensemble des situations d’apprentissage auxquels nous sommes confrontés elle possède ses avantages et inconvénients. Il appartient donc aux pratiquants d’en identifier les contours pour qu’elle est un bénéfice notable sans pour autant être en opposition avec nos objectifs d’étude.

L’essence d’une situation de combat, tel que le précise Lionel, c’est l’incertitude, l’inconnu, générateur de stress et d’émotions. Malheureusement, les pratiques ont souvent tendance à se diluer en proposant seulement des situations d’apprentissage fermées, où ces dimensions sont régulièrement absentes, ne nous permettant pas de rentrer dans le monde de l’intuitif.

Que l’on est une affinité ou non avec la pratique du combat à l’entrainement ou en compétition, que l’on considère que ce soit un passage incontournable ou non, mon sentiment est qu’il est nécessaire, au minimum, de vivre notre pratique dans des situations de grand stress et d’incertitude.

Expérimenter, sortir de notre zone de confort, repousser les limites de notre zone de panique, sont le prix incontournable de nos progrès sans lesquels nous resterons dans une compréhension partielle des principes et de leur mise en application.

« C’est plutôt un voyage à l’intérieur, cette envie de sortir de notre zone de confort et d’aller apprendre. Si on fait tous les jours la même chose, on ne s’enrichit pas » Mike Horn

« La réalité du Budo se compose de trois conditions d’incertitude:- vous ne savez jamais combien il y a d’adversaires, – vous ne savez jamais quel type d’arme les adversaires vont utiliser – et vous ne savez jamais quand l’adversaire va attaquer. Dans n’importe quelle condition, rien n’est certain. » Hino senseï

Un grand merci à Lionel pour ses réponses sources de réflexions. Retrouver l’intégralité de son interview ici.

Pour aller plus loin dans la réflexion:

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