L’union du fond et de la forme: à la rencontre de Xavier Duval

Xavier Duval débute le Nihon Taï Jutsu en 1998, art martial qu’il enseigne aujourd’hui principalement à Hon Kong et en Europe lors de ses retours en France. Pratiquant émérite, Xavier fait parti de ces adeptes qui n’ont de cesse de chercher, étudier et regarder au-delà des frontières de leur discipline. Connu des bloggers et internautes, auteur de Tribulations martiales, il a pratiqué en parallèle le Hankido, l’Arnis, le Jiu Jitsu Brésilien et l’Aunkaï qu’il étudie auprès d’Akuzawa senseï. Contributeur du numéro hors séries de Dragon magazine, Xavier est un pratiquant humble, intègre avec lequel j’ai pris beaucoup de plaisir à échanger tant ses réponses sont sources d’approfondissement.

Je vous propose aujourd’hui d’en découvrir un peu plus sur son parcours et son cheminement qui vous apporteront sans aucun doute de nombreuses pistes de réflexion. 

Xavier Duval


Pour commencer, quelles-sont les raisons qui t’ont poussé à ouvrir la porte de ton premier dojo?

Les mêmes raisons que beaucoup de personnes j’imagine, je voulais apprendre à me défendre, devenir fort et avoir une ceinture noire. Ça ne voulait pas dire grand chose en fait.

Peux-tu nous parler de tes débuts dans les arts martiaux?

Si on exclut le Judo que j’ai pratiqué enfant comme beaucoup de gens, j’ai vraiment débuté la pratique martiale par le Nihon Tai Jutsu. C’était en 1998, j’avais 15 ans. Mes enseignants de l’époque étaient Max Lormeteau et Thierry Durand, j’allais chez Max le mercredi et chez Thierry le lundi, mercredi et dimanche. Deux très bons enseignants qui m’ont beaucoup marqué. Je m’entrainais avec passion et de façon assez intensive, au dojo ou chez moi, pas forcément toujours de façon intelligente en revanche. J’avais une pratique assez athlétique et je travaillais clairement en force, sans vraiment m’en rendre compte. J’associais le fait d’avoir une pratique dure et de se dépasser physiquement à une certaine efficacité.

Quelles évolutions ont connu tes motivations concernant la pratique et l’étude des arts martiaux?

Mes motivations ont changé au cours des années. J’ai commencé pour apprendre à me défendre et continué pendant plusieurs années dans cette direction. J’avais une vision très superficielle de la pratique à cette époque et j’essayais d’apprendre le plus de techniques possibles. J’ai beaucoup déménagé et 5 ans après mes débuts je me suis retrouvé sans dojo de Nihon Taï Jutsu. J’ai donc commencé à chercher ailleurs les réponses, en stages, et en pratiquant d’autres arts. J’accumulais beaucoup d’heures de pratique mais je cumulais finalement les techniques comme un collectionneur, sans vraiment comprendre ce qui faisait leur essence.

Quand je suis arrivé à Hong Kong en 2008 j’étais au bout d’un cycle et j’arrivais dans une impasse. Ma rencontre avec Akuzawa sensei m’a apporté ce qui me manquait jusque-là, un travail de fond. Ma pratique est aujourd’hui essentiellement tournée vers l’utilisation du corps et ma motivation principale est de me sentir bien, libre dans mon corps et de voir jusqu’où je peux aller dans cette voie.

Aujourd’hui tu pratiques et enseignes essentiellement le Nihon Taï Jutsu. Peux-tu nous parler de cette école? 

Le Nihon Taï Jutsu est une création de Roland Hernaez à partir du Tai Jutsu de Minoru Mochizuki sensei et dans une moindre mesure du Shorinji Kempo. Il se pratique essentiellement à mains nues comme son nom l’indique et repose donc sur les différents arts que Mochizuki sensei a étudiés au cours de sa vie. Notamment le Daito Ryu/Aikido d’avant guerre, le Judo et le Gyokushin Ryu Jujutsu, une école aujourd’hui disparue, à l’origine des nombreux sutemi du Yoseikan, et dont Mochizuki sensei a été le dernier pratiquant.

Photo by Imagin’arts

Quels sont les principes au cœur de cette école?

Le Nihon Taï Jutsu met particulièrement en avant l’utilisation des Tai Sabaki pour sortir hors de la ligne d’attaque et des Te Hodoki pour se libérer d’une saisie. Le tout est combiné avec l’utilisation d’atemi sur les points sensibles de l’adversaire afin de fragiliser sa structure et permettre de finir le combat, que ce soit en utilisant les atemi, une projection, une clé ou un étranglement.

Au-delà de ces principes de base, Mochizuki sensei cherchait à mettre en lumière ce qui liait tous les arts qu’il avait étudiés, ce qui liait une frappe, une coupe ou une projection. C’est pour moi la chose la plus importante à comprendre en Nihon Taï Jutsu.

Peux-tu nous parler de cette liaison qui existe entre les arts martiaux? Comment s’exprime telle dans l’enseignement du Nihon Taï Jutsu?

Il avait par exemple créé un kata pour mettre en évidence ces liens, le ken tai ichi no kata, qui démontre 5 principes, chacun en ken vs ken, tai jutsu vs ken et taï jutsu. J’insiste sur le fait qu’il s’agit dans le kata de liens dans les principes et non dans les techniques car visuellement les techniques peuvent sembler très différentes.

Ma pratique n’étant de fait pas armée, il s’agit avant tout de lier les différents éléments du combat à mains nues, et donc de comprendre leur point commun : le corps. Ma compréhension actuelle est qu’il s’agit de percevoir comment la force entre puis sort du corps et comment les différentes parties du corps interagissent (qu’on choisisse de les connecter ou de les dissocier), ainsi qu’apprendre à gérer les différentes distances possibles, qui décideront du type de défense.

Tu nous parlais de l’école Gyokushin Ryu Jujutsu qui est à l’origine des nombreux sutemi de l’école Yoseïkan. On traduit généralement les sutemi par « technique de sacrifice ». Quelle est l’origine  de ce travail technique ?

Paradoxalement il n’existe aucune ressource sur les sutemi du Gyokushin Ryu. S’ils sont à l’origine de ceux du Yoseikan, ceux-ci n’en sont pas techniquement issus, parce que de fait Mochizuki sensei n’a jamais appris les sutemi de cette école. Il a pratiqué le Gyokushin Ryu Jujutsu environ 6 mois, et lorsqu’il en est parti pour se concentrer sur le Judo, son enseignant lui a demandé de rester notamment en évoquant les sutemi. Ça n’est que plusieurs années plus tard que Mochizuki sensei a souhaité les apprendre, mais il s’est retrouvé dans une situation compliquée puisqu’il était le seul gradé restant de l’école. Il s’est donc décidé à recréer les sutemi en fonction des principes q’il avait étudié au sein de cette école, notamment le poème de l’école. Mais rien ne nous dit que leur forme ou leur utilisation était équivalente. Nous en savons finalement très peu sur les origines de ce travail en Gyokushin Ryu.

Mochizuki Senseï

 Quelle est la place des sutemi dans ton travail?

Les sutemi sont des techniques que j’affectionne particulièrement. D’une part parce qu’ils permettent difficilement de mettre de la force, d’autre part parce qu’ils sont un très bon moyen pour comprendre la prise du centre. Un échec sur ces critères amène une sanction immediate. Ce sont en revanche des techniques très dangereuses tant pour Uke que pour Tori, et si le but est de briser les cervicales de l’adversaire, il est évident que finir au sol soi-même présente un risque plus que conséquent contre plusieurs adversaires, a fortiori armés. C’est pourquoi nous travaillons les sutemi comme des techniques de dernier recours.

On utilise un sutemi parce que notre équilibre est déjà compromis et qu’il ne nous est plus possible d’éviter d’aller au sol. Ce sont des techniques que je pratique très régulièrement et que je fais travailler à mes élèves ou en stages très tôt. Si certaines sont compliquées voire dangereuses pour des débutants, parce qu’ils peuvent notamment intégrer des clés de bras ou des étranglements, il est très facile de prendre des sensations avec des versions plus simples, sans danger. De plus ce sont des techniques sont très ludiques. C’est d’ailleurs amusant parce qu’il arrive de plus en plus régulièrement quand je rencontre des gens en stages qu’ils me parlent de mes vidéos de sutemi, à croire parfois que ma pratique se limite à ça (rire). 

Quelles sont tes autres influences?

Akuzawa sensei a sans aucun doute été mon influence la plus importante ces sept dernières années. Je l’ai rencontré à une époque où j’étais dans une impasse et je ne savais plus comment progresser. Son enseignement a profondément changé ma vision des choses et de ce fait ma pratique.

Léo Tamaki est aussi pour moi une inspiration à plusieurs niveaux. Déjà par ses nombreux écrits, car il faut être honnête, si Léo n’avait pas été là il est probable que je n’aurais jamais entendu parler d’Aunkai ou des nombreux maitres qu’il a invités et fait connaitre. Ensuite parce que si l’utilisation du corps en Kishinkai est possiblement à l’extrême opposée de ce qu’elle est en Aunkai, c’est justement pour moi le moyen de sortir totalement de ma zone de confort, et d’une certaine façon de mieux comprendre ce que je fais.

La troisième personne qui m’a vraiment marqué est Maul Mornie du Silat Suffian Bella Diri. Il a une façon de bouger très naturelle qui lui permet de déstructurer ses partenaires à chaque mouvement sans effort apparent. Sa façon de bouger peut sembler assez éloignée de l’image que l’on a du Silat. Il explique que c’est parce qu’il vient d’une très bonne famille du Brunei et que leurs vêtements étant de qualité ils ne peuvent pas se permettre d’aller au sol ou faire des grands gestes au risque de les abimer. De fait son style a une grande verticalité et il semble juste tourner autour de son axe sans effort particulier, mais à chaque contact il perturbe la structure de son adversaire.

Ce sont aussi trois personnes que j’apprécie particulièrement au niveau humain, généreuses dans leur enseignement et qui ne prennent pas des airs de diva face à des pratiquants moins avancés.

Ta rencontre avec Akuzawa senseï semble être un moment déterminant dans ta recherche. Comment s’est passée ta rencontre avec Akuzawa senseï?

En fait j’ai commencé l’Aunkai presque par hasard. Je pratiquais beaucoup avec un ami, Fred, à Hong Kong à l’époque et nous cherchions un moyen de progresser ensemble. Il avait entendu parler d’Aunkai et d’Akuzawa sensei via le forum Kwoon et m’a proposé d’aller passer quelques jours à Tokyo pour découvrir son travail. Ça a été une révélation et j’ai depuis continué à pratiquer dans cette direction.

Ma rencontre avec Akuzawa sensei a été en quelque sorte un KO debout. Je pratiquais depuis une douzaine d’années et j’ai eu l’impression d’être de retour au premier jour. Rien ne fonctionnait sur lui et ses élèves. J’étais trimbalé dans tous les sens sans pouvoir y faire quoi que ce soit. L’ensemble de mes croyances s’est effondré ce jour là, et c’est ce qui m’a permis d’avancer.

Akuzawa senseï photo by Hélène Rasse


Que t’apporte l’Aunkaï dans ton travail?

L’Aunkai est aujourd’hui le cœur de ma pratique. Si je pratique toujours le Nihon Taï Jutsu avec plaisir, j’ai finalement “compris” le sens de ce que je faisais grâce à l’Aunkai. Ce que j’apprécie particulièrement dans l’Aunkai c’est que c’est avant tout un travail sur soi, il n’y a pas de travail technique à proprement parler, seulement un travail sur le corps. C’est ce travail quotidien sur le corps qui me permet, jour après jour, d’essayer de saisir l’essence des techniques que je pratique depuis des années, et comprendre comment toutes ces techniques sont liées entre elles par la façon dont on utilise le corps.

Une partie de l’enseignement de l’Aunkaï est consacrée à l’étude des Tanren. Peux-tu nous en dire un peux plus sur les tenants et aboutissants de ce travail?

Effectivement, les Tanren représentent une grosse partie du travail en Aunkai. Via ces exercices en solo, on améliore progressivement sa conscience de son propre corps et d’une certaine façon on en reprend possession. La pratique quotidienne des Tanren permet d’apprendre à connecter entre eux les différents éléments du corps et de changer fondamentalement la façon dont l’on marche, s’assoit ou se tient debout.

C’est un travail relativement austère puisque les exercices sont peu nombreux et qu’ils sont quotidiens. En revanche je suis convaincu que si l’on répète les mêmes exercices tous les jours, ils sont, malgré tout, toujours un peu différents. Le pétrissage du corps via les Tanren nous donne accès à des sensations qui nous étaient jusque là inconnues, au point que chaque jour est un jour nouveau et pas une simple répétition de la veille. Ce sont des exercices simples mais d’une extrême profondeur. Après quelques années de répétition, le corps change profondément et on s’aperçoit que tout est issu de ce travail pourtant basique.

J’ai immédiatement accroché à ce travail, probablement parce que je cherchais depuis des années un moyen de progresser seul. Ayant beaucoup déménagé il m’a été difficile de garder une pratique cohérente sur la longueur, et l’Aunkai avec ses exercices solitaires, faisables partout, répondait parfaitement à ce problème.

Le travail en solitaire est souvent un point abordé par une minorité d’adeptes. Certains en font la base de leur travail et d’autres lui préfèrent l’étude au dojo avec partenaire. Pour toi, l’entrainement solitaire est-il important pour franchir un cap dans notre progression?

Le travail en solitaire a été la clé pour moi. D’une part parce qu’il m’a permis de m’entrainer beaucoup plus, mais aussi parce qu’il m’a permis d’affiner réellement ma pratique et ma compréhension. Je ne pense pas que ça puisse remplacer le travail avec partenaire, parce qu’au final les arts martiaux sont des pratiques qui nécessitent le contact, mais je suis convaincu que c’est un excellent complément. D’une certaine façon, le travail en solitaire permet de réellement se réapproprier son corps.

Quels conseils donnerais-tu à un lecteur souhaitant approfondir son étude en dehors du dojo?

Il existe de nombreux moyens de pratiquer en solitaire. Le mieux est certainement de regarder au sein de sa propre école s’il existe des exercices permettant de travailler seul pour s’assurer de pratiquer des exercices qui vont dans le sens des qualités recherchées.

Le travail technique fait souvent partie des attentes des élèves lorsqu’ils débutent. Quelle est la place du travail technique dans ton enseignement?

Tu l’auras compris le travail sur l’utilisation du corps m’intéresse beaucoup plus que le travail technique parce que je crois qu’il est une clé pour passer à un niveau supérieur. En revanche je ne crois pas que l’on puisse faire l’impasse sur le travail technique à moins d’avoir des capacités corporelles hors du commun, ce qui ne vient pas du jour au lendemain. L’enseignement technique reste donc important pour moi, parce que je crois que mes élèves ont besoin de moyens pour exprimer leur recherche corporelle.

Ça a d’ailleurs été, et ça l’est toujours, le cas pour moi. Un grand nombre de choses que j’ai comprises de l’Aunkai ont été comprises via des applications.

Ma compréhension actuelle est qu’il s’agit de percevoir comment la force entre puis sort du corps et comment les différentes parties du corps interagissent, Xavier Duval


Au-delà du travail technique et celui axé sur l’utilisation du corps, quel est ton point de vue sur la mise en place de forme de combat ou un d’échange  « libre » durant entrainement?

Je suis un grand partisan du travail libre, pour moi et pour mes élèves. Dans une certaine mesure j’essaie de diviser mon enseignement en trois parties égales : la pratique formelle (kata), le travail sur l’utilisation du corps, et le travail libre. Le travail libre est ce vers quoi on doit arriver, sinon le reste n’a aucun sens. Le combat c’est le chaos, toute la pratique formalisée n’est pour moi qu’un outil pour s’y préparer. Nous faisons pour ça pas mal d’exercices de type ju-waza ou randori, avec une variabilité dans la non coopération du ou des partenaires.

Aujourd’hui tu vis et enseignes principalement en Chine. Comment se sont passés tes débuts en Asie?

Mes débuts ont été un peu chaotiques. J’avais cherché sur internet s’il y avait des écoles de Jujutsu, et de fait il n’y avait rien. J’avais cherché pas mal d’arts chinois aussi, mais chercher Hong Kong sur google avec quoi que ce soit lié aux arts martiaux a vite fait de vous ramener vers la liste incroyable de films tournés ici…

Assez rapidement et étant curieux de nature, j’ai voulu aller voir du côté des arts chinois. Sans trop savoir quoi d’ailleurs parce que je n’y connaissais pas grand chose. J’ai été assez vite déçu, entre les pièges à touriste et les endroits où l’on parle seulement en cantonais, il était assez difficile de recevoir un enseignement, d’autant que le niveau moyen des gens accessibles à un étranger de base n’était pas forcement incroyable non plus.

Les endroits où l’on peut recevoir un enseignement de qualité en anglais ne sont pas si nombreux que ça et je dois avouer que mes horaires à mon arrivée n’étaient pas aussi calés qu’ils le sont maintenant, puisque j’étais encore en pleine installation. Tout ça m’a finalement conduit à aller regarder du côté des arts philippins dans un premier temps.

J’ai donc  finalement trouvé un enseignant philippin qui enseignait l’Arnis dans un parc près de chez moi et rapidement j’ai fait un peu de Jiu Jitsu Brésilien en parallèle parce que je sentais de gros manques dans ma pratique au sol. Au fur et à mesure j’ai commencé à pratiquer plus avec Fred, à louer des salles avec lui dans des « sports centre » pour refaire du Jujutsu et pratiquer l’Aunkai. J’ai donc laissé le reste de côté.

Quelle a été ta première impression en arrivant en Chine?

Passée l’excitation des premières semaines et l’installation, j’ai vite été surpris du manque d’intérêt pour les pratiques martiales. On trouve certes beaucoup de Tai Chi dans les parcs, surtout pour les personnes âgées et de nombreuses salles de Wing Chun, Bruce Lee et Yip Man obligent, mais à part ça le paysage martial était relativement désert, ou alors il fallait chercher du côté du MMA. J’ai donc rapidement été un peu inquiet sur la direction que pourrait prendre ma pratique…

Hormis cela j’ai tout de suite apprécié Hong Kong pour sa facilité. C’est un endroit où tout se fait relativement facilement, où on rencontre aisément des gens et où la vie bouge. 

Quelles différences culturelles t’ont le plus marqué à ton arrivée?

Au niveau martial ce qui m’a marqué c’est le manque d’intérêt général pour ces pratiques. Non pas que je m’attendais à voir des maitres à tous les coins de rue mais j’ai été surpris de voir que les arts martiaux attiraient plus de monde en France qu’à Hong Kong. C’est d’autant plus vrai quand on regarde le degré d’engagement des pratiquants. Je parle évidemment de manière générale et il y a bien sûr des pratiquants très engagés ici, mais j’ai été frappé, et je le suis toujours, par le fait que pour beaucoup de gens la pratique est un hobby comme aller au cinéma ou se balader dans la nature.

Il faut dire qu’Hong Kong a cette spécificité d’être une ville qui ne dort jamais. Les gens courent tous après quelque chose à longueur de temps. Nous sommes dans un endroit où le besoin d’immédiateté est à son paroxysme et où les gens sont toujours très occupés. J’ai des amis proches que je n’arrive à voir que tous les 4-5 mois par exemple, parce que le rythme de la ville et les voyages professionnels font que la ville vibre d’une façon très différente de ce que j’avais pu vivre ailleurs.

Enfin, Hong Kong est une ville qui est certes cosmopolite mais dans laquelle, en simplifiant, la population se divise en trois categories: les étrangers, les locaux, et ceux qui sont entre les deux, en général des hongkongais qui ont grandi à l’étranger. Les deux premières catégories n’ont le plus souvent que des rapports très superficiels entre elles alors que la troisième est un peu au milieu de cet équilibre. Ça parait anecdotique mais ça a forcément une influence sur l’enseignement que l’on peut recevoir en étant étranger.

Vois-tu une différence notable entre les cultures et traditions martiales japonaises et chinoises?

Je ne connais les traditions martiales chinoises que très superficiellement, ça me sera difficile de faire une comparaison qui soit vraiment pertinente.

Tu donnes également des stages lorsque tu rentres en France. Vois-tu une différence dans les habitudes des pratiquants, dans leurs attentes ou leur façon de recevoir un enseignement?

Je vois une vraie différence de motivation et d’enthousiasme. Je sens une vraie envie quand je donne des stages en Europe, les gens veulent progresser se donnent le temps pour la pratique. A Hong Kong les gens sont toujours très occupés et la pratique martiale passe souvent au second plan, ce qui est un peu frustrant quand on enseigne. Le tissu associatif français fait aussi que les pratiquants sont habitués à aller en stages, à rencontrer d’autres pratiquants et pratiques, ce qui se fait finalement très peu ici.

Qu’est-ce que l’enseignement tapporte?

Au début j’ai surtout commencé à enseigner par défaut, parce que je cherchais des partenaires d’entrainement. Aujourd’hui enseigner me permet d’affiner ma pratique. D’une part parce que je choisis quelle direction prend le cours et que bien évidemment la direction correspond à ma recherche. Ensuite parce qu’en essayant de simplifier mes idées pour les transmettre aux élèves, je suis obligé de décortiquer mon étude et mes techniques pour les ramener à leurs parties les plus simples. Et c’est souvent dans ces cas-là que je comprends un nouveau principe essentiel que je peux ensuite « universaliser » au reste de ma pratique.

Mon rôle en tant qu’enseignant est avant tout de donner des clés de progression et de ne rien cacher, Xavier Duval

Quelles sont tes attentes en tant qu’enseignant?

Elles évoluent avec le temps. J’ai commencé à enseigner avant tout parce que c’était le seul moyen de pratiquer et donc je voulais avoir des partenaires d’entrainement. J’attendais que les gens soient aussi motivés que je l’étais et qu’ils progressent suffisamment rapidement pour me permettre de progresser. Je suis quelqu’un d’assez impatient et j’ai probablement longtemps eu trop d’attentes envers mes élèves. Certes moins que j’en avais envers moi-même, mais malgré tout trop. Quand on est passionné on a tendance à vouloir que tout le monde le soit.

Je m’aperçois maintenant que mon rôle en tant qu’enseignant est avant tout de donner des clés de progression et de ne rien cacher. Mais c’est aux élèves de recevoir, ou non, ce qui leur est proposé. Avoir des attentes particulières n’a pas de sens, les élèves sont libres de faire ce qu’ils veulent. Evidemment en pratique ça reste difficile à appliquer.

Finalement enseigner n’est-il pas donner avec générosité sans jamais rien attendre en retour?

Tout à fait, même si c’est toujours plus facile à dire qu’à mettre en pratique.

Un mot pour terminer?

Merci à toi pour cette interview et bien sur à tes lecteurs qui ont pris le temps de la lire, et qui j’espère en retireront quelque chose de bénéfique!

Merci à toi Xavier pour cet entretien et ta disponibilité.

Xavier sera cette année l’un des nombreux démonstrateurs de la NAMT 2017.

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