Arts martiaux, controverses et directives institutionnelles

Suite à la publication d’un des derniers posts au sujet de Christian Tissier, m’ont été posées ces deux questions:

« De ce que j’ai pu en comprendre, malgré son expertise incontestable, Christian Tissier semble être un personnage controversé dans l’aïkido français. Quelle est la position du Kishinkai Aikido à son sujet ? Et sais-tu quel regard il porte à votre branche ? »

Voici ma réponse:

« Effectivement, comme pour beaucoup de personnes, à partir du moment où on est situé sur le devant de la scène il y a des controverses. La popularité, un haut niveau technique, la reconnaissance et bien d’autres, sont des éléments qui attirent les convoitises, les jalousies, les critiques etc… C’est une réalité avec lesquelles les experts doivent composer et l’on ne peut faire l’unanimité.

Personnellement, je t’avoue que je ne prête nullement attention à ce que les pratiquants disent, d’autant plus sur un internet ou au coin d’un vestiaire, chacun étant libre de penser ce qu’il souhaite :-). Ce qui m’intéresse c’est l’homme, son travail, ses réflexions et ne le connaissant pas personnellement je me garde de me faire un quelconque avis autre que celui que je perçois au travers de ses vidéos, interviews et écrits.

Concernant l’école Kishinkaï, nous n’avons aucun parti pris sur les autres disciplines ou écoles, il n’y a d’ailleurs aucune directive. Chaque enseignant ou élève est libre d’alimenter sa réflexion, sa pratique en allant à la rencontre des experts qu’il souhaite, que ce soit en aïkido ou autres. Et c’est ce qui rend les moments où nous nous retrouvons d’autant plus riches.

Pour ce qui est du regard de Christian Tissier sur notre branche, je ne sais pas mais de ce que j’en perçois c’est un homme humble et ouvert. Pour le reste je t’avoue que nous ne pratiquons pas pour plaire aux autres mais pour le plaisir de pratiquer, de ne nous retrouver et évoluer ensemble :-). Je laisse les critiques et médisances à ceux qui ont du temps à perdre, je préfère consacrer mon temps à l’étude :-). « 

Controverses et internet

« Effectivement, comme pour beaucoup de personnes, à partir du moment où on est situé sur le devant de la scène il y a des controverses. La popularité, un haut niveau technique, la reconnaissance et bien d’autres, sont des éléments qui attirent les convoitises, les jalousies, les critiques etc… C’est une réalité avec lesquelles les experts doivent composer et l’on ne peut faire l’unanimité.

Personnellement, je t’avoue que je ne prête nullement attention à ce que les pratiquants disent, d’autant plus sur un internet ou au coin d’un vestiaire, chacun étant libre de penser ce qu’il souhaite :-). Ce qui m’intéresse c’est l’homme, son travail, ses réflexions et ne le connaissant pas personnellement je me garde de me faire un quelconque avis autre que celui que je perçois au travers de ses vidéos, interviews et écrits. »

Quel que soit le niveau de popularité d’un adepte, à partir du moment où celui-ci se voit attirer de plus en plus de monde et occuper un tant soit peu le devant de la scène, il s’expose inévitablement aux critiques, mécontentements voire la jalousie d’une partie de la communauté. A l’heure où internet facilite la désinformation et où tout le monde peut s’exprimer facilement aux yeux du plus grand nombre, les controverses vont bon train. La toile permet aujourd’hui l’accès à de nombreuses vidéos, démonstrations, interviews qui figent instantanément une pensée, un instant T du parcours d’un pratiquant qui deviendra inévitablement une référence pour nombre de spectateurs. Si les pensées évoluent, les publications restent gravées dans le marbre et en relisant parfois de vieux articles de mon blog je me rends compte que le traitement de quelques sujets, expressions d’une pensée passée, ne sont plus.

Cependant si les écrits et interviews s’exposent à cette problématique, le support vidéo en offre bien davantage. On retrouve nombre d’extraits de stages, de vidéos promotionnelles, de démonstrations parmi lesquelles s’entremêlent des publications amatrices, professionnelles et parfois des situations d’études sorties de leur contexte qu’il est difficile de comprendre. Le support vidéo est sans doute un bel outil pour le pratiquant curieux et désireux de voir ce qui se fait ailleurs. Pour autant nous aimons nous faire un avis sur tout et en tirer des conclusions parfois tranchées sur ce que nous percevons. Il est d’ailleurs aisé d’éblouir le spectateur, quel que soit notre niveau, via un montage vidéo de qualité et tout aussi facile de décrédibiliser un expert avec quelques images amatrices prises à la volée. J’éviterai de parler des vidéos, ou interview, tronquées dont usent facilement les détracteurs pour faire dire ce qu’ils souhaitent à une personnalité. S’ajoute à cela notre désir parfois pulsionnel de vouloir absolument exposer nos critiques voire les imposer à la communauté. C’est notamment l’un des problèmes maladifs que l’on retrouve sur les plateformes d’échanges ou réseaux sociaux et l’une des raisons qui font qu’aujourd’hui je ne participe plus à aucun débat sur les forums.

A cela s’ajoute, qu’on le veuille ou non, notre besoin souvent inconscient d’associer et interpréter les informations que nous recevons à notre vécu. Il est en outre simple et perfide de ne voir que ce que nous souhaitons voir et en cela il semble important d’adopter l’esprit de Shoshin à chaque fois que nous visionnons la vidéo d’un expert que nous ne connaissons pas personnellement. A chaque fois que nous entendons des dires et controverses pour lesquelles nous n’avons aucune preuve de la bonne foi de nos interlocuteurs. En cela je ne prêtre aucune attention à ce genre de polémique ne rendant service qu’à l’ego des colporteurs.

Ce qui m’intéresse est l’homme, ce que j’entends directement de lui et s’il est normal de se faire un avis, je m’efforce aujourd’hui de ne porter aucun jugement sur la pratique d’un expert que je n’ai pas rencontré et dont je n’ai pas senti directement la technique, encore moins de partager avec mes élèves une quelconque mauvaise impression. Ce qui semble bon pour moi ne l’est pas forcément pour un autre et inversement. C’est dans cette diversité que se trouve la richesse des échanges et non dans la critique gratuite trouvant généralement sa source dans la condescendance.

Directives institutionnelles et liberté de choix

« Concernant l’école Kishinkaï, nous n’avons aucun parti pris sur les autres disciplines ou écoles, il n’y a d’ailleurs aucune directive. Chaque enseignant ou élève est libre d’alimenter sa réflexion, sa pratique en allant à la rencontre des experts qu’il souhaite, que ce soit en aïkido ou autres. Et c’est ce qui rend les moments où nous nous retrouvons d’autant plus riches. »

Pour exister, les clubs se réunissent généralement sous l’égide d’une fédération chargée d’organiser et de promouvoir la pratique de leur discipline. Chaque école est bien sûr soumise à plusieurs directives techniques permettant de garder un axe de travail commun vis-à-vis des objectifs d’enseignement souhaités par les fondateurs. Jusqu’ici rien de plus normal. Pour autant il arrive que ces directives dépassent ce cadre au point de parfois dicter à ses membres une ligne de conduite vis-à-vis d’autres groupes, fédérations ou enseignants. Les exemples de dirigeants/enseignants imposant à leurs membres de ne pas se rendre dans des stages autres que les leurs, imposant à un club d’annuler les stages que celui-ci organise avec un expert d’une autre fédération ou de ligues organisant un stage de dernière minute pour éviter que leurs adhérents se rendent dans le stage du club voisin, sont nombreux notamment en aïkido. Si je m’amuse toujours de voir les stratégies mises en place par quelques clubs et enseignants, ce ne sont à mon sens que l’expression d’une incompréhension profonde de ce que sont vraiment les budo.

Il existe inévitablement des dualités entre enseignants de même groupe ou « styles » différents. Pour autant ceux-ci doivent rester dans le cadre du privé et n’ont pas lieu d’être sur le tatami. Chaque pratiquant devrait pouvoir rester libre de suivre le/les enseignement(s) qu’il souhaite. La liberté, la capacité à faire des choix personnels et l’autonomie ne font-elles pas partie des qualités que nous devons développer chez nos élèves afin qu’ils ne restent pas cantonnés toute leur vie à l’étape Shu? 

Il est malheureux qu’une institution ou un enseignant ait recourt à l’interdiction pour retenir les élèves, qu’elle soit formellement annoncée ou implicite. Au-delà du travail technique un enseignant doit concourir au développement de l’esprit ouverture, la liberté, l’esprit critique et non l’imposer. Lorsque je suivais les cours de Jean Luc Dureisseix, il m’incitait régulièrement à faire le tour des clubs alentours. Lorsque je revenais, il me demandait souvent de lui montrer ce que j’avais vu pour nourrir sa réflexion et mon étude. Aujourd’hui encore, bien que nous suivons des voies différentes nous continuons de partager régulièrement sur nos expériences. J’apprécie la relation que nous entretenons et je lui dois beaucoup rien que pour cela. Et c’est une chose que je retrouve dans mes relations avec l’ensemble des instructeurs de l’école Kishinkaï, chacun étant heureux de partager et recevoir les expériences de chacun.

Le plaisir de partager quelques soient nos origines, pratiques, fédérations et niveaux

C’est par la qualité de son travail que l’enseignant ou un groupe doit rassembler et non en interdisant aux élèves d’aller voir ailleurs. C’est par notre remise en question continuelle, notre désir de progrès constant et de partage que chaque jour l’élève doit être heureux d’être à nos côtés. Et s’il arrive qu’un jour nos routes se séparent nous devons être heureux que celui-ci trouve son bonheur ailleurs car il n’existe pas une voie mais des voies de réalisation.

En bonus: Si vous n’avez pas froid aux yeux, voici un extrait des commentaires que l’on retrouve sur youtube à propos de la vidéo de Christian Tissier:

Quelques extraits de discours tenus par un pratiquant se cachant derrière un pseudonyme, dont les justifications frisent parfois le ridicule :

« oui je connais l aikido c est pour les baltringues;lol oui je respecte pas les mythos d aikidoika la sectes des mythos sur tatamis qui savent pas se défendre;lol

QUAND TUveux mon chéri,je suis un homme de 40ans,20ANS de pratique,3darga en krav maga,instructeur muay thai en belgique,l aikido c est pour les petites tapettes comme toi,je suis a ta disposition,un gauche ,droite,un low kick et tu va te dire qu est ce qui se passes,essayes de savoir faire un coup poing avant de cassé mon poignet, car attrapé le poing sur une ca m étonnerait,t est une petite pute commes les aikidoka qui n a jamais eu affaire des gars qui savent se battre

arréte l aikido c est zéro et le krav ou le penchak c est du self défense,l aikido c est des mythos…SINON bien sur qu on est pas des surrhommes c est toi le rigolos en pensant que l aikido est efficace?éfficace sur les handicapés;lol »

Généralisations à outrance…. Justifications par la citation de son « background »… Propos insultants et dénigrants….
En quelques commentaires, cette personne a réussi à être, à elle seule, la caricature parfaite de ce que nous pouvons trouver de pire en matière de réflexion…

 

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Une réflexion sur “Arts martiaux, controverses et directives institutionnelles

  1. Konbanwa Alex,
    excellent article, comme d’habitude ;-), et en plus il va en agacer plus d’un! Les mythos qui pensent savoir mieux que les autres, être les rois du Tatami ou du ring ou de je ne sais quoi doivent à mon avis être de sacrés frustrés! Il y en a un entre autres qui a écrit de sacrées âneries sur Mochizuki Hiroo Sensei et que le Yoseikan Budo était une arnaque. Il est sûr que face à ce genre de personne, on peut soit se mettre en colère, voire porté plainte pour diffamation, soit les ignorer complètement, soit ….. De toute façon, ce genre d’individus a toujours existé et semble même se développer de plus en plus sur la toile. Le plus important étant d’abord de pratiquer, de rechercher sa propre voie qui dans le temps risque d’évoluer ou de se modifier complètement et d’échanger avec des pratiquants d’autres méthodes ou écoles pour pouvoir encore progresser! Et même ces mythos ont leur rôle à jouer dans notre évolution!
    Mata ne.
    Jean Luc

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