Yagaï Geïko: approfondir les principes et la dimension stratégique du combat

Les vacances scolaires viennent tout juste de débuter, les cours annuels s’arrêtant généralement à cette période, tributaires des infrastructures municipales fermées l’été. Bien que ce soit une longue période de pause, permettant de se ressourcer avant la rentrée, l’été est généralement l’occasion de s’adonner à la pratique du Yagaï Geïko, entraînement en extérieur.

Photo de Johann Vayriot

Photo de Johann Vayriot

L’entrainement au dojo offre un cadre idyllique au sein duquel les meilleures conditions sont réunies pour étudier. Toutefois, il est un certain nombre de dérives que la pratique en intérieur apporte à l’instar de l’étude exclusive du bokuto lorsqu’on suit la voie du kenjutsu. Il est donc parfois bon de sortir de ce cadre pour approfondir les éléments étudiés en cours d’année et habituer le corps à un milieu différent. Il est d’ailleurs intéressant de noter que le premier enseignement, ba no shida*, que donne Musashi dans le rouleau du feu concerne le lieu du combat et son environnement. Il conclut ce paragraphe en lui donnant une importance toute particulière, voire primordiale, dans ce qu’il nomme la voie de la stratégie:

En tenant bien compte des avantages et désavantages du local, il faut vaincre d’abord dans la prise de l’emplacement. Il faut bien examiner cela et s’entraîner. Miyamoto Musashi

*ba no shidaï: généralement traduit par « A propos du lieu du combat ». 

 

Quelques pistes d’études

Le milieu dans lequel nous nous exerçons est un élément à prendre en compte et le dojo ne permet pas toujours l’étude profonde des principes stratégiques du combat lié au terrain environnant. La pratique en extérieur recèle de nombreux éléments non négligeables dans l’étude et l’approfondissement des principes. Voici une liste, non exhaustive, d’éléments qu’il peut être intéressant d’explorer:

  • le sol extérieur, que ce soit en ville ou en milieu naturel présente généralement des irrégularités. Je pense notamment aux bosses, creux, à la boue, l’eau, le sable, les cailloux ou les roches qui sont nombre de surprises pouvant se glisser sur votre route. Certains sols sont parfois instables rendant la pose des appuis plus complexe et les déplacements plus incertains. C’est donc l’occasion d’approfondir le travail des ukemi, des déplacements, la légèreté des appuis etc…
  • De nombreux autres facteurs interviennent dans la dimension stratégique du combat: le sens de la pente, le sens du vent, l’orientation du soleil, de la lumière, les zones d’ombre, la végétation environnante (arbres, buissons, branches etc…). A l’inverse de la pratique au dojo, la pratique en nature ne laisse pas d’autres choix que de prendre en compte ce qui nous entoure pour en tirer profit. Il permet d’aiguiser son œil et élargir son champ de vision au monde environnant afin de repérer en une fraction de seconde ces éléments et définir la position la plus avantageuse pour faire face à un adversaire. D’une pratique centrée sur la relation avec aïté généralement induite par le cadre du dojo, le Yagaï Geïko permet de développer une harmonisation à l’environnement pour en tirer profit.
  • S’entraîner à la tombée de la nuit, comme à la pleine lune, la nouvelle lune, ou encore au lever du jour sont également des moyens intéressants de s’exercer. Lorsque l’obscurité pointe le bout de son nez, de nouveaux sens s’animent. Notre champ visuel étant diminué de plus de moitié, l’entrainement de nuit, avec partenaire, permet d’être dans le ressenti et non dans la réaction à un stimulus visuel. En outre, difficile parfois de savoir où l’on pose ses pieds, discerner clairement les obstacles, l’adaptation du corps dans l’instant est donc de mise. N’hésitez pas à essayer un soir d’été, pour sûr cela vous ouvrira de nouvelles pistes de réflexion.

En complément, voici quelques articles sur la pratique en nature et l’entrainement personnel, en vous souhaitant un bel été et une bonne pratique 😉

Le plaisir de s'entrainer en pleine nature

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2 réflexions sur “Yagaï Geïko: approfondir les principes et la dimension stratégique du combat

  1. Konnichiwa Alex,

    très bon article sur un sujet souvent négligé, voire oublié.
    J’ai fais souvent ce genre d’entraînement et pas seulement en été mais aussi en plein hiver sous la neige pieds nus avec juste un Keikogi. Ce n’est pas aussi rude que cela et on ne tombe pas malade après ce genre de Keiko. Il y a quelques précautions à prendre et bien sûr ne pas exagérer dans ce type de Keiko si le froid est trop vif.
    L’entraînement dans de l’eau jusqu’au cou en milieu marin est aussi particulièrement intéressant et remet en cause bien des choses.
    Le travail dans du sable en étant enfoncé jusqu’à mi-jambe change beaucoup de choses dans les certitudes apprises en Dojo.
    En milieu forestier, la nuit est aussi très enrichissant! A commencer par vaincre une certaine angoisse, voire pour certains la peur, que l’on ressent dans ce milieu qui est loin d’être aussi calme qu’il ne paraît. Et cela m’a permit d’expérimenter des formes de marches tout terrain inspirées de celles pratiquées dans les Koryu comme la Yagyu Shingan Ryu, ou l’enseignement de Kono Yoshinori Sensei.
    Peut-être que le plus difficile est le Keiko sous une forte pluie avec un température basse, (pas sous un orage bien sûr).
    Cela nous permet de remettre bien des choses à l’heure et surtout de voir combien notre vie actuelle nous
    a affaibli aussi bien physiquement que psychologiquement!
    Faire ce genre d’entraînement de temps en temps pour sa propre recherche est une excellente chose. Et nous interroge effectivement sur les formes d’ Ukemi à utiliser, bien loin de celles du Dojo, mais aussi et surtout sur la légèreté ou non des appuis en fonction des caractéristiques du terrain. Et l’on découvre ainsi que la légèreté des appuis et autant nécessaire qu’avoir des appuis forts et que l’on ne marche pas en tout terrain comme au Dojo en faisant glisser ses pieds.
    En conclusion, les théories les plus opposées non seulement se complètent mais sont nécessaire à connaître si on veut faire une pratique complète des Budo ou Bu Jutsu. Ce qui compte, c’est la règle de l’adaptabilité à tous les changements de contextes: terrain, climat, nombre d’adversaires, utilisation ou non d’armes, etc…

    Mata ne.

    Jean Luc

    • Konbanwa Jean Luc,

      Effectivement la pratique en milieu naturel est un excellent moyen d’étude. Il y a énormément de choses à y découvrir et je crois que l’adaptabilité, que ce soit au milieu, aux armes, à/aux adversaire(s) et dans l’instant présent du combat, est un élément important des budos et bu jutsu.

      Mata ne,
      Alex

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