Pratique et entrainement personnel: tenir nos bonnes résolutions

Notre vie de pratiquant est généralement marquée par de nombreuses heures à fouler les tatamis. De l’entrainement au dojo, aux stages, chaque moment est l’occasion d’apprendre, rechercher, nous perfectionner. Si la pratique auprès d’experts est un passage obligatoire pour avancer, il en existe un tout aussi important à mes yeux, d’autant plus lorsque l’on enseigne. Il s’agit de l’entrainement personnel. Les élèves s’en remettant à nous chaque cours pour les guider, nous ne pouvons faire l’impasse sur cet aspect de la pratique.

Ne vous imaginez pas posséder toute la connaissance dans le costume du maître parfait. Vous devez continuer à vous entraîner quotidiennement avec vos amis et vos élèves pour progresser ensemble dans l’Art de la Paix.  Morihei Ueshiba

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Lorsque nous écoutons les maîtres nous parler de leur étude, de leur travail, l’importance de l’entrainement personnel est un élément qui ressort régulièrement dans leur discours. Nous avons tous entendu au moins une fois dans notre parcours un senseï dire « il faut pratiquer quotidiennement », « répéter des milliers de fois pour comprendre ». Chose que la pratique au dojo ne nous permet pas toujours. Naturellement, il nous arrive de ressentir cette envie de travailler en dehors du cadre et l’enseignement que nous recevons, entraînant la prise de bonne résolution quand à notre pratique personnelle. Toutefois s’entrainer seul ou au dojo sont loin d’être identiques et la motivation n’est pas toujours au rendez vous.

Les bonnes résolutions

Prendre de bonnes résolutions consistent à adopter un ensemble d’engagements envers soi-même suite à un état des lieux de notre situation personnelle et provoquant un désir d’amélioration. Si certains ont pris leur disposition bien avant le 1er janvier, le début d’une année est culturellement un moment propice aux nouvelles résolutions, au changement puisqu’il marque la fin du calendrier et le début d’un autre, donnant parfois le sentiment que nous pouvons débuter un cycle sous un nouveau jour.

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Les statistiques démontrent qu’aujourd’hui plus de 85% des résolutions de début d’année ne sont pas maintenues et que plus de 80% des licences sportives prises début janvier concernent généralement une population que nous ne revoyons plus à partir du mois de mars. Quelles sont les raisons de ces abandons ?

On dénombre plusieurs facteurs pouvant se cumuler pour un même individu :

– le manque de temps
– les habitudes
– l’absence de résultats concrets
– la solitude
– la difficulté à programmer le contenu de son entrainement

Il ne s’agit pas ici d’une liste exhaustive, de nombreux autres facteurs pouvant intervenir. Mon choix s’est simplement porté sur les éléments me paraissant les plus récurrents quant à la baisse de motivation que nous pouvons éprouver.

M’entrainer est une chose que j’apprécie depuis tout jeune. J’ai toujours ressenti cette envie de m’exercer sur le tatami ou en dehors, au point de le placer comme une priorité dans ma vie. Pourtant dire qu’il m’a toujours été très facile de m’entrainer tous les jours serait mentir puisque malgré ce devoir que nous nous imposons il arrive forcément des jours où l’envie se fait moins présente.

Durant mes études STAPS nous étions plusieurs à nous efforcer de ne jamais rater l’occasion de nous exercer dans nos spécialités. Sans doute un défi personnel, alimenté par une petite compétition de celui qui en ferai toujours plus, je me suis avec le temps crée diverses habitudes me permettant de garder un rythme quotidien à quelques exceptions prés (et oui parfois il faut savoir lever le pied et prendre le temps de laisser le corps se reposer). Voici donc quelques moyens que j’utilise pour tenir mes engagements envers moi-même.


Se dégager du temps

L’absence de temps, cet élément que nous ne pouvons paradoxalement pas maîtriser après lequel nous courrons continuellement, est un sentiment que nous avons tous vécu à un moment de notre vie. Pourtant il apparaît parfois que ce « manque de temps » soit une bonne excuse pour ne pas nous décevoir, alors que plusieurs opportunités se sont présentées au cours de la journée.

« Manque-t-on réellement de temps ? Ne pouvons-nous pas libérer quelques minutes dans une journée ? » Deux questions que je pose à mes élèves me parlant de leurs difficultés à s’entrainer chez eux. Selon les statistiques, nous possédons en moyenne 4 heures de temps libre par jour, une fois déduit le temps de travail, le temps des tâches domestiques, le temps d’utilisation des médias (4h journalière passées sur internet via un ordinateur et 1h via un mobile). Bien évidemment, selon les individus cette répartition du temps varie. Mais si nous regardons de plus prés, il existe bel et bien des moments où nous pouvons pratiquer dans une journée, quelque soit le temps que l’on y consacre. 5min de travail valent mieux que rien. Le tout est de faire le choix de changer nos habitudes pour y consacrer quelques moments dans la semaine.


Ritualiser l’entrainement

De nombreuses actions réalisées au cours d’une journée sont le fruit de rituels pris à certains moments de notre vie. Pour faire simple, citons l’exemple de la nourriture. Si nous prenons l’habitude de manger à une heure précise chaque jour, nous avons généralement notre estomac qui nous rappelle quotidiennement que c’est l’heure de manger. Une personne ne déjeunant pas le matin en éprouve rarement l’envie. A l’inverse une personne déjeunant chaque matin, à généralement besoin de son petit déjeuner pour débuter sa journée. Il en va de même pour les sportifs avertis qui ressentent ce désir régulier de s’entrainer. Nous pouvons donc supposer que la pratique engendre l’envie, comme la pratique régulière au dojo créer un manque en cas d’absences répétées.

Lorsque l’on parle d’entrainement personnel, l’une des premières difficultés est de faire face à la solitude. Seul face à nous même, nous sommes alors le seul moteur et seul responsable de nos actes, la dynamique de groupe dont nous jouissons habituellement en cas de « coup de mou » étant absente. Même avec la meilleure des volontés, il arrive par ailleurs que l’on ne s’entraine pas, laissant le temps filer sans pour autant trouver le moment de combler notre envie.

La vie d’un être vivant est très ritualisée au quotidien et les recherches tendent aujourd’hui à dire que la modification de nos rituels journaliers permet d’intégrer de nouvelles habitudes dans notre mode de vie. En définitive, si je prévois de m’entrainer chaque jour de la semaine entre 9h et 10h30, je sais que je pourrais organiser ma journée en fonction de mon objectif. A l’inverse si je souhaite m’entrainer chaque jour de la semaine sans définir au préalable des moments bien précis de ma journée, mes rituels quotidiens risquent de prendre le dessus. J’ai donc de grandes chances de ne pas m’entrainer par « manque de temps » ou plutôt « perte de temps »…

Les rituels nous permettent d’optimiser notre temps et programmer des séquences que nous nous efforcerons de respecter. C’est un concept que j’utilise régulièrement pour mes activités, que ce soit l’écriture, l’entrainement, ma vie sociale etc… Je me fixe régulièrement des horaires quotidiens, variables en fonction de mon emploi du temps. La ritualisation de ma pratique, à la fois dans son contenu, sa durée et ses horaires, est certainement l’un des concepts qui m’aide le plus à tenir mes engagements.

Bien évidemment il faut savoir accepter les imprévus, ce qui ne nous empêchera pas de reprendre nos habitudes dès le lendemain.


Programmer le contenu de sa séance

Lorsque nous voulons nous entrainer, il n’y a rien de pire que de ne pas savoir ce que nous allons travailler. C’est une chose qui m’est arrivée à plusieurs reprises dans mes débuts et nous balayons généralement un ensemble d’exercices pas toujours en lien les uns avec les autres. Il en résulte un entrainement décousu, où nous avons perdu notre temps à jongler d’exercice en exercice sans pour autant approfondir réellement l’étude. Personnellement, je préfère définir auparavant un point particulier d’étude afin d’éviter de me disperser. On sait par exemple que les séquences d’entrainement d’un sportif sont très ciblées ce qui leur permet d’optimiser leur progression. Il vaut mieux faire une chose bien plutôt que survoler notre pratique.

Il ne faut donc pas hésiter à réfléchir en amont sur le contenu de nos séances, définir comment nous allons aborder l’étude et quel exercice nous allons employer. Une fois le moment venu nous avons alors tout notre temps effectif pour travailler sans se laisser perturber par la question  « que vais-je faire aujourd’hui ? ».

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Varier les plaisirs

Il existe de nombreuses façons de s’entrainer. Peut être autant qu’il existe d’individus puisque chacun y ajoute ses préférences, ses habitudes, ses découvertes, pour finalement en faire quelque chose de très personnel.

S’il est une chose importante dans l’étude c’est le plaisir, qu’il soit présent pendant ou après l’entrainement. Il en résulte un impact sur notre motivation, directement lié à la tenue, ou non, de nos engagements. Nous pouvons définir différentes formes de plaisir :

-le plaisir de l’effort : intimement lié au dépassement de soi, à la sortie de sa zone de confort. C’est une chose que nous ressentons lorsque nous lorsque nous nous lançons un défi. Par exemple celui de s’entrainer 3 fois au minimum par semaine ou réaliser un certain nombre de Suburi à chaque début de séquence. Il y a trois ans, je m’étais fixé le défi de réaliser 20min de Suburi par jour (hors journée de stage), sur une période de 5 mois en augmentant au minimum d’un mouvement supplémentaire à chaque fois. Parfois j’augmentais de 10, parfois plus et d’autres fois beaucoup moins. L’idée étant de me surpasser chaque jour pour sortir de ma zone de confort physique et psychologique.

-le plaisir de la progression : directement lié aux résultats obtenus après une période d’entrainement. Nous pouvons mesurer notre progression et éprouver une satisfaction quand au chemin parcouru et ses résultats.

-le bien être du moment : il s’agit ici d’éprouver un plaisir momentané durant une situation particulière. Cela peut être le plaisir corporel tel que les étirements, ou encore le plaisir de faire ce que l’on aime. A chaque fin d’entrainement, j’apprécie par exemple travailler librement avec mon Jo, mon Iaïto ou mon Bokken et laisser mon corps vagabonder comme il le souhaite.

Que ce soit le plaisir de l’effort, du résultat ou un bien être momentané, il est important de varier les plaisirs à la fois pour soi mais aussi pour son corps.

Le plaisir de s'entrainer en pleine nature

Le plaisir de s’entrainer en pleine nature


Bien se connaître

Connaître ses envies, ses besoins, ses cycles de travail, de repos, sont des points essentiels de la vie. En outre, connaître les moments où nous sommes susceptibles d’être le plus apte et concentré est un point non négligeable pour s’entrainer. Personnellement, je préfère m’entrainer très tôt le matin. Si ce n’est pas possible ma préférence va pour la fin d’après-midi/début de soirée. Dépassés ces créneaux horaires, j’ai souvent l’impression d’avoir l’esprit et le corps moins disponibles, noyés dans les tâches quotidiennes. Ces moments évoluent selon mon emploi du temps, mes activités journalières et c’est un aspect que j’essaie d’améliorer dès que je sens une baisse de disponibilité dans mon planning.


Garder une trace écrite

Il n’est pas toujours évident de prendre réellement conscience de notre progression ou de se rappeler de l’ensemble des réflexions qui surgissent durant la pratique. Un point intéressant peut traverser notre esprit et disparaître aussi vite quelques jours plus tard car nous n’avons pas pris le temps d’y réfléchir. Il est donc intéressant de garder une trace écrite de son travail. Il permet de faire un retour ponctuel dessus, de le questionner, d’y apporter des améliorations, de regarder avec nostalgie le chemin parcouru et garder notre cap de motivation.

Il n’y a rien de plus motivant que de regarder derrière soit en ce disant  « j’ai réussi à tenir les objectifs que je m’étais fixés chaque jour». Je trouve d’ailleurs très désagréable ce sentiment que nous avons lorsque nous voulons accomplir une chose et que nous n’avons absolument rien fait pour y arriver.


En résumé….

  • Se dégager du temps (même 10min)
  • Programmer ses séances afin d’en optimiser le contenu
  • Varier et garder la notion de plaisir pour alimenter notre motivation
  • Bien se connaître pour trouver les moments propices à notre étude
  • Garder une trace écrite pour enrichir la réflexion et regarder derrière soi avec le sentiment de satisfaction d’avoir pu tenir ses engagements

Ces quelques éléments, qui me poussent encore aujourd’hui à m’entrainer le plus régulièrement possible, sont personnels et non universels.Il adviendra à chacun de les adapter et trouver ses propres moyens de tenir ses engagements, le tout étant d’être à l’écoute de soi et de son corps. En espère que ces différents points vous permettront de mieux appréhender la question de l’entrainement personnel, si ce n’est déjà le cas :-).

En vous souhaitant une bonne pratique!

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4 réflexions sur “Pratique et entrainement personnel: tenir nos bonnes résolutions

  1. Konnichiwa Alex,

    je partage en gros ce que tu développes avec néanmoins quelques points divergents! Sûrement dus au fait que j’ai pris de l’âge et que j’ai aussi beaucoup plus de temps.
    Au point de vue entraînement personnel, j’essaie de pratiquer seul au moins deux heures par jour, si je fais plus tant mieux, si je fais moins, ce n’est pas grave car j’ai fait quand même un entraînement. A cela j’ajoute une étude d’environ une heure, étude qui sera mise en pratique le lendemain lors de mon entraînement.
    Par contre, je ne cherche à obtenir aucun résultat, vis à vis de quoi que ce soit. Lors de mes cours au Dojo, j’expérimente mon étude et en fonction du résultat j’apporte ou non des modifications ou des améliorations.
    Je ne note que le minimum de ce que j’ai trouvé, l’essentiel étant codifié dans des séries de mouvements qui se rapprochent des Kata et pratiquées sous forme Omote pour les débutants, Ura pour les élèves plus anciens. Certains développements n’étant montré qu’à certaines occasions aux élèves les plus avancés comme simples indications de ce qui peut se faire à haut niveau. Mais comme tout évolue et peut changer après un entraînement ou un cours, noter ce que j’ai trouvé ne peut être valable qu’à un moment donné!
    Je suis pour moi un programme, mais tout peut changer à tout moment en fonction d’un besoin de pratiquer quelque chose de bien spécifique mais surtout en fonction de mon état physique ou mental du moment. L’essentiel pour moi est de toujours faire quelque chose lors du temps que je me suis imparti pour m’entraîner.
    Mata ne.
    Jean Luc

    • Konbanwa Jean Luc,

      Merci pour le partage de ton expérience. Suivant les personnes la façon d’aborder l’entrainement est bien évidemment différente et j’ajouterai que pour un même individu cela évolue régulièrement. L’essentiel est d’être capable de se dégager du temps pour étudier s’y on en ressent le besoin :-).

      Mata ne,
      Alex

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