Blessure, fatigue: continuer l’entrainement malgré tout?

« Cher journal,

Je reprends l’écriture après quelques jours de lutte avec un gros coup de fatigue couplé à un rhume et une bronchite carabinée

Lundi

6h15 le réveil sonne. Le temps pour moi d’endosser mon costume de professeur d’EPS, d’attraper mon sac à dos, mes cours et de filer. Loin de moi l’idée que dehors la température frôle les – 6°. Les quelques heures suivantes ne s’annonçaient pas être des plus agréables. Le cycle de demi-fond, commençait quelques semaines plus tôt, fut éprouvant physiquement et moralement pour les élèves. La température à la récréation de 10h n’ayant toujours pas franchi les -3°. La journée s’enchainant avec des activités extérieures, je suis rentré chez moi content de ne pas être tombé malade, d’autant plus que j’avais reçu un message d’Hélène dans l’après midi, amie pratiquante de Poitiers, m’informant de sa visite à Limoges pour le cours du soir.

Un début de journée difficile qui s’est terminé sous le signe de l’échange et de l’amitié. J’en profite au passage pour remercier Hélène pour sa visite, sa joie de vivre, sa curiosité ainsi que les nombreuses personnes étant venues nous rendre visite depuis le début de l’année.

Mardi

La journée se déroule tranquillement. Rien à noter de particulier, mise à part un coup de fatigue latent me laissant penser que je couve quelque chose…

Mercredi

Réveil difficile, nuit blanche, bronches enflammées, rhume, je m’efforce tout de même d’aller travailler. La journée avance, le corps est lourd et les 3h de cours du soir au Kishinkan Dojo approchent à grand pas. Alors que j’aurai pu faire le choix d’annuler, je me rends au dojo pour continuer mon entraînement quotidien et permettre à mes élèves de poursuivre leur étude malgré tout.

Jeudi

Peu, voir pas d’amélioration. Le soir, je me rends au Dojo à 18h30 pour donner un cours privé à un ami puis enchainer avec l’entrainement du soir de 19h30 à 22h. Faisant mine de rien, je commence le cours en essayant d’être le plus disponible possible pour mes élèves. 21h la fin du cours approche, la fatigue m’envahit. Je me sens fiévreux et progressivement ma vision se trouble. Je termine mes dernières démonstrations et explications de la journée en ne pouvant plus me fier à ma vue qui se trouble par moment. Le ressenti prend de plus en plus le pas et me permet de terminer le cours en ayant toujours le souci de ne montrer aucune faille aux élèves. »

Voici ce que j’aurais pu écrire si je tenais un journal intime pour résumer ces derniers jours.

osensei89

S’entrainer coûte que coûte

Il n’y a bien évidemment aucune gloire à tirer de ce genre de situation. La logique des choses aurait voulu que j’écoute mon corps et le laisse récupérer. Néanmoins, lorsque l’on enseigne, on ne peut se permettre d’annuler un cours ou un stage au moindre souci. Les élèves remettent en début d’année leur progression entre nos mains, nous attribuant leur confiance. N’ayant personne pour me remplacer dans le début de cette aventure, c’est cet engagement que j’ai voulu honorer ainsi que mon engagement personnel dans la pratique.

Lorsque l’on prend la décision de s’investir pleinement dans un domaine, quelque part quelqu’un a pris le même chemin que nous, et pendant que nous nous reposons, que nous regardons un film au chaud à la maison, cette personne redouble d’efforts pour atteindre le but qu’elle s’est fixée. En l’occurrence, le but que je me suis toujours fixé est de me donner les moyens de pouvoir aller le plus loin possible dans mon apprentissage. Le temps nous est compté et il est difficile de savoir quand tout cela s’arrêtera. S’il existe des personnes dotées d’un génie naturel, il est une chose qui nous différencie dans le chemin parcouru. C’est celui du travail. Prenons l’exemple de Mozart qui au-delà de son inexorable virtuosité laissa à sa mort, après trente cinq années d’existence, pas moins de six cent vingt six œuvres. Sa maîtrise de l’art au point de devenir un génie aux yeux du monde aurait-elle pu s’exprimer sans travail ?

Je me suis donc efforcé ces derniers jours de me donner aucune excuse pour rester au lit et diminuer la pratique.

Ce corps, notre lien avec le monde : quand l’esprit s’entête et la passion prend le dessus…

J’ai souvent privilégié la performance sportive au détriment de mon corps. Si les erreurs de jeunesse, ont apporté leur lot de traumatismes corporels, le temps m’a permis de prendre conscience que nous n’avons pas un corps mais que nous sommes un corps. Partenaire quotidien avec lequel nous prenons vie et quittons ce monde. Malgré cette prise de conscience, il m’arrive encore de le négliger et le pousser dans ses retranchements.

Ma négligence a souvent prolongé les périodes de récupération, m’entêtant chaque fois à me rendre aux entrainements, obligeant souvent mes enseignants à me conseiller de rester à la maison me reposer.

Blessures et faiblesses de l’organisme, un mal pour un bien ?

Si aujourd’hui je suis le premier à conseiller mes élèves de ne pas hésiter à se reposer à la moindre blessure, mon acharnement a été formateur.

Il y a trois ans, à la suite d’une randonnée sur les monts d’Auvergne, j’ai malencontreusement raté une réception à la suite d’un saut. Le lendemain, je décollais pour deux semaines de stage à Valencia, à la suite desquelles je partais à Aix en Provence pour le stage d’été de Yoseikan Budo. N’ayant pas eu le temps de voir un médecin entre temps, la douleur est devenue au fil des jours de plus en plus intense, m’empêchant un mois plus tard de prendre appui sur mon pied. A la suite d’examens j’apprenais que je souffrais d’une micro fracture au niveau du pied. Chemin faisant je repris la pratique quelques semaines plus tard par le stage de rentrée de Léo. Des mois durant, le moindre encrage dans le sol me rappelait que j’étais loin d’être rétabli. A force de travail et de recherche d’allègement dans mes déplacements la douleur se fit de moins en moins intense, jusqu’à disparaître.

Un an plus tard, c’est la rechute. Si le temps m’avais permis d’oublier cet épisode, mon corps était là pour me le rappeler. De nouveau reparti pour plusieurs mois de douleur à chaque prise d’appui, cette fois-ci, bien que  plus aiguë, elle se fit moins présente lors de la pratique. L’occasion pour moi de vérifier si le travail entrepris un an auparavant été toujours d’actualité.

Ma dernière blessure remonte à Avril dernier. Une tendinite au niveau du coude apparue un mois et demi avant le passage de mon Sandan. L’idée de me reposer ne me traversa donc pas l’esprit mais les expériences passées me permirent de continuer l’entrainement en adaptant ma pratique, sans pour autant perdre en efficacité. Si les principes d’utilisations du corps sont censés nous rendre de plus en plus efficient avec le temps, l’essence même des Budo n’est-elle pas de pouvoir utiliser le potentiel de son corps quelque en soit la situation ?

Passage Sandan 2015

Passage Sandan 2015

En cas de blessures : comment continuer à s’entrainer ?

Je sais combien il est parfois difficile de stopper l’entrainement. Pourtant les blessures ou coups de fatigue ne sont jamais à prendre à la légère et sont souvent une alarme qu’il convient d’écouter. Dans un premier temps n’hésitez pas à vous tourner vers un médecin ou thérapeute de confiance, avec lequel vous avez l’habitude d’échanger. Si ce n’est pas le cas, n’hésitez pas à demander conseil à votre entourage et croiser les avis. Deux précautions valent mieux qu’une.

Avant de prendre la décision de poursuivre l’entrainement ou non, questionner vous sur les causes de votre blessure et les conséquences que votre forme de pratique actuelle peut engendrer sur leur guérison à court, moyen et long terme. Ensuite demandez vous si l’adaptation de votre travail vous permet de continuer à vous entrainer et pourquoi pas vous amener à revoir votre façon d’utiliser votre corps afin d’éviter de reproduire les mêmes erreurs à l’avenir. Si oui, n’hésitez pas à continuer d’aller au dojo et à demander conseil à votre enseignant qui apportera certainement des réponses à votre réflexion.

En espérant que cela vous permettra de ne pas prendre de mesure hâtive et d’allier pratique, progression et blessure.

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