L’âme du Kyudo: l’épreuve du Toshiya et la sagesse de Hoshino Kanzaemon

« Nous sommes au cœur du Japon médiéval. La gloire des samouraïs et leur place dans la société, alors à son apogée, alimenteront l’imaginaire populaire des siècles plus tard à travers les récits qui nous parviennent. Parmi les nombreuses façons de gagner la reconnaissance de tous et redorer le blason de son fief, « être premier sous le ciel » représente le titre le plus convoité des archers de l’archipel nippon. Il n’y a pas d’honneur plus grand pour les adeptes du Kyudo du XVIIème siècle. Un titre qui revient au vainqueur du Toshiya, une épreuve de vingt quatre heures durant laquelle les compétiteurs doivent faire passer un maximum de flèches d’un bout à l’autre de la galerie extérieure d’un temple de Kyoto, long de 120m. Seule l’élite de l’archerie accède à cette compétition, il en va de l’honneur du clan.

Japon-Toshi-ya

En 1606, un samouraï établit le record de 51 flèches, vaincu en l’espace de trente ans par le chiffre extra-ordinaire de 6000 flèches. En quelques décennies, l’épreuve de Toshiya se verra tentée par des milliers d’archers dont les fiefs avoisinant n’auront de cesse de vouloir relever ce défi, l’échec amenant le participant à se faire Seppuku dans l’instant… »

« L’âme du Kyudo » est un célèbre ouvrage d’Hiroshi Hirata. Parue pour la première fois en 1969, une édition a vu le jour en 2006, regroupant la série en un seul volume. On y suit Kenza, un jeune paysan, qui se mettra au service de son seigneur pour devenir le meilleur des archers, après la mort tragique de son père.

ame du kyudo

S’il n’est plus besoin de présenter Hiroshi Hirata, il signe avec cet ouvrage l’un des meilleurs mangas du genre. Il nous y fait découvrir en profondeur l’art ancestral du Kyudo, mettant en avant nombre de personnages historiques. Mêlant scènes épiques à travers le courage des archers et l’envers du décore avec des seigneurs prêts à tout pour décrocher la victoire, il nous transporte dans un ouvrage qui se veut bien plus qu’une simple fiction s’inscrivant dans la lignée du genre « Chanbara ». Un ouvrage à la fois historique et philosophique qui aborde l’histoire des Samouraï en s’éloignant de l’image populaire du guerrier prêt à en découdre, avec son katana, à la moindre occasion.

La sagesse de Hoshino Kanzaemon

L’épreuve de Toshiya est un fait historique qui vit le jour à Kyoto au XVII° siècle. Elle se déroulait au temple Sanjusangen-do, temple des 1001 statues bouddhiques dédiées à Kannon, déesse de la compassion, dont le bâtiment s’avère la plus longue construction en bois du Japon avec ses 120 mètres de long.

temple kyoto

Cette épreuve était régulièrement tentée par des samouraïs préparés et entrainés pour l’occasion, qui y risquaient leur vie. L’épreuve se déroulant de 6h du matin au lendemain 6h, chaque participant devait en position assise, faire traverser un maximum de flèches à travers les cent vingt mètres du corridor extérieur du temple pour atteindre une cible située à 125m de l’archer.

temple kyoto 2

Durant la période Edo, deux archers célèbres se démarquèrent. Le premier fut Hoshino Kanzaemon qui, voulant devenir le meilleur archer de son temps, établit un record de 8000 flèches sur 10542 flèches tirées.

On raconte que dix-sept ans plus tard, en 1696, Wasa Daihachiro, commit l’erreur de faire une pause, entrainant la congestion de sa main d’arc. Reprenant l’épreuve, il fut incapable de faire traverser le corridor à la moindre de ses flèches. Un vieux Samouraï lui reprocha alors de s’être arrêté et lui entailla la main gauche afin de faire sortir le sang en excès. Wasa Daihachiro reprit alors des forces et battu le record de son prédécesseur avec 8133 flèches sur 13053 flèches décochées. Le vieux Samouraï, qui lui vint en aide ce jour-ci, n’était autre que son concurrent Hoshino Kanzaemon.

Il s’agit d’un des faits historiques relaté au sein de l’ouvrage, l’âme du Kyudo. Bien que romancé, ce fut certainement l’un des moments qui m’a le plus ému. Car si Hiroshi Hirata excelle à dessiner l’art du Kyudo, il s’est appliqué à nous faire vivre chacun des instants qui ont alimenté cette période, nous plongeant souvent au cœur de l’épreuve, au plus proche de ses pratiquants hors du commun.

Hoshiro Kanzaemon représente en outre l’exemple de la sagesse car, alors qu’il aurait pu se contenter d’observer Wasa Dahachiro rater l’épreuve pour conserver le titre, il est venu en aide à ce jeune adepte pour lui permettre d’établir à son tour un nouveau record. Un état d’esprit qui me semble proche de l’état d’esprit des Budo et en accord avec celui de la déesse de la compassion, Kannon, à laquelle est dédié le temple. Mettant de côté son ego, il a certainement offert un des plus beaux enseignements, celui de permettre aux nouvelles générations de pouvoir continuer et dépasser le chemin tracé par leur prédécesseur.

Toshiya au Sanjusangen-do à Kyoto

De nos jours, l’épreuve du Toshiya est devenue le Sanjusangendo Omato Taikaiun, concours de tir Enteki, sur une cible située à 60m de distance. Il a lieu chaque année dans la cours intérieure du temple, le dimanche se situant le plus proche du 15 janvier, au cours d’une fête célébrant le passage à la majorité (20 ans au Japon).

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Au cours de la visite du Sanjusangen-do, on peut aujourd’hui observer sur les colonnes du temple les impacts des tirs manqués par les Samouraï ayant participé au Toshiya.

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