L’harmonie: aux origines de la philosophie du Wa 和 dans la culture japonaise

Hier après midi avait lieu la conférence de Masato Matsuura sur la philosophie du Wa dans les katas et le théâtre NōÀ cette occasion, Matsuura Senseï s’est appliqué à montrer l’importance et les origines du Wa dans la culture japonaise.

Masato Matsuura

Masato Matsuura

Alternant entre explications et démonstrations avec ses élèves, il nous fit voyager, l’espace de quelques heures,  au cœur du Japon féodal. Je vous propose aujourd’hui un petit retour sur cette notion centrale des Budos, dont les origines sont souvent peu abordées.

L’harmonie comme fondement de la culture japonaise

La conférence a débuté avec l’explication du Kanji 和, Wa, valeur très prisée du peuple japonais. Une notion que nous retrouvons très trop dans l’histoire de l’archipel Nippon, à commencer par l’origine de sa dénomination. Car si le terme Japon, 日本, signifie lieu d’origine du soleil, plus couramment traduit par Pays du Soleil Levant, le Japon se nomma tout d’abord Yamato.

Cette appellation trouve son origine dans la Chine ancienne des trois royaumes, au III° siècle, qui désignait le Japon comme le pays du Wa, 倭. Les Japonais l’adoptèrent en lui donnant la prononciation de Yamato*. Le Kanji 倭 signifiant « petit et laid », ils l’abandonnèrent pour finalement utiliser celui de Wa, 和, au sens d’harmonie.  Yamato, 大和, prendra donc la connotation de pays de la grande (大) harmonie (和).

*Yamato: nom du Japon ancien

Ce concept s’ancrera profondément en 604 après J.C. avec l’écriture de la première constitution du Japon, Jushichi Jo Kempō. Elle inscrira la notion de Wa comme le bien le plus précieux en l’intégrant comme premier principe constitutionnel : « le Wa, valeur éminemment respectable, repose sur un principe, qui est d’éviter toute discorde. ».

wa

Wa, Harmonie

S’harmoniser plutôt que se diviser et s’opposer

Élément de la culture spirituelle et traditionnelle du Japon, le principe d’harmonie s’y étant à l’ensemble des arts et domaine de la vie. Il s’oppose notamment au concept de dualité, source de discorde. À cette occasion, Masato Matsuura nous conta unehistoire chinoise, à propos d’un groupe de moines se querellant àsur la venue d’un chat au monastère.

Nansen, un prêtre de renom vivant sur le mont Chuan, assistant à la discorde, attrapa le chat et leur dit :
-Une seule parole juste et le chat sera sauvé.
Personne ne répondit et devant le silence des moines il trancha le chat en deux. À la nuit tombée, Joshu, premier disciple de Nansen revint au monastère. Nansen lui conta l’incident et lui demanda son opinion. Joshu ne prononça aucun mot, enleva ses sandales et les posa l’une sur l’autre sur sa tête. Nansen lui dit alors :
-Si tu avais été là aujourd’hui, tu aurais sauvé le chat.

Au premier abord, Matsuura Senseï nous expliqua que ce conte pouvait paraître cruel mais que dans la culture Bouddhiste et Shintoïste soit nous vivons soit nous mourrons. Le chat incarne ici l’affection, l’attachement ou même l’ego qui doit être tranché, souvent générateur de conflit. La paire de sandales représente la dualité apparente qui sont en réalité sont les deux facettes d’une même unité. En superposant ses sandales sur sa tête, Joshu démontre l’harmonisation de ses deux pièces pour former un esprit sans forme et montre l’absurdité de cette situation.

Un passage du discours de Matsuura Senseï qui me rappela les paroles de Deshimaru Senseï :

« L’esprit intérieur, qui laisse les pensées et les émotions sans obstruction, est libre de son environnement. Cela veut dire l’abandon de l’ego. C’est la source des religions et des philosophies en Asie. Le corps et l’esprit, l’extérieur et l’intérieur, la substance et les phénomènes : ces paires ne sont ni opposées ni en dualité, mais sont une unité indivisible, différant en cela des philosophies et théologies dualistes en Europe. Le moindre changement influence toutes actions, toutes les relations entre toutes les existences. La satisfaction ou l’insatisfaction d’une personne influence toutes les autres. Nos actions personnelles et celles des autres sont dans une relation d’interdépendance.
Votre bonheur est mon bonheur, et si vous pleurez, alors je pleurerai avec vous. Quand vous êtes triste, je suis triste aussi et quand vous êtes heureux, moi aussi, je suis heureux. »

Une idée que l’on retrouve à travers l’image emblématique de la culture Zen qu’est l’Ensō.

Enso par Taisen Deshimatu,  "Le vent pur, la lune claire, on ne peut ni les peindre ni les imiter."

Ensō par Taisen Deshimatu,
« Le vent pur, la lune claire, on ne peut ni les peindre ni les imiter. »

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