René Lavand, la lenteur et la simplicité du mouvement au service de la maîtrise de l’art

Réctor René Lavandera, plus connu sous le nom de René Lavand, est un magicien argentin. Né en 1928, il se passionna très jeune pour le monde de l’illusion. Artiste de Close Up mondialement connu, il a construit sa notoriété grâce à l’incroyable lenteur avec laquelle il exécute ses tours, le tout en ayant seulement un bras.

René Lavand

René Lavand

Si la magie fut l’une

de mes premières passions, le temps m’en éloigna. Ayant un cousin magicien, j’ai très tôt attrapé le virus. Avec le temps, j’ai compris et étudié nombre de techniques qui me permirent de regarder les spectacles de magie, non plus avec le regard innocent d’un enfant mais avec les yeux d’un jeune amateur qui découvrait rapidement les manipulations dont les illusionnistes usaient pour berner le public. De par la compréhension de la plupart des tours que je pouvais observer, je me suis donc progressivement écarté de cet univers, pour lequel j’éprouvais de moins en moins d’intérêt. Le seul, qui me restait, fut de m’amuser à leurrer mes partenaires au dojo en essayant de leur donner de fausses informations afin de cacher mes techniques.

Croyant prétentieusement être capable de comprendre la plupart des tours que je visionnais, René Lavand est la personne qui me réconcilia avec le monde de la magie. Je l’ai vu la première fois il y a maintenant une dizaine d’années. Je me souviens être retombé en enfance en le voyant, les yeux pleins d’étoiles à chaque fois qu’il exécutait un tour.

« On ne serait être plus lent »

Même s’il existe de nombreux experts, René Lavand rentre à mes yeux dans la catégorie des maîtres de cet art. Présentant souvent de façon répétée un même tour en réduisant sa vitesse d’exécution, il est connu pour sa célèbre phrase  « No se puede hacer más lento »*, faisant référence à la lenteur déconcertante avec laquelle il exécute ses démonstrations. Voici deux vidéos qui vous permettront de découvrir son univers :

Vidéo n°1:

Vidéo n°2:

 

*« No se puede hacer más lento »: on ne serait être plus lent 


La simplicité extérieure abrite une grande complexité intérieure

Dans le premier extrait vidéo que je vous propose, René Lavand commence par présenter le cœur du principe qui régit ses recherches :

« A mesure que les années passaient, chaque fois je fus davantage convaincu de l’importance de la simplicité des choses dans cette vie. Miguel de Unamuno, le fameux écrivain espagnol de Bilbao a écrit : j’aime la simplicité extérieure qui abrite une grande complexité intérieure. Je crois que ce jeu est cela messieurs dames. C’est une chose simple mais non une simplicité. Si j’ai créé cette philosophie du jeu, c’est que j’ai écouté Beethoven, rien de moins, parce qu’avec seulement quatre notes il a, par exemple, réussi à faire un second mouvement du sonate « Claire de lune ». Avec seulement quatre notes… Mais pour faire cela il faut être Beethoven. Je ne suis pas Beethoven mais ceci est également une simplicité, une chose simple, il possède la beauté des choses simples. »

En entendant son discours, j’ai eu l’impression d’entendre mon enseignant de Yoseikan Budo ou encore Mochizuki Senseï nous dire qu’il  fallait chercher à faire simple, aller à l’essentiel. Il est vrai que lorsque l’on regarde un expert, quelque en soit l’art, ces mouvements paraissent simples et harmonieux, fruit d’années de travaux et de recherches.

J’avoue, même si cela me plaisait au début, que les démonstrations où l’on voit des techniques et enchainements très complexes ont tendance à m’ennuyer. Ce qui m’attire beaucoup plus aujourd’hui, ce sont les choses incisives, épurées, qui vont à l’essentiel. Et c’est à mon sens le cœur de la pratique de nos anciens. Sur un champ de bataille, il y avait peu de temps pour les enchainements compliqués et spectaculaires.

En ce sens, on retrouve l’idée d’Irimi cher aux arts martiaux d’origine japonaise. Rentrer le plus directement possible dans le but de stopper le conflit rapidement.

L’étude de la lenteur au service de la rapidité

S’il est un artiste qui m’a énormément marqué dans la recherche d’épuration des mouvements pour aller à l’essentiel, c’est Kuroda Senseï. Chose que je retrouve au quotidien dans le travail de Léo Tamaki. Il existe bien évidemment de nombreux maîtres ayant cette recherche, mais ne les ayant pas rencontré je ne peux me permettre de parler de leur travail.

Bien que Kuroda Senseï soit connu pour l’incroyable rapidité de ses mouvements, laissant peu de temps de réaction à son adversaire, il est également aussi déroutant lorsqu’il travaille lentement.

Lorsqu’il vient travailler à nos côtés, il lui arrive de ralentir pour nous permettre d’étudier. Néanmoins, malgré la lenteur avec laquelle il peut parfois nous appliquer une technique, notre corps réagit sans avoir eu le temps de comprendre ce qui c’était passé, le plaçant au sommet de son art, capable de produire le même effet chez ses partenaires, quelque en soit la vitesse d’exécution.

NAMT07_0128_Shinbukan-Kuroda-Ryugi

René Lavand commence d’ailleurs son discours, dans la deuxième vidéo, en nous parlant de la lenteur dans son art : « Quelqu’un a dit, et c’était certainement un grand sage, que plus douce est la caresse plus elle touche profondément. Il a dit, plus le mouvement est lent, plus il touche profondément. »

La vitesse étant un facteur permettant de cacher nombres de défauts dans nos techniques, la rapidité de Kuroda Senseï n’est pas basée sur d’incroyables capacités musculaires mais sur une incroyable capacité corporelle à supprimer tous gestes parasites et bouger le corps dans son ensemble. « Il est indispensable que nous ne donnions pas de signal à l’adversaire et que nos gestes soient invisibles lorsque nous frappons. » Kuroda Senseï. Ainsi, même lorsqu’il bouge lentement, nous nous retrouvons rapidement en retard de par l’absence de gestes parasites rendant difficile la visibilité du déclenchement de ses mouvements. Une notion importante nous obligeant à rentrer dans le monde de la lecture d’intention pour pouvoir réagir à temps.

Bien que sa pratique nous demande d’aller à l’essentiel, nos habitudes de vie quotidienne nous amènent à faire nombre de gestes parasites et incorrects dans la pratique. Le principe étant pourtant simple en apparence, dans l’application il s’avère être d’une grande complexité. Travailler lentement avant de chercher à travailler rapidement se place donc comme un axe important dans l’étude afin de prendre conscience de nos erreurs et les corriger progressivement.

(Les réflexions sur le travail de Kuroda Senseï sont des interprétations et ressentis personnels. En aucun cas, ils ne garantissent être une vérité sur son enseignement)

Publicités

7 réflexions sur “René Lavand, la lenteur et la simplicité du mouvement au service de la maîtrise de l’art

    • Bonsoir Jean Luc,

      Difficile de dire si un illusionniste aurait de quelconques capacités dans un échange martiale. Néanmoins j’ai trouvé en René Lavand cette capacité à n’user d’aucuns moyens de détournement d’attention allant à l’essentiel de son art. Ce qui est d’autant plus surprenant de part la lenteur avec laquelle il exécute ses mouvements. Malgré des gestes de plus en plus lent, il ne laisse percevoir aucunes informations ce qui me semble être synonyme d’une grande maîtrise. Suivant depuis quelques années, Kuroda Senseï j’ai été frappé dès le premier cours par sa capacité à ne rien laisser paraître même lorsqu’il travaille doucement, nous mettant systématiquement en retard. Merci pour ta lecture et le partage de ta page 🙂

      Au plaisir de te rencontrer pour échanger sur le tatami,
      Cordialement,
      Alex

  1. Bonjour Alex,

    La mise en relation entre la magie et les arts martiaux est très intéressante.
    Même dans la lenteur, les Sensei nous mettent en retard, dans le déséquilibre, dans l’embarras. La pureté de leurs mouvements est une des clés de la maîtrise sans bien sûr oublier une gestion de distance et de temps irréprochable.

    Au plaisir de te lire et de se revoir sur le tatami

    Lionel

    • Bonjour Lionel,

      A l’image des Senseï que nous rencontrons, les magiciens sont à mon sens des maîtres du mouvement. Même si leur domaine reste celui de l’illusion, les principes d’efficacité se recoupent parfois pour épurer les choses et aller à l’essentiel dans un laps de temps très cours. C’est vrai que malgré la lenteur dont les Senseï font preuve pour nous montrer un mouvement, c’est souvent déconcertant tant ils arrivent à nous mettre en retard visuel et temporel.
      J’en profite pour te remercier pour ton travail, ta disponibilité et les bons moments passés ensemble durant ces deux jours au Havre.

      Au plaisir de te croiser à nouveau sur le tatami 🙂
      Amicalement,

      Alex

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s