Progression et entraînement personnel: construire pierre par pierre

Il y a quelque temps j’ai reçu un mail d’un jeune pratiquant me posant plusieurs questions concernant mes entrainements. Voici son contenu :

« Bonjour Alex, j’ai commencé l’Aïkido il y a maintenant 4 ans et pratique 2 à 3 fois par semaines avec mon enseignant. Pourtant aujourd’hui j’éprouve le besoin de m’entrainer seul, en plus des cours de la semaine, car en voyant le niveau de certains experts je me dis que 3 entrainements par semaine ne suffiront pas pour espérer un jour atteindre leurs niveaux.

J’aurai donc voulu savoir comment se passe tes entrainements personnels et ce que tu travailles en priorité pour pouvoir progresser ? Est-ce que tu aurais un conseil à me donner ?

Merci d’avance pour ta réponse et bonne journée 🙂 »

Je sais au combien il est motivant de voir des Senseï pratiquer et que, bien souvent, une de nos motivations peut être de viser le niveau qu’ils ont atteint au cours de leur vie. J’avoue en avoir moi-même rêvé durant mes débuts.

Aujourd’hui je regarde cette période avec nostalgie, en voyant le jeune fougueux que j’étais, me lançant candidement dans des entrainements draconiens dans l’espoir qu’un jour j’aurais l’étoffe d’un expert. Depuis, les années ont passé, mon entrainement c’est structuré et mes rêves se sont gommés pour laisser place à l’envie d’étudier tout simplement.

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« J’aurai donc voulu savoir comment se passent tes entrainements personnels et ce que tu travailles en priorité pour pouvoir progresser ? »

L’entrainement et son contenu sont quelque chose de très personnel. Cela dépend du temps libre, des motivations et aspirations de chacun. Ils existent en outre une multitude de formes de travail : celui avec partenaires, celui en solitaire, les entrainements accès sur le développement des capacités physiques, les entrainements avec Asobi Geïko etc…. Et ce qui me correspond aujourd’hui ne te correspondra pas forcément.

Notre vision de l’étude fluctue constamment et il va sans dire qu’un pratiquant évoluera également, au cours de son cheminement, dans ça façon d’aborder l’entrainement. Je suis  moi-même passé par différentes étapes et ce que je faisais dans mon travail personnel, il y a quelques mois, a déjà beaucoup changé. Alors que dire du travaille auquel on aspirait il y a quelques années ?

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« Est-ce que tu aurais un conseil à me donner ? » 

Je crois principalement que ton travail personnel doit être en accord avec toi-même et l’enseignement que tu reçois. En cela, ton enseignant sera certainement plus apte que moi à te répondre et te guider. Il dépend notamment des objectifs et visions que nous avons de la pratique. Je n’ai pas vraiment de secret, seulement ce à quoi j’aspire au moment où je m’entraine.

Personnellement, j’ai pris l’habitude très jeune de pratiquer quotidiennement. Alternant entre révisions et recherches, en lien avec ce que je pense avoir saisie de l’enseignement que je reçois. Difficile de dire si nous sommes dans la bonne voie lorsqu’il s’agit d’entrainement solitaire. La seule façon d’avoir une réponse est de le transposer dans un travail avec partenaire. Mais là encore, beaucoup de possibilité s’offrent à nous.

Photo de Shizuka Tamaki

Photo de Shizuka Tamaki

Il y a aujourd’hui énormément d’écoles et de courants. Certaines se complètent, d’autres s’opposent, mais je crois que chacune d’entre elles recèle d’éléments intéressants, fruit de l’étude de nos anciens. Le principal est, je crois, d’être en accord avec l’étude dans laquelle nous nous plongeons corps et âme.

« Pourtant aujourd’hui j’éprouve le besoin de m’entrainer seul, en plus des cours de la semaine, car en voyant le niveau de certains experts je me dis que 3 entrainements par semaine ne suffiront pas pour espérer un jour atteindre leurs niveaux »

Quelque soit l’art, l’étude a de merveilleux le fait de n’avoir aucune limite, seulement celles que nous voulons bien lui donner. C’est d’ailleurs rare qu’un maître s’arrête de progresser. Je prendrais l’exemple d’Okusaï qui dit sur son lit de mort « encore 5 ans et je serais devenu un grand artiste », alors qu’il était passé maître de son art depuis plusieurs décennies.

C’est à mon sens l’un des grands exemples que nous devons retenir de nos Sempaï. Étudier sans cesse, sans jamais se reposer sur nos acquis. Il en va de même dans la vie, chercher à grandir et ne jamais se conforter sur notre personne.

Bien que le niveau des Senseï que nous suivons nous paresse extraordinaire, nous laissant parfois penser qu’ils viennent d’un autre monde, ils sont avant tout une source de réflexion et d’étude bien plus que des hommes aux capacités incroyables dont nous devons être la copie conforme. Il est d’ailleurs peu probable qu’un jour nous soyons le clone de nos enseignants. L’expérience de chacun et notre compréhension des Budo viendront alimenter un cheminement qui aboutira sur une pratique propre à chacun. Je ne crois donc pas qu’il faille chercher à ressembler à nos experts et chercher le résultat avant tout.

Par le passé, les bâtisseurs de grands édifices, tels que les cathédrales ou pyramides, se lançait à l’assaut de leurs constructions sans l’espoir de voir un jour poindre le bout de leurs réalisations. Posant avec minutie, chaque pierre comme clé de voûte de leur propre réalisation, seul compté l’instant présent, dans le souci que les futures générations puissent continuer le travail qu’ils avaient entrepris.

Voici ce que Musashi écrit dans le Gorin No Sho, à propos de l’artisan « un charpentier suit sa voie en fabriquant habilement différents outils et en sachant bien les utiliser. Il trace correctement le plan des constructions en utilisant des fils noirs et une équerre. Il traverse la vie avec son art sans gaspiller un moment. »

On retrouve ici l’importance du moment présent dans la réalisation d’une œuvre. Ainsi, je crois que bien plus que l’atteinte d’un niveau particulier, il est important de se consacrer pleinement à la compréhension de l’étude à chaque instant, dans l’objectif de progresser par rapport à soi et non les autres. A l’image de ces bâtisseurs, chaque moment d’étude représente les pierres constituant les bases de notre édifice qui n’est autre que nous même à cet instant 🙂

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3 réflexions sur “Progression et entraînement personnel: construire pierre par pierre

    • Bonsoir Nathan,

      Merci pour ta lecture. Il est difficile de répondre à la question de l’entrainement, tant il y a de visions sur le sujet. Néanmoins, je suis intimement persuadé que du moment que l’étude est sincère, beaucoup de chemins s’ouvrent à nous 🙂

      Amicalement,
      Alex

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