Accueillir, recevoir: à la recherche de l’harmonie

Au sein de la sphère de l’Aïkido, l’idée d’harmonie est un message fort du fondateur, Moriheï Ueshiba, censé régir l’étude des pratiquants. Nombres d’articles font aujourd’hui l’état de cette notion qui n’existe qu’au travers de deux concepts importants de la culture japonaise, Awase et Musubi, apparaissant dans le monde de l’Aïkido comme un point central de la recherche. Des notions dont on retrouve l’emprunte dans la culture Zen, la cérémonie du Thé, ou encore la calligraphie.

Photo de Hélène Rasse

Photo de Hélène Rasse

Ces deux idées de  « fusion » et « connexion» impliquent un niveau de développement important de la sensibilité, afin de créer une relation profonde avec Aïté. Pourtant, il arrive que, malgré toute la disponibilité dont nous pouvons faire preuve, notre corps se heurte à celui d’Aïté. D’autant plus quand l’intensité de la situation augmente. Alors quelle est la raison de cette opposition des corps en mouvements ?

La lutte, seule réaction pour vaincre ?

Dans l’article sur l’instinct de survie que j’ai publié au mois d’août, je faisais état de trois niveaux de réactions inconscientes face à une situation de danger. La fuite, la lutte et la soumission. Dans le cadre du dojo, même si la situation est édulcorée, nous travaillons généralement dans un contexte censé représenter un affront via une attaque d’Uke. Le cadre du dojo induisant de réfuter la fuite ou la soumission, la lutte est naturellement ce qui nous vient en première réaction, amenant des tensions et une utilisation parfois exagérée de la force brute.

tiger

La lutte fait appel à la notion d’opposition pour s’imposer voir survivre. Elle correspond à une réaction naturelle. D’autant plus dans le cadre du dojo où l’on vient généralement, en premier lieu, pour apprendre à se défendre, être en capacité de lutter. Il s’agit également d’une réaction accentuée par notre mode de vie. L’évolution des mœurs, de nos relations au monde, ont progressivement fait passer l’instinct de fuite derrière celui de lutte chez une majeure partie de la population. C’est d’ailleurs, aujourd’hui, la réaction recherchée dans beaucoup de domaine de la vie privé. Lutter pour gagner, lutter pour réussir, lutter contre la maladie, lutter pour vivre, lutter pour être le meilleur etc…

Néanmoins, il convient d’édulcorer ce propos. Dans le cadre du dojo, mais également d’un combat, difficile de dire s’il s’agit pleinement d’une réaction liée à nos expressions naturelles les plus enfouies ou si d’autres facteurs rentrent en compte. Je suis tenté de dire que l’égo, et l’envie de réussir, gagner, participent pleinement à nos réactions de lutte.

Accueillir pour arrêter le conflit, une idée contraire à notre instinct primaire

Alors que l’idée de lutte rime souvent avec celui de confrontation, l’idée d’harmonisation fait appel à celui de compassion. L’idée n’est donc plus de détruire l’agresseur mais d’arrêter le conflit en cherchant à préserver l’assaillant et lui faire comprendre son erreur.

Lorsque l’on regarde les vidéos de Kyuzo Mifune ou encore Moriheï Ueshiba, on constate qu’ils ne dégagent aucunes violences dans leurs expressions corporelles. Ils acceptent l’attaque pour l’utiliser contre l’assaillant, sans rentrer dans un jeu de lutte ou d’opposition. On a souvent l’impression que le conflit est terminé au moment du point de rencontre entre Tori et Aïté. Ils ont développé cette capacité à laisser s’écouler les attaques pour, à leur tour, laisser leurs corps se fondre dans les techniques adverses, puis progressivement reprendre le dessus, avant même qu’Aïté ne se soit rendu compte que le rapport avait changé. Ils ne sont alors plus dans un rapport d’opposition mais bien dans un dialogue des corps en interactions.

Pour rentrer pleinement dans le monde d’Awase et Musubi, il semble alors important de ne pas aller à l’encontre du mouvement d’Aïte mais d’accepter ce qu’il nous donne pour construire à notre tour la technique. Il ne s’agit pas d’ajouter, de s’imposer mais bien de donner de façon proportionnelle à l’attaque d’Aïté. Cela implique donc la capacité à recevoir plutôt que repousser.

En japonais, il est couramment utilisé le verbe Kangeïsuru qui signifie recevoir chaleureusement mais aussi accueillir. Le verbe recevoir induit donc l’idée d’accueillir sans violence, en laissant se développer puis s’écouler l’attaque d’Aïte.

Savoir accueillir, recevoir, semble alors se placer comme des concepts au cœur de l’idée de fusion et d’harmonisation.

Photo de Johann Vayriot

Photo de Johann Vayriot

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