Hino Akira, l’importance de la pensée au coeur de la pratique

Cette semaine marquait la reprise de la saison mais également la première venue de Hino Senseï en Europe pour l’année 2014-2015. Comme à son habitude, Hino Senseï proposa un travail fin sur la compréhension de l’utilisation du corps.

Photo Hélène Rasse

Photo de Hélène Rasse

Les stages d’Hino senseï sont toujours d’une grande qualité car ils s’ouvrent à un large public de pratiquants et non pratiquants. Cela est principalement dû au fait qu’il propose un travail de recherche et de prise de conscience du corps, au travers de différents exercices d’études, pouvant à la fois toucher des pratiquants mais également des danseurs, praticiens de Shiatsu, d’Ostéopathie ou tout autre milieu directement en lien avec les questions du corps.

Sa réflexion, comme il nous l’indiquait mercredi soir, est issue de l’observation et la rencontre de grand maître qui étaient capables de vaincre des adversaires de tout type malgré leur petit gabarit et leur âge avancé:

« Avec son petit gabarit et son âge avancé, Shioda Senseï correspondait parfaitement aux Tatsujins* qui ont marqué l’histoire du Bujutsu japonais dont les caractéristiques sont d’être  « forts malgré leur âge avancé » et que « plus ils prennent de l’âge, plus ils deviennent forts »», extrait de l’article d’Hino Senseï, dans la revue Dragon Magazine, hors série n°3.

*Le terme Tatsujin, 達人, signifie littéralement, expert ou professionnel

Ainsi les capacités d’un artiste martial, ne sont pas issues de capacités physiques extraordinaires mais d’une utilisation particulière et globale du corps. Chose à laquelle nous ne sommes pas habitués dans notre vie quotidienne et rend parfois surprenant les capacités (autres que physique) qu’ils développent.

L’importance de la recherche plutôt que le résultat

Durant le séminaire, Hino Senseï insista particulièrement, sur le fait de ne pas chercher le résultat lors des situations d’études qu’il nous proposait: «si vous recherchez le résultat, vous passerez à côté de l’étude et n’arriverez jamais à utiliser votre corps correctement».

Lorsque nous cherchons le résultat nous faisons abstraction du reste et inconsciemment nous utilisons notre corps comme nous avons l’habitude de le faire. Le simple fait de penser au résultat bloque le corps et crée des tensions qui donnent des informations au partenaire, lui permettant alors de bloquer ou retourner notre technique.

Hino Senseï nous expliqua que le résultat n’était pas le plus important mais la démarche, la recherche de ce qu’il essaye de nous enseigner.

Photo de Hélène Rasse

Photo de Hélène Rasse

Ne pas figer l’esprit pour bouger avec l’ensemble du corps

Néanmoins, la simple pensée du résultat n’était pas le seul point qui plaçait une barrière à la compréhension des principes étudiés. Durant un travail de déplacement du corps pour renverser Aïte, il nous arrêta pour nous montrer deux pratiquants démontrer leur travail. Il nous demanda alors ce qui n’allait pas.

Après quelques secondes, il nous informa que le mouvement été correct, néanmoins, l’esprit de Tori était figeait sur certaines parties de la réalisation, empêchant alors d’aboutir au résultat souhaité. Il nous expliqua alors qu’il fallait être capable de réaliser le mouvement, sans réfléchir, sans penser, car le résultat n’est pas une somme de geste mais un mouvement global. Arrêter son esprit sur chaque partie du mouvement empêche alors le bon déroulement de celui-ci, même s’il s’avère être juste. Comprendre par le corps et non par l’esprit prend alors toute son importance.

Une notion qui me fit penser aux écrits de Takuan Soho, dans son écrit « L’esprit indomptable » :

«  Nous disons que si l’homme place son esprit dans l’action du corps de son adversaire, son esprit sera prisonnier de l’action du corps de son adversaire.
S’il place son esprit dans le sabre de son adversaire, son esprit sera prisonnier de ce sabre.
S’il place son esprit dans les pensées qui guident l’intention de frapper de son adversaire, son esprit sera prisonnier des pensées qui guident l’intention de frapper de son adversaire.
S’il place son esprit dans son propre sabre, son esprit sera prisonnier de son propre sabre.
S’il place son esprit dans sa propre intention de ne pas être frappé, son esprit sera prisonnier de son intention de ne pas être frappé.
S’il place son esprit dans la garde de l’autre homme, son esprit sera prisonnier de la garde de l’autre homme.
Cela signifie simplement qu’il n’existe nul endroit où placer l’esprit.
[…]

« Mais alors dans quelle partie de mon corps dois-je placer mon esprit ? »

Je réponds à ceci, « si vous le placez dans votre main droite, il sera prisonnier de votre main droite et il fera défaut au reste du corps. Si vous placez votre esprit dans votre œil, il sera prisonnier de votre œil et il fera défaut au reste du corps. Si vous placez votre esprit dans le pied droit, votre esprit sera prisonnier du pied droit et il fera défaut au reste du corps.
Quel que soit l’endroit où vous placer le placez, si vous placez l’esprit dans un seul endroit, il fera défaut au reste du corps.

« Bon, alors, où doit-on le placer ? »

A ceci, je réponds, « si vous ne le placez dans aucun endroit particulier, il sera dans toutes les parties de votre corps et se prolongera partout à la fois. De cette manière, lorsqu’il atteindra la main, il exécutera les fonctions de la main. Lorsqu’il atteindra le pied, il exécutera les fonctions du pied. Lorsqu’il atteindra l’œil, il exécutera les fonctions de l’œil.
Si vous décidez d’un endroit et que vous y placez l’esprit, il devient prisonnier de cet endroit et perd sa fonction. Lorsque l’homme pense, il est prisonnier de ses pensées.
[…]
Pour avoir l’attitude juste, il faut bouger tout le corps. L’esprit juste se laisse percevoir lorsqu’il s’étend à travers tout le corps. Lorsqu’il ne se décentre pas en un seul et unique endroit. »

« Vous avez tous un corps extra-ordinaire mais votre esprit l’empêche souvent de s’exprimer pleinement » Hino Senseï.

Photo de Hélène Rasse

Photo de Hélène Rasse

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4 réflexions sur “Hino Akira, l’importance de la pensée au coeur de la pratique

  1. Merci pour ton partage, Alex. J’avais été touché par ces mots d’Hino senseï à Valence.
    Ton rappel de Takuan Soho est précieux. Et tout ça me fait aussi penser à ces mots de Yasue Kunio retranscris là
    http://www.budoshugyosha.com/yasue-kunio-laiki-face-a-la-science/

    « Il ne s’agit pas des muscles. Il faut utiliser un mode singulier de la cervelle. En agissant de manière à ne pas penser/ réfléchir.
    On devient un peu comme un idiot, mais n’y pretez pas attention (Rires 4:29)
    Si on « devient idiot », on peut bouger 0,5s plus vite. Si on se met à réfléchir avec sa tête, cela prend 0,5s. En « devenant idiot », on arrête de réfléchir. On précède de 0,5s, le renforcement de la saisie de l’adversaire et ainsi on soulève les bras. »

    Bonne pratique.
    A bientot j’espère.

    • Salut Jean Phi,

      Merci pour ton message et ta participation. Ta citation correspond exactement à ce que Hino Senseï a essayer de nous transmettre 🙂
      Bonne pratique à toi aussi, en espérant te revoir bientôt! Peut être dans les Cévennes si je passe randonner dans le coin au printemps prochain 🙂

      Amicalement,
      Alex

  2. Pingback: Hino Akira Senseï, fusionner avec Aïté et faire vivre la technique | Budo Musha Shugyo

  3. Pingback: Akira Hino’s book translation by Yuko Takeda | Budo Musha Shugyo

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