Hino Akira Senseï : harmonie et non pensée

Ce weekend avait lieu le stage de Hino Senseï à Herblay. Les habitués étaient présents en nombre accompagnés de nouveaux visages qui participaient à cette rencontre pour la première fois. L’occasion de revoir et travailler avec des pratiquants venus de toute la France pour suivre l’enseignement de Hino Senseï.

Photo de Hélène Rasse

Photo de Hélène Rasse

Le weekend s’organisa autour de deux grands thèmes, que nous abordâmes au travers d’un ensemble d’exercices sur le travail du corps avec et sans partenaire. Comme à chaque séminaire, il insista sur l’importance de l’usage du Kyokutsu qui est au cœur de sa recherche. Un travail qui s’accompagna d’une étude sur l’utilisation du coude dans la pratique.

D’exercices de dissociation du corps aux exercices nécessitant une utilisation globale de ce que nous avons étudié, il fut intéressant de pouvoir se concentrer sur la mobilisation de certaines parties du corps pour pouvoir ensuite assembler ces différentes études dans un seul mouvement.

Taïji No Dendo

Ce stage fut certainement un de ceux que j’ai le plus apprécié. A cela une raison principale, c’est qu’il me parut complémentaire à l’article que Hino Senseï a réalisé pour la revue Aïkido Hors série n°3 : « les principes de l’Aïkido de Moriheï Ueshiba »

uesh2014

Paru le mois dernier, Hino Senseï nous parle, dans ce magazine, de ses recherches et son entrée dans le monde de l’Aïkido.  Un intérêt qui se développa grâce à sa curiosité concernant la pratique de Shioda Kancho Senseï, fondateur du Yoshinkan.

Il nous y décrit ses observations et son ressenti concernant la pratique de Shioda Senseï, nous  rapportant que lors de ses mouvements « Shioda Senseï mettait en œuvre un déplacement du poids du corps au cours duquel il modifiait la direction du mouvement et transmettait son poids sur aïté. Le propos en somme est d’être capable de déplacer librement son propre poids jusqu’à n’importe quel point en contact avec une personne, que ce point de contact soit la main, le tronc, un sabre, une lance, un poing, etc… J’appelle ce gijutsu consistant à transmettre son propre poids à l’autre, Taïji No Dendo la transmission du poids du corps ». Un point qu’il nous démontra et nous fit travailler au travers de divers saisies d’Uke.

 

Tatsujin et principes du Budo

Dimanche, au cours de l’après midi, Hino Senseï nous demanda de nous asseoir pour nous parler de la vie. Il commença son discours en abordant la notion du rapport à l’autre. Pour cela, il prit l’exemple de la notion d’interdiction. Lorsque l’on interdit à un proche de réaliser une chose, celui-ci ne comprend pas toujours les raisons de notre décision et généralement se braque, risquant d’engendrer une situation de conflit.

Il nous expliqua que les causes provenaient du fait que nous étions tous différents et notre compréhension aussi. Ainsi, nous ne pourrons jamais bouger comme il nous le montre car notre perception, notre corps est différent. Par exemple, les élèves de Ueshiba Senseï ne bougeait pas comme Osenseï. Il nous dit que le plus important n’était pas de bouger de la même façon mais de chercher à comprendre les principes étudiés, de chercher à ressentir ce qui se passe dans chacun de nos partenaires, car chacun, de par son unité, réagit différemment.

Photo de Hélène Rasse

Photo de Hélène Rasse

Il nous expliqua que lors de l’apparition des Budos dans la tradition Japonaise, les Tatujin ont eu le don de voir dans les Bujutsu un moyen de s’harmoniser au monde, de trouver des principes transférables à la vie. Non pas pour faire la guerre mais pour créer des liens avec les gens qui peuplent ce monde. Ainsi, le plus important est d’être à l’écoute de son partenaire, de ressentir ce qui se passe en lui pour s’adapter à ce qu’il nous donne.

C’est un point qu’il aborde également dans son article, où il y écrit que tous les Tatsujin de l’histoire ont développé cette capacité à s’harmoniser à tous les mouvements, à la fois externe et interne, d’aïté. Awase apparaît alors comme un fondement des budos, nous précisant que « cette capacité à suivre précisément le moindre mouvement d’aïté, c’est ce qu’Ito Ittosaï et d’autres tatsujins de l’histoire ont appelé Suigetsu Isha,  « le reflet de la lune dans l’eau » »

Non pensée et ressenti

Au cours du weekend, les exercices furent nombreux, nous demandant une concentration particulière, à la fois sur notre corps et celui de notre partenaire. Alors que l’on se concentre généralement à essayer de reproduire ce que nous voyons, en recherchant un résultat similaire au sien, il demanda à plusieurs reprises de ne pas penser à la finalité. Il nous dit que  « si l’on pense à projeter l’adversaire, on ne peut pas réaliser le projeter ».

Il illustra son propos en nous disant que c’est la même chose que lorsque l’on boit une bière. On ne pense pas à lever le bras pour pencher le verre et ainsi de suite. On met le verre à la bouche et on sent que c’est bon XD.

Il précisa alors que pour réussir et progresser, il ne fallait pas penser mais s’attarder sur les sensations, le ressenti au court du mouvement pour s’harmoniser au mouvement de aïté.

Photo de Hélène Rasse

Photo de Hélène Rasse

Publicités

8 réflexions sur “Hino Akira Senseï : harmonie et non pensée

  1. Bonjour Alex,

    Bel article !!!
    Quelle misère de n’avoir pu être là … Avril me vengera 😉

    Une choses m’intrigue en lisant son article (passionnant) dans le magasine et ensuite ton article … je reste interrogatif sur le lien entre la pratique qui le caractérise toute en sensibilité et celle de Shioda sensei qui (a mes yeux) a la vue des vidéos semble très rugueuse et dure et très différente de ce que j’ai pu ressentir chez Hino sensei…

    Ellis Amdur d’ailleurs aborde la personnalité de Shioda sensei ici :

    « Guillaume Erard : Comme vous l’avez dit vous-même, si vous commencez l’Aikido et que vous êtes quelqu’un de mauvais, vous resterez mauvais.[11] Les gens pensent qu’en Aikido, tout est amour et paix, et que l’Aikido va les changer, mais je ne vois pas cela se produire, il n’y a qu’à voir le triste exemple que donnent nos hauts gradés.

    Ellis Amdur : Une bonne illustration est de prendre des contemporains du Kobukan comme Shirata Rinjiro et Shioda Gozo. Ils étaient là en même temps et ils ont obtenu la même éducation. Shioda Sensei était physiquement brillant, mais d’après ce que j’ai entendu de quelques deshi, c’était l’une des personnes les plus étroites d’esprit de la planète. Chaque soir, après la pratique, les cinq mêmes vieux amis d’école primaire lui rendaient visite, buvaient du whisky, et racontaient les mêmes histoires encore et encore. Shioda Sensei blessait vraiment les gens, une commotion cérébrale était pour lui comme une plaisanterie. Shirata Sensei était dur quand il était jeune, mais il est devenu un homme magnifique. Ils ont eu la même éducation, mais des résultats différents.
    La question n’est pas de savoir jusqu’où vous allez, mais ce que vous ramenez. Dans les arts martiaux, vous pouvez accentuer ce que vous êtes, ou si vous êtes consciemment en train de dire que vous voulez apprendre quelque chose, vous pouvez changer. »

    Je suis conscient que l’on a pas besoin d’être «  » »quelqu’un de bien » » » pour être un grand pratiquant, mais si l’on reste sur la plan technique lorsque l’on connait l’orientation des principes de Hino sensei comment envisages tu ce lien de parenté ou tout du moins l’admiration de Hino sensei pour Shioda sensei ???

    Amicalement

    Remi

    • Salut Rémi, En fait, je pense que Hino a travers ses recherches, c’est à un moment donné intéressé au travail de Shioda car il a saisi en lui quelque chose qui l’intrigué et comme il le dit dans son article, qui confirmait certaines de ses hypothèses. Il est donc allé voir chez Shioda ce qui l’intéressé et a vu des similitudes avec certains résultats de ses recherches. Je pense d’ailleurs qu’il était plus intéressé par le travail que par l’homme. C’est par exemple des choses que nous avons pu vivre dans notre pratique, où nous sommes allés voir certains enseignants pour leurs travaux mais pas forcement pour le côté humain. Je ne pense pas que Hino Senseï voue une admiration à Shioda. Pour lui il fait parti de ses personnes qui ont saisi et développé quelques choses de particuliers dans la pratique que peu d’adeptes sont capables de reproduire. Et il s’en est inspiré pour ses recherches. Par contre, lorsque Hino Senseï passe et te fait ressentir son travail, pour ma part, je ne ressens aucune brutalité. La sensation est assez particulière. Tu sens que tu ne peux pas résister mais à la fois tu ne sens aucune violence de sa part. Cela reste très fin et agréable. Pour ce qui est de Shioda Senseï effectivement les vidéos semblent montrer l’inverse, mais bon, est-ce que c’est voulu pour la démonstration, est-ce que cela vient du fait que les élèves japonais surjouent parfois l’effet produit par leur maître, est-ce vraiment brusque? Difficile de savoir sans ressentir directement. Mais au final, Hino Senseï, à travers ce travail de transfert du poids du corps, à beaucoup insisté sur ressentir ce qui se passe dans notre corps et celui du partenaire. Ressentir les lignes de tensions, aller où elles s’annulent pour pouvoir bouger etc… 🙂 On se voit certainement au stage de Kuroda Senseï, on pourra en rediscuter 😉 Amicalement, Alex

  2. Très belle description… Et donner à un karateka l’envie de suivre un stage d’aikido, voilà qui n’était pas une mince affaire 🙂
    Merci

    • Merci beaucoup pour la lecture 🙂 Je t’invite à participer à un stage de Léo Tamaki si tu en as l’occasion et que tu souhaites découvrir l’Aïkido.

      Bonne soirée,
      Alex

  3. Merci pour la réponse Alex … je partage totalement cette sensation de bienveillance dans les bras de Hino 🙂 … c’est d’ailleurs assez déstabilisant d’être amené au sol par un « petit bonhomme » qui vous regarde amicalement … douceur de la technique, couplé au regard bienveillant … pour Shioda sensei mon regard s’arrête sans doute a ce que je suis capable de voir … contrairement a Hino qui plus que l’homme ou l’impression visuelle que donne sa pratique … a su voir ce qui est au delà de tout cela .
    A très bientôt en effet 😉
    Remi

    • En effet, tout comme avec Kuroda Senseï, c’est toujours très déstabilisant de se sentir pris et déséquilibré sans se rendre compte de ce qui se passe. Une tel bienveillance et douceur dans la technique et pourtant tant d’efficacité –‘…. XD

      A bientôt,
      Amicalement
      Alex

  4. Pingback: Kishin Taïkaï, Aïki TaKaï, NAMT: une semaine de pratique à venir | Budo Musha Shugyo

  5. Pingback: Akira Hino’s book translation by Yuko Takeda | Budo Musha Shugyo

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s