Confessions d’un pratiquant: les tatamis, la nature, découvrir nos limites… mon univers, ma voie

Il y a un an, j’ai publié une petite réflexion concernant la voie que nous choisissons d’emprunter. Durant les dernière semaines, une accumulation de fatigue et de blessures m’ont amené à longuement réfléchir sur la pratique, ce que l’on recherche ainsi que les raisons qui nous mène parfois à nous surpasser et nous accomplir au travers de certaines activités. Nos proches ne comprenant pas toujours ce qui nous pousse à nous engager corps et âme dans un univers qui les dépasse, voici mon récit à chaud quelques jours après une petite excursion en montagne.

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 L’activité: une drogue, un bien être pour le corps

La période des fêtes a été l’occasion de marquer une courte pause avec le tatami et de laisser le corps récupérer. Ces derniers mois je ne m’étais pas permis de prendre du temps pour me reposer, laissant progressivement s’installer des douleurs tendineuses et articulaires, souvenirs de blessures passées.

Ayant l’impression de ne pas avoir dormi depuis des mois, la première semaine se résuma à de longues journées de lecture et de sommeil. Malgré tout, je sentais régulièrement mon corps réclamer et plus les jours passaient, plus l’envie de pratiquer s’intensifiait. J’avais donc pris la décision d’aller faire un peu d’escalade, mais le résultat ne fut pas à la hauteur de mes espérances. Un corps fatigué, des douleurs qui s’attardaient à guérir, j’avais rarement été dans un tel état de fatigue. Résigné à me reposer, les jours furent assez éprouvant psychologiquement, n’aimant pas rester plus de deux jours sans activités.

C’est donc tout naturellement que la semaine suivante, nous avons programmé avec un ami une randonnée en montagne. Les douleurs ayant légèrement diminuées, je ne savais pas vraiment si je pourrais suivre le rythme. Mais l’envie étant plus forte que la raison, je répondis positivement à l’invitation.

En direction du sommet

5h du matin le réveil sonne. Nous prenons la route en direction de la vallée de Chaudefour. Sur la route, le temps se gatte et le brouillard recouvre d’un voile grisâtre  les sommets qui s’élèvent face à nous. Au cœur de la vallée nous apercevons un peu de neige, la température environne les 3°. Rien ne semble présager des conditions défavorables pour la journée. Nous nous engageons donc sur le sentier en direction du sommet.

10 min plus tard nous attaquons la première montée qui annoncera la couleur des prochaines heures à venir. L’ascension se fait sur un rythme soutenu, un rythme que nous avons l’habitude d’adopter lorsque nous marchons ensemble. Malheureusement, 30 min après le départ, une douleur au pied se fait sentir. Nous continuons notre chemin, mais celle-ci devient difficilement soutenable.

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Le corps souffre et des tensions apparaissent à cause des compensations nécessaires pour avancer. A mi chemin, entre la vallée et le sommet, c’est le moment de prendre la décision de continuer ou de faire demi-tour. De nouveau emportés par l’envie, nous décidons de continuer vers le sommet.

Au cours de notre ascension, nous voyons le paysage changer. Les chemins pédestre embrumés laissent place peu à peu aux sous bois enneigés pour s’ouvrir sur un flan de montagne où la verdure s’estompe progressivement sous un épais manteau blanc. Un mélange poétique de décors qui me font progressivement oublier la douleur, se manifestant de temps à autre pour me rappeler qu’elle continue de nous poursuivre.

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Seuls au milieu de ce paysage chaotique, le vent nous fouette la moindre parcelle de peau dénudée. Le sol se durcit, la poudreuse cédant la place peu à peu à une couche de glace. Les chutes de neiges s’accélèrent, nous laissant là face à un mur blanc dont la visibilité se réduit à quelques mètres, nous donnant la sensation de faire du surplace.

Quelques heures plus tard, nous atteignons le premier sommet, où un secouriste vient nous récupérer. Nous rentrons en télécabine avec un groupe de jeunes randonneurs ayant également tenté l’aventure. Une semaine plus tard, j’apprends que je souffre d’une fracture de fatigue depuis quelques semaines, regardant avec ironie où mon égo et mon idiotie m’avait conduit… Poussé par l’envie de me surpasser, j’avais réalisé mon objectif au détriment de mon corps pour nourrir un Ego déjà bien équipé…

Vue du télécabine

Vue du télécabine

Se connaître et aller au bout de soi-même

Aimant les situations inhabituelles nous obligeant à sortir de notre quotidien et de nos habitudes de vie sécuritaires, j’apprécie ressentir comment notre corps et notre esprit réagissent. J’avoue y avoir toujours trouvé un certain plaisir. Jouer avec les limites, les dépasser, aller au-delà de nos pensées et ce que l’on se croît capable d’accomplir. Aller au-delà de la douleur, se dire que c’est dans la tête pour progressivement l’oublier et continuer. Sentir que le froid, la neige engourdissent tes membres, avoir froid, avoir mal. Se dire qu’au cours de cette route, personne ne pourra prendre ta place ou t’aider. Se dire que tu es le seul mettre de ta destinée.

Rester là au milieu du mauvais temps ou bien décider de te battre et te relever. Voir le monde s’assombrir devant toi et pourtant prendre la décision de l’affronter.  Lutter coûte que coûte, dépasser nos objectifs et sentir nos limites qui se repoussent à chaque instant. Sentir cet état de transe qui monte peu à peu  à l’intérieur de toi, ce dérèglement des sens, cet épuisement qui ralentit le temps pour nous donner ce sentiment infiniment fort de fusion avec les éléments.

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Comportement égoïste poussé par l’Ego, quête d’une chose qui nous dépasse ? Quand raison et envie mènent un affront dont l’orage fait écho dans vos moments de réflexion et besoin de lucidité, que choisir ? Prendre des décisions dictées par l’instinct, vous poussant à faire des choix maîtres de votre survie, que vous ne pensiez même pas être capable de trouver. Laisser peu à peu la réflexion consciente faire place aux réflexions innées et réactions du corps.

Se surprendre, s’inventer, se défier… Recherche de risque, recherche de plaisir ou recherche d’appropriation d’une part de soi que seul le fait de se mettre à nu devant les éléments permet de faire surgir ?

Au travers de chaque pratique, ce sont des sentiments que j’essaie de reproduire et ressentir régulièrement. Se présentant sous différentes formes, ils nous retranchent bien souvent face à nous même, nous repoussant progressivement au plus profond de nos doutes, de nos peurs.

Il n’y a aucune gloire à tirer de ce genre d’événement issu bien souvent, en partie, d’une attitude égoïste pour se prouver quelque chose à soi même, à la recherche d’une quête inconnue. J’ai donc longuement hésité à raconter cette anecdote. Finalement j’ai pris la décision de le faire, de mettre à nu ce que l’on peut ressentir dans ce genre de situations ainsi que les raisons qui nous poussent souvent à réaliser l’impensable.

Être libre c’est pouvoir choisir

Inconscience pour certains, folie pour d’autres, à mi chemin entre la raison et l’envie, c’est une voie parallèle aux arts martiaux à l’intérieur de laquelle je me sens libre de m’exprimer, où je me sens au plus proche de mon moi intérieur, comme sur un tatami. Il existe des voies différentes aboutissant à des choses certainement similaires et j’apprécie énormément échanger avec des amis de courants différents, qui pourtant ont besoin de ce genre de sensation pour avancer.

Être maître de soi même, prendre des risques mesurés et dépasser ses limites. Vivre en faisant des choix qui détermineront ce que nous seront demain et dans les heures à venir. Car aller chercher au fond de nous même, c’est apprendre à nous connaître, dompter cette part de nous que nous ignorons. C’est être libre, être libre de pouvoir par la suite faire des choix, s’estimer et se surpasser, de tracer notre voie, car comme le disait Stéphane Brosse « Être libre c’est de pouvoir choisir »

 

Les tatamis, la nature, découvrir nos limites… mon univers, ma voie…

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9 réflexions sur “Confessions d’un pratiquant: les tatamis, la nature, découvrir nos limites… mon univers, ma voie

  1. L’ego, l’idiotie… peut être pas. Peut être simplement le besoin de se retrouver face à soi. Quand les éléments nous séparent de tout, même des conditionnements si bien appris, même de celui qui marche à côté de nous, c’est finalement un tête à tête avec notre propre esprit que l’on s’offre. Ou que l’on accepte, car c’est souvent plus facile de les éviter.

    • Bonsoir Oyà,

      Effectivement l’envie de se retrouver face à soi et une des causes mais dans ce genre de recherche il est parfois difficile de distinguer toutes les motivations. Le désire de surpassement de soi, bien que la recherche d’appropriation de soi soit centrale, et également bien souvent accompagné de l’envie de se prouver certaines choses. Personnellement, il y a toujours eu un peu de ça dans ce que j’entreprends. Mais c’est très intéressant de voir d’analyser ses motivations et de voir où cela peut parfois nous mener 🙂

      Bonne fin de journée,
      Alex

  2. Cette expérience, que je n’ai pas envie de qualifier de mésaventure, doit surtout t’amener à être plus à l’écoute de ton corps et de ses signaux d’alertes. Il faut que tu prennes plus de temps pour confronter ta fatigue physique, qui peu déboucher sur des blessures évitable comme la fracture de fatigue, et ton envie insatiable de toujours te prouver que tu es capable de plus.

    Cela te permettra surement de trouver le « rythme » idéal pour avancer de manière régulière et sans blessures. Bien sur, être régulier signifie peu être de ralentir un peu, non ?
    Après je sais que ce rythme est difficile à trouver, je ne l’ai moi même pas encore trouver et ce n’est pas faute d’y travailler 😉 !

    • Salut partenaire de rando^^

      Je ne le classe pas non plus dans les mésaventures, et si cela était à refaire je le referais… Difficile de trouver le compromis entre le repos, l’envie pratiquer et de s’accomplir chaque instant. Il paraît que cela vient avec le temps et les leçons de la vie?! 🙂
      Quand au rythme, je ne tiens pas vraiment à ralentir. Qui sait ce que nous serons demain. Attendre patiemment de réaliser nos envies, sans vraiment savoir si un jour la vie nous permettra de le faire ou non, n’ai pas vraiment dans mon tempérament. Par contre concernant l’intensité de travail, effectivement, il y a matière à évoluer. Mais tu sais ce que c’est, on se dit « je vais y aller tranquillement » et une fois dans l’action on se surprend à donner le meilleur de nous même :-).

      Bonne soirée,
      Amicalement,
      Alex

      • Ne ralentit pas ton rythme d’activité mais essai juste de mieux le gérer ! Cela t’évitera peu être quelques pépins !
        J’arrête de jouer les donneurs de leçons, l’on débâtera de cela à ton retour 😉 !

      • Oui surtout que tu fais exactement la même chose que moi question activité et repos… XD

        On se voit bientôt 😉
        Alex

  3. Le repos du Guerrier est certainement fonction de ce qu’Il a combattu et propre à Chacun pour ce qui est de la récupération ! Mais Aucun ne pourra contredire qu’en fait, la Vie est magique, et généreusement lance des signaux régulièrement à Ceux qui sagement acceptent de les interpréter pour aller encore plus loin ! 🙂
    Sans pour autant procrastiner, le feu de la vie peut brûler au-delà de l’exercice physique… leur soif de vivre ne s’éteindra nullement.
    C’était bon d’être avec Vous ces quelques instants, de lecture et d’écriture !
    Merci…
    SylVie

  4. Pingback: Blessure, fatigue: continuer l’entrainement malgré tout? | Budo Musha Shugyo

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