La notion d’intention, une question au cœur de la progression de Uke et Tori

Intention d’attaque

Le monde animal est régi par la notion de survie. C’est un univers où les notions de proie et prédateur prennent tout leur sens. Un jeu où l’on tue pour se nourrir ou se protéger, et dont le perdant meurt.

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Un monde où l’Homme est probablement la seule espèce

à être passée du statut de proie à celui de prédateur, pour finir par être son propre ennemi.

Le point de départ de l’invention de systèmes de combat est la survie ou la destruction. La notion « d’attaque », qu’on y fasse face ou qu’on la porte, est à la base de leur pratique. En ce sens elle est à l’origine de nos mouvements, réactions, déplacements, émotions et est un élément clé dans l’apprentissage.

Les Budo ne viendront que bien plus tard, au cours du XXème siècle, constituant une évolution des systèmes de combat vers une voie d’amour, de compassion et de  paix.

« Dans le vrai budo il n’y a pas d’adversaires, pas d’ennemis. Dans le vrai budo nous cherchons à ne faire qu’un avec toutes les choses. La Voie du Guerrier n’est pas de détruire et de tuer mais d’entretenir la vie, de créer continuellement. » Ueshiba Senseï

Ueshiba Moriheï

Ueshiba Moriheï

Attaquer avec intention

Dans  le cadre d’une situation de survie, il est important de pouvoir  terminer le conflit le plus rapidement possible. Au sein des Bujutsu japonais cela consiste à trancher son adversaire le plus rapidement possible avant qu’il n’ait eu le temps de réagir. Il y a peu de place pour la demi-mesure.

Lors d’un combat singulier, deux adversaires sont face à face cherchant une ouverture. Avant même qu’une attaque ne soit portée, se livre un travail de lecture et de pression entre les combattants.

Lire les ouvertures physiques et mentales tout en n’en laissant aucunes est ainsi un élément essentiel de la pratique. Mais comment travailler cet aspect?

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Lorsque l’on regarde des vidéos sur le net, on constate souvent que les attaques portées ne sont que des gestes vides, sans réelle intention. Malheureusement, il arrive souvent que les Uke mime une attaque, ayant pour seul souci de permettre à Tori de réaliser sa technique.

Dans un souci pédagogique, il est important de laisser travailler Tori en effectuant des frappes ou des coupes à intensité réduite. Néanmoins à long terme, se cantonner à ce type d’entrainement est une impasse. Avec le temps cette façon d’attaquer s’ancre dans le corps et ne permet plus d’attaquer efficacement, ni de faire face à un véritable engagement.

Mimer une attaque ne permet pas de prendre conscience de ses mouvements.  C’est une forme de travail superficielle dont sont absents des éléments essentiels tels que chercher à supprimer nos appels et nos mouvements parasites, ou chercher à attaquer au moment où Tori montre des signes de faiblesse, se replace. Ces éléments sont des choses importantes à travailler dans le cadre d’une situation de survie.

C’est sans doute ce que Musashi appelle la frappe en une cadence, quand il parle de frapper « d’un seul coup juste à l’instant où l’adversaire ne pense même pas à reculer son sabre, ni le retirer de la garde, ni attaquer ». Il évoque également ce type de frappe dans la partie qu’il nomme la « frappe de non pensée » où il nous dit alors que notre corps frappera spontanément du vide, sans marquer le démarrage du mouvement (sans appels).

Miyamoto Musashi

Miyamoto Musashi

 

Le rôle de Uke au cœur des apprentissages

A mon sens Uke prend une place importante dans l’apprentissage de la lecture d’intention. Lorsque Tori a acquis le geste technique demandé, il est intéressant de pouvoir lui mettre un peu de pression pour lui permettre progressivement de s’adapter à une situation de plus en plus complexe. Néanmoins attaquer avec intention, ne signifie pas attaquer en cherchant à accélérer le mouvement, ni réduire l’amplitude de l’attaque.

Pour illustrer ce propos, je prendrai l’exemple de Kuroda Senseï. Lorsque l’on est face à lui, il lui arrive d’attaquer doucement pour nous faire travailler un mouvement, une sensation. Malgré la lenteur de son attaque, il est pourtant généralement trop tard lorsque l’on réagit. L’absence de mouvements parasites, la justesse de ses mouvements, font que notre cerveau ne discerne pas le début de son déplacement. Cela exige donc un niveau de ressenti assez exceptionnel pour réagir dans le temps.

Kuroda Senseï

Kuroda Senseï

 

La progression de Tori dépend ainsi de l’honnêteté de Uke. Un Uke dénué d’ego, capable de peser le pour et le contre en attaquant sincèrement là où se situe Tori. Un Uke ne cherchant pas anticiper le déplacement de Uke pour l’empêcher de travailler, mais un Uke capable d’attaquer sincèrement en adaptant la trajectoire de son attaque seulement si le déplacement de Tori est visible. Des qualités indéniables d’un bon partenaire au service de la progression de Tori.

La notion d’intention est au cœur de la progression des pratiquants. D’une part car attaquer avec intention pour toucher, sans chercher à prendre de vitesse Tori, permet de travailler sur l’efficacité de ses attaques, mais permet également à Tori d’apprendre à ressentir ce qui se passe chez son adversaire, lui permettant progressivement de réagir dans le temps.

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4 réflexions sur “La notion d’intention, une question au cœur de la progression de Uke et Tori

  1. Konnichiwa Alex,

    Entièrement d’accord avec toi! Ce que tu décris si situe dans un travail conventionnel de base où les rôles de Tori et Uke sont bien définis. Après il faut faire la même chose dans le cadre du Kyoei Randori (Randori d’entraide) où les rôles de Tori et Uke sont interchangeables après chaque action.
    Et après seulement on peut envisager une forme de combat plus libre quand on commence à bien ressentir l’intention adverse.
    Mata ne.
    Jean Luc

    • Konbanwa Jean Luc,

      En effet il s’agit d’une réflexion lors d’un travail conventionnel mais qui s’étend au travail libre. Être capable d’attaquer lors d’un travail libre avec intention tout en reconnaissant ses erreurs, accepter les contres techniques et le travail du partenaire sans se laisser envahir par l’Ego, ce qui n’est pas donné à tout le monde^^. Néanmoins, travailler cette aspect de l’intention, me semble un bon début pour aller progressivement vers le Kyoei Randori!!

      Mata ne!
      Alex

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