Yari, la puissance perforante des Ashigaru

Yari est le terme Japonais désignant la lance. Selon la religion Shintoïste, au commencement du monde, les premiers Dieux donnèrent vie à une divinité masculine nommée Izanagi et une divinité féminine nommée Izanami. Cet instant représente ce qui allait devenir les prémices de la création du monde.

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Les Dieux leur donnèrent une lance décorée de pierres précieuses appelée Ame no Nuhoko*.

* Ame no Nuhoko, 天沼矛: Âme, ciel ; Nu, lame nue ; Hoko, hallebarde, soit « lance céleste »

Les deux divinités se placèrent sur le pont Ame no Ukihashi*, qui reliait le monde d’en haut et le monde d’en bas. Ils brassèrent l’océan avec la lance et lorsqu’ils la retirèrent, des gouttes d’eaux salées tombèrent de la lance, et formèrent une île qui fut nommée Onogoro (ce qui veut dire «  se forme elle-même »).

*Ame no Ukihashi, 天浮橋: Âme, ciel ; Uki : monde flottant ; Hashi, Pont ; soit « Pont céleste flottant »

Bien plus qu’une arme dévastatrice, la lance revêt une dimension religieuse et spirituelle dans la religion Shinto et la culture japonaise, prenant une place importante dans le processus de création du monde.

Kikuchi Yari

Kikuchi Yari

Origine et arrivée de la Yari sur les champs de bataille

La Yari possède une lame droite d’environ 10 centimètres jusqu’à 80 centimètre. Mesurant de un mètre à plus de six mètres, la Yari offre l’avantage de pouvoir toucher l’adversaire en minimisant les risques au travers de frappes précises destinées à perforer l’ennemi.

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Différents types de sections de Yari

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La Yari puise certainement son origine des lances chinoises, mais ne trouve un réel intérêt qu’à partir des invasions Mongols entre 1274 et 1281. Armes d’infanterie, les troupes Mongols  utilisaient de longues piques en petites formations pour bloquer les attaques de cavalerie. Aboutissant à d’énormes pertes humaines, les Ashigaru* vont alors adopter ce principe tactique sur le champ de bataille de la période Heian à la fin de la période Muromachi.

*Ashigaru: troupes à pied
Magari Yari

Magari Yari ou Jumoji Yari

Sankaku Yari

Sankaku Yari

La Yari devient alors un des piliers des tactiques de base sur le champ de bataille. Il faut aussi comprendre que la Yari présente un intérêt tactique mais également financier,  la fabrication d’une Lame de Yari coûtant beaucoup moins cher qu’une lame de Naguinata. A partir de cette période, un grand nombre de types de Yaris voit le jour.

La Yari, une puissance tactique au service des Ashigarus

Il est parfois difficile de se faire une idée des batailles d’époque. Au-delà de l’imaginaire, les récits, les peintures d’époque ainsi que certains films inspirés de ces derniers forment un témoin temporel inéluctable.

La Yari présente un avantage considérable pour toucher l’adversaire sans se faire toucher, notamment contre les charges de cavalier. Dans le film Braveheart  de Mel Gibson, une scène montre l’intérêt d’une pique de plusieurs mètres pour contrer la charge des cavaleries.

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Ashigaru armés de Yari

Un passage que j’apprécie particulièrement par le réalisme de la séquence (malgré quelques faux raccords) où les paysans écossais affrontent à effectif réduit l’armée anglaise.

Au début de la bataille, les écossais décident de faire partir du champ de bataille leur cavalerie pour donner l’impression aux anglais que leurs troupes se dispersent et battent en retraite. Les seigneurs anglais décident alors d’envoyer leurs cavaleries pour terminer  le travail commencé par les archers.

Les lances, reposant sur le sol, sont alors brandies au dernier instant par l’armée écossaise ce qui leur permis de repousser la puissance de la cavalerie anglaise.

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9 réflexions sur “Yari, la puissance perforante des Ashigaru

  1. Konbanwa Alex,

    Tu te lances dans l’étude du Shinto et de son symbolisme?
    Tu n’a pas fini!-)
    A noter que le So Jutsu; l’art de la Yari se pratiquait aussi bien à pied qu’à cheval, la longueur de l’arme étant bien sûr différente dans les deux cas!
    Il y avait aussi le Nage Yari Jutsu qui consistait à lancer la lance, aussi bien à pied qu’à cheval!

    Bien des Bushi, experts en sabre, ont été vaincus par cette arme lors des différents affrontements et ce n’est pas pour rien que dans certaines Koryu on abordait l’étude du sabre contre la lance pour les pratiquants ayant déjà acquis un certain niveau de connaissance! (par exemple la Tenshin Shoden Katori Shinto Ryu).

    Mata ne.

    Jean Luc

    • Konbanwa Jean Luc,

      Effectivement, je pense que pour comprendre le sens des budos, connaître quelques références sur le Shintoïsme peut être un plus dans la compréhension de la voie.
      La Yari est une arme qui me paraît extrêmement intéressante et destructrice comme on peut le voir sur la vidéo.

      C’est d’ailleurs une arme très intéressante pour réaliser les Tanrens puisque son poids et sa longueur obligent à utiliser notre corps dans son ensemble. En unissant toutes les parties du corps. C’est d’ailleurs une arme avec laquelle je m’entraine régulièrement lorsque je rentre en Limousin 🙂
      Les katas avec Yari du Tenshi Shoden Katori Shinto Ryu sont d’ailleurs passionnants.

      Mata ne!
      Alex

  2. Konbanwa Alex,

    l’avantage de la Yari lors des Tanren, c’est qu’elle amplifie bien toutes les erreurs commises! -)

    Le combat sabre contre Yari est particulièrement difficile et ramène le pratiquant de sabre à plus de modération, voire de modestie, surtout quand il est incapable de rentrer dans une distance compatible avec son arme lui permettant de vaincre!
    Mais si on y arrive, la progression en combat de sabre est fulgurante!

    Mata ne.

    Jean Luc

    • Konbanwa Jean Luc,

      N’ayant pas le niveau de travailler contre une Yari, je n’ai essayé que très rarement. C’est un travail difficile mais très intéressant car les notions de Maaï ne sont plus les mêmes face à une Yari. Néanmoins j’utilise régulièrement la Yari pour le travail contre différentes armes et notamment les Tanren. Il est vrai que la longueur et le poids de l’arme amplifie les défauts et erreurs commises ^^

      Mata ne!
      Alex

  3. Alut.
    Il y a dix ans la quasi totalité des anciens niaient toute relation entre le jo, le yari, et l’aikido. On se demande pourquoi. Tout au plus savait-on que O sensei utilisait le jo d’une façon unique, spécifique et comme un objet hybride et synthétique.

    Bien sûr les tanren.

    Reste maintenant à retrouver dans l’aikido les mouvements de la lance (et des autres armes), les coupes, les directions.
    Quels sont les mouvements reliés à irimi nage par exemple.
    Faire la part des choses entre ce qui est le linéaire et la spirale.
    Pourquoi une coupe au genou, dans quel sens, faut-il tirer ou ne tire t-on jamais?
    Distinguer le tsuki classique du tsuki face à plusieurs adversaires.
    Comprendre l’orientation des hanches.
    Faut-il préférer l’estoc ou la taille.
    Quel est le sens des changements de main au jo/yari.
    En quoi le yari n’est pas du jodo.
    Saisie ferme ou légère, à quel phase du mouvement.
    Quel est l’intérêt du lemniscate et où / comment le trouver.
    Face à un ken…

    Voilà une liste sommaire qui recouvre des centaines de mouvements.

    Bon courage Padawan.

    • Salut Obi Wan,

      Merci pour ta lecture est ton commentaire. Les questions que tu soulèves sont vraiment intéressantes et mérites que l’on s’attarde dessus pour progresser.
      Bonne journée,

      Alex

  4. Pour rebondir sur le titre de ton article, il faut préciser que si l’estoc, la puissance perforante est bien sûr une possibilité de la lance, elle n’est pas la seule puisque la taille, les coupes sont aussi sinon plus importantes…

    Cité par Roland Harbesetzer, qu’on ne présente plus…

    Dans Fabrice Cognot, ouvrage collectif Arts de combat
    Seul contre tous: le combat à plus de deux adversaires de Michael Huber

    « Si l’estoc est très utile est très utile contre un seul adversaire, contre plusieurs ce coup est à réprouver, il convient alors de n’utiliser que les coups de taille.

    En effet il est essentiel pour le combattant isolé de se garantir un espace vital autour de lui dégagé de tout adversaire afin de les forcer à avancer plus lentement, lui donnant ainsi le temps de voir la menace principale et de la traiter en priorité.

    Un coup d’estoc qui ne porte pas ne permet pas de se couvrir suffisamment car sa trajectoire est bien plus réduite que celle des coups de taille qui eux dégagent un espace important autour du défenseur.

    Un combattant pourra esquiver plus facilement l’estoc sans reculer, augmentant ainsi la pression sur l’infortune qui ne pourra pas indéfiniment reporter son inévitable défaite ».

    On comprend alors d’autant mieux l’importance de la lance pour O sensei et son intégration dans les principes stratégiques de l’aikido.

    Et même si le tsuki existe….. il n’est pas linéaire.

    Bon courge

    • Tout à fait d’accord avec toi, c’est un point que j’ai oublier de préciser et tu fais bien de le rappeler. Il est certain que les coups de tailles offres un avantage indéniable face à plusieurs adversaires. Mais même si la pratique s’est développée dans ce sens à la longue au travers des différents Koryus, à l’origine la Yari était essentiellement une arme longue destinée à perforer sur un champ de bataille. Sachant que le nombre de guerriers présents limité considérablement les possibilités de manipulation de l’arme et qu’elle pouvait mesurer jusqu’à 6m de long. Par contre dans le cadre d’un combat isolé face à plusieurs assaillants il va de soi que les coups de taille offrent un aspect stratégique important.
      Merci beaucoup pour ton apport et les informations complémentaires que tu apportes 🙂

      Alex

  5. Pingback: Araki Ryu, l’art de la survie | Budo Musha Shugyo

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