Légèreté et Musubi au travers de la pratique de Kyozu Mifune et Hino Akira

J’aime parcourir le net à la recherche de nouvelles vidéos susceptibles d’enrichir mon travail et mes recherches. Des vidéos amateurs, aux vidéos de stage en passant par des vidéos de démonstration, la toile présente aujourd’hui un merveilleux outil, ouvrant sur le monde les différents possibles du corps humain. Parmi elles, des vidéos reviennent régulièrement dans les onglets de vidéos similaires, des vidéos d’archives dont l’une me fait particulièrement penser au stage de Hino Senseï qui a eu lieu il y a maintenant deux semaines.

Hino-Iai-01

Une vidéo vue et partagée à mainte reprises, mais une vidéo qui rentre dans la catégorie des images immanquables. Elle appartient à ce genre de documents que l’on peut regarder des milliers de fois sans se lasser. Peu importe le moment, le nombre de fois, le plaisir du visionnage reste présent, et il semble qu’à chaque nouvelle lecture elle soit source d’apprentissage.

Il s’agit de la vidéo de Kyuzo Mifune. Célèbre budoka du XXème siècle. Proche de Jigoro Kano, et enseignant de Minoru Mochizuki, fondateur de l’école Yoseikan, il est surnommé le « Dieu du Judo ».

 

Souplesse et légèreté du déplacement

Lorsque l’on regarde sa façon de se mouvoir on peut constater que la pose de ses appuis reste légère, ses déplacements souples.

La mobilité des appuis  semble être, au travers de cette vidéo, une solution plus appropriée qu’une position forte laissant à l’adversaire la possibilité de se déplacer plus rapidement.

Lorsque l’on s’ancre dans le sol, les appuis sont généralement lourds et il devient difficile de pouvoir se déplacer. Une poussée sur le sol, faisant appel à une mise en contraction d’une chaine musculaire et un transfert de poids, rend alors le déplacement visible.

Mifune 5

Dans les dernières études sur la réponse musculaire, on constate qu’entre la prise de décision et la contraction il y a un tenmps de latence, que l’on réduit avec l’entrainement mais qui augmente à partir d’un certain âge.

Si on prend le postulat qu’avec l’âge, les capacités diminuent, il semblerait qu’avec le temps notre capacité à nous déplacer diminue rapidement aussi.

Lors du  dernier stage de Hino Akira Senseï, celui a insisté à plusieurs reprises sur le fait de ne pas prendre d’appuis au sol et ne pas pousser lors de la réalisation de techniques et de frappes.  Cette idée rejoint le principe de corps flottant que l’on retrouve dans certaines écoles traditionnelles japonaises.

S’harmoniser, fusionner…

Savoir donner, développer une puissance corporelle me semble être un élément intéressant dans la pratique si celui-ci est le résultat d’une utilisation globale du corps et non une somme de forces musculaires juxtaposées. Néanmoins ne faire que ce type de travail me semble être un piège, dans le sens où plus on s’y enferme plus on risque de rentrer dans une forme où l’on cherche à imposer sa puissance au risque de passer à côté de ce que peut nous donner l’adversaire.

Lorsque nos capacités s’amoindrissent il devient difficile d’imposer sa force face à de jeunes pratiquants expérimentés, alors comment prendre l’avantage?

Lors de son stage Hino Senseï nous a fait travailler divers exercices au cours desquels il profitait du mouvement qui lui était donné pour pouvoir mettre l’adversaire hors d’état de nuire.

photo Hélène Rasse

photo Hélène Rasse

Cette idée rejoint le système de danse contact où le principe et de donner un mouvement qui agit sur le partenaire à partir duquel celui-ci pourra ensuite donner un mouvement. Une sorte de dialogue qui s’instaure entre deux pratiquants cherchant à profiter du mouvement qui lui est donné jusqu’à qu’il y en ait un qui se retrouve sans solution. A ma connaissance Hino Akira pratique ce type de danse et l’on peut voir sur cette vidéo un exemple de ce travail, qui se ressent fortement dans sa pratique.

Généralement lors d’un état de stress, de tension, on a tendance à se durcir et l’on rentre dans un combat d’opposition. Qui dit opposition parle alors de puissance et l’on sait que lorsque deux puissances s’opposent, la plus grande l’emporte…

Au regard de la vidéo de Kyozu Mifune, on constate que ses adversaires sont plus puissants que lui mais celui-ci semble dominer largement le combat. Profitant du mouvement qui lui est donné pour ne pas être projeter mais également pour réaliser des Kaeshi Waza. La disponibilité et l’écoute dont il fait preuve lui permettent de contrer systématiquement toutes les attaques dirigées contre lui en fusionnant, s’harmonisant au travail de son adversaire.

Mifune 3

La capacité à donner mais surtout recevoir me semble être une piste de travail intéressante.

Il faut parfois savoir donner aux autres mais également être capable de faire preuve d’humilité pour partager et avoir la possibilité de recevoir quelque chose des autres et avancer…

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12 réflexions sur “Légèreté et Musubi au travers de la pratique de Kyozu Mifune et Hino Akira

  1. Konbanwa Alex,

    En plus le Kumikata (saisie de la veste) de Mifune kyuzo Sensei est très léger. Ses bras ne font pas les « brancards » mais sont relâchés donc disponibles face à l’ action de l’adversaire. Son corps est aussi droit, relâché et disponible et non pas « cassé » comme on le voit souvent dans la pratique actuelle du Judo de compétition. Grâce à cela, il maîtrise parfaitement les Tai Sabaki qui sont en fait générer par l’ action de l’ adversaire (son attaque ou son déplacement) ce qui lui permet de contrer l’ adversaire ou même de porter une attaque pratiquement en Sen No Sen.

    Mata ne.

    Jean Luc

    • Konbanwa Jean Luc,

      Lorsque l’on regarde les vidéos de Judo actuelles, il semble qu’énormément de principe ont disparu au fil des années. Heureusement des Senseï et pratiquants isolés continuent de rechercher et cultiver un travail aussi riche que celui de Kyuzo Mifune 🙂

      Mata ne!
      Alex

  2. Pingback: Légèreté et Musubi au trav...

    • Bonsoir,

      Bien évidemment il existe encore des dojos où cette forme de pratique se fait, et je pense que c’est une grande richesse. Néanmoins, le monde des sports à envahit le monde des arts martiaux, et cette forme de pratique s’estompe peu à peu. Je suis heureux de voir que se style continu de perdurer malgré les années qui s’écoulent et vous souhaite une bonne pratique 😉

      Cordialement,
      Alex

  3. Pingback: Akira Hino’s book translation by Yuko Takeda | Budo Musha Shugyo

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