Sortir des sentiers battus pour s’élever: l’exemple de Tamura Senseï et Mochizuki Senseï

A notre époque, le marché du travail est de plus en plus exigeant et la crise économique n’arrange pas les choses. Alors que le chômage est en hausse depuis les cinquante dernières années, de récentes études montrent qu’à l’avenir, une personne optera pour une reconversion professionnelle environ 3 fois dans sa vie. Du haut de mes petites 24 années, j’avoue également y penser…

chomage

Le phénomène reste encore marginal en France, avec seulement quelques milliers de personnes qui franchissent le cap chaque année. Prendre un nouveau départ, sortir de son quotidien pour braver l’inconnu, quitter ses habitudes pour se lancer à l’assaut de son destin, accepter de briser sa routine et s’ouvrir au changement n’est pas si facile.

C’est une chose que j’admire beaucoup chez les personnes qui m’entourent et dont peu de personnes trouvent la force de franchir ce cap. Je ne sais pas moi même si je trouverais l’énergie de le faire si l’occasion se présentait à moi :-).

Peu importe les conséquences futures et les voies que ces personnes emprunterons, cette démarche est certainement la marque d’une maturité et de réflexions profondes sur soi à l’origine d’un cheminement personnel.

« En vérité, le chemin importe peu, la volonté d’arriver suffit à tout » Albert Camus

Chemin Volcans d’Auvergne

Chemin Volcans d’Auvergne

Sortir de son cloisonnement pour avancer

J’ai été extrêmement touché par l’article de Léo: It Had to Be Felt -Tamura Nobuyoshi: The Sharp Blade. L’état d’esprit dont a su faire preuve Tamura Senseï , la capacité de remise en question de son travail et son intérêt pour des façons d’aborder la pratique autres que la sienne, comme celle de Kuroda Senseï, sont les signes d’une grande sagesse.

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Kuroda Tetsuzan

Alors qu’il avait atteint le sommet de son art, qu’il animait des stages au delà des frontières, attirant toujours plus de pratiquants….

Alors qu’il était à la tête d’une grande famille et qu’il aurait pu se contenter de ses acquis…

Alors qu’il avait atteint un très haut niveau de maîtrise, il a su sortir du cloisonnement de la pratique pour s’intéresser à d’autres horizons et alimenter sa pratique pour emmener son art au plus haut niveau…

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Tamura Nobuyoshi

Certains lui jetteront la pierre pour avoir pratiqué autre chose que de « l’Aïkido », je vois  déjà les puristes critiquer ce post  et toutes informations allant dans ce sens… Alors que l’on pourrait se demander quelles sont les limites de l’Aïkido? Y en a-t-il vraiment lorsque les principes fondateurs restent présent?

Si l’on prend le système de progression Shu, Ha, Ri, n’y a-t-il pas la présence d’une exploration personnelle suivie d’une libération de sa pratique vers l’ensemble des arts au delà même des frontières d’une seule pratique.

( Shu, Ha, Ri correspond à un système de progression que l’on retrouve au sein des arts martiaux japonais.
Shu correspond à une période d’intégration où l’élève recopie la forme qui lui est enseignée.
Ha correspond à la période d’exploration où l’élève va faire ses propres expériences pour assimiler et développer ce qu’il a reçu dans la période Shu.
Ri est la dernière étape, où l’élève après avoir exploré se libère de la forme qui lui a été enseignée pour devenir maître à son tour et laisser son art s’exprimer à travers lui. )
 

Personnellement,  je trouve remarquable, surtout à un âge avancé dans la pratique de faire preuve d’autant d’introspection, d’être capable de mettre son ego de côté et adopter l’esprit de Shoshin pour continuer de progresser, quand certains se contenteraient, se flatteraient de leurs acquis en pensant que les autres sont dans l’erreur.

Cet article a fait ressurgir en moi des paroles prononcées par Mochizuki Senseï lors de différents stages. Il a souvent parlé d’être capable de vider sa tasse pour pouvoir aller observer ce qui se fait ailleurs.

Mochizuki Hiroo

Mochizuki Hiroo

A l’origine de la création du Yoseikan Budo, il a toujours incité ses élèves et stagiaires à s’intéresser aux autres disciplines pour voler ce qu’il y a de bon à prendre et le digérer, l’épurer pour alimenter notre propre parcours. Il nous disait souvent « dans les arts martiaux la seule limite technique qui existe est nous même, notre propre esprit d’ouverture et de créativité ». Je pense que ce sont des paroles applicables pour beaucoup de domaines de la vie.

Vider sa tasse, l’esprit du Shoshin

Les parcours d’Hiroo Mochizuki et Tamura Nobuyoshi me font étroitement penser à la capacité d’adopter l’esprit du Shoshin à tous les stades de la pratique.

Mochizuki Hiroo, André Nocquet, Tamura Nobuyoshi

Mochizuki Hiroo, André Nocquet, Tamura Nobuyoshi

Hérité du Bouddhisme, l’esprit du Shoshin, l’esprit du débutant, est un concept que l’on retrouve dans la culture martiale Japonaise. Il s’agit d’adopter l’attitude et l’état d’esprit de celui qui aborde une pratique pour la première fois. Comme dans l’étude du Zen, l’esprit du Shoshin est considéré comme l’un des fondements clé de l’atteinte de l’éveil.

zen

Chaque personne étant nourrie d’idéologies, de préconceptions, il est question de les surpasser en faisant abstraction de ses acquis, fruits de notre parcours personnel, pour tirer l’essence même d’un nouvel enseignement. Paradoxalement, alors que la pratique devrait mener à l’ouverture d’esprit, il est d’autant plus difficile d’adopter l’esprit du Shoshin que l’on avance dans la pratique. Certainement une des sources de la maturation, il est nécessaire de garder à l’esprit ce concept pour continuer à progresser.

Apprendre à sortir de soi, de son cloisonnement, amené par nos habitudes, pour pouvoir continuer d’avancer…

Je terminerais par une célèbre histoire illustrant l’esprit de Shoshin:

« Un célèbre maître de zen reçoit un jour la visite d’un homme qui déclare vouloir étudier avec lui. Le maître l’invite à boire le thé pendant que le visiteur lui expose son passé, lui décrit son cheminement spirituel, ses découvertes, ses réflexions et nomme les maîtres qu’il a côtoyés.
Le maître écoute patiemment et recommence à lui verser du thé dans sa tasse déjà pleine. Celle-ci se remplit à ras bord et finit par déborder, le thé coulant tout autour. L’élève s’écrit alors « Que faites-vous?! Ma tasse est déjà pleine! ».
Et le maître lui répond « Comment voulez-vous qu’un enseignement pénètre votre esprit alors qu’il est déjà plein comme cette tasse? »

japon17

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7 réflexions sur “Sortir des sentiers battus pour s’élever: l’exemple de Tamura Senseï et Mochizuki Senseï

  1. Konbanwa Alex,
    Superbe article illustrant une des principales attitudes à avoir dans l’ étude du Budo! J’ essaie toujours de suivre ce concept et de remettre en question tout ce que je sais auprès de tous les Sensei que je peux rencontrer ou du moins observer leur pratique dès que l’ occasion se présente! Quant aux puristes laissons les à leurs critiques et à leurs fermetures et continuons à pratiquer avec tous ceux qui peuvent nous aider à progresser dans notre propre voie même si elle est en dehors de toute voie « officielle »!
    Mata ne!
    Jean Luc

    • Konbanwa Jean Luc,

      Je crois que l’esprit du Shoshin est une attitude nécessaire pour pouvoir avancer. Malheureusement on a tendance à trop souvent l’oublier et passer à côté de divers enseignement au quotidien. Tamura Senseï et Mochizuki Senseï sont tout deux de beaux exemples pour illustrer cet état d’esprit^^.

      Mata ne!
      Alex

  2. Konbanwa Alex,super article je pense que cela peut être applicable ailleurs que dans la pratique martial ,dans la vie de tous les jours .c’est avec grand plaisir que je lis tes articles qui nous amene sur d’autres chemin comme dit dans l’article mata ne alex

    • Salut Philippe,

      Les principes inhérents des budos semblent être applicables à tous les domaines de la vie. Je pense qu’à long terme, lorsqu’on les a intégré,ils s’expriment librement à travers nous au quotidien.
      A bientôt 😉

      Alex

  3. Pingback: Sortir des sentiers battus pour s'élever: l'exemple de Tamura Senseï et Mochizuki Senseï | budo | Scoop.it

  4. Pingback: Dame na Keïko et Heta na Keïko: retour sur le dernier stage de Kuroda Senseï | Budo Musha Shugyo

  5. Pingback: Ueshiba senseï et Tamura senseï with Children part 1: 初心 Shoshin l’esprit du débutant, l’exemple des enfants | Budo Musha Shugyo

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