Irimi: des Bujutsu à la vie quotidienne

Les Bujutsu, aux origines du concept d’Irimi

Irimi est un des principes fondamentaux des arts martiaux japonais, que l’on retrouve  au sein de la plupart des écoles de l’archipel. Composé du verbe Ireru qui signifie « mettre » (à l’intérieur ) et du terme Mi qui signifie « corps », on peut le traduire par « rentrer dans le corps de l’adversaire ».

On peut l’interpréter au sens de prise du contrôle de l’adversaire, c’est à dire la prise du centre. Il s’agit alors de rentrer pour prendre la place du corps adverse, le déstructurer, et donc entrer dans l’attaque adverse pour le neutraliser. Au regard de ma pratique j’aime l’image de rentrer pour transpercer ou passer au travers du corps adverse car cela implique un mouvement direct, en ligne droite, c’est à dire l’emprunt du chemin le plus court possible.

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Concept d’Irimi: Léo Tamaki, NAMT 2012
Photo de Olivier Le Rille

Irimi trouve sa place dans une logique martiale, au sein d’une situation où l’intérêt est de mettre fin au combat le plus rapidement possible. Aller le plus directement possible vers l’adversaire, en ne lui laissant aucune chance de pouvoir mener son attaque jusqu’au bout, présente alors un intérêt particulier.

Cela passe bien évidement par des qualités indispensables telles que la compréhension du Ma-aï, la lecture de l’intention, la capacité à rendre son mouvement le moins perceptible possible etc…

 

Irimi et l’Aïkido

Au regard de l’Aïkido, Irimi n’est plus une arme pour vaincre un ennemi mais pour mettre fin au conflit avant même qu’il n’ait eu lieu. Les principes de Yomi, Hyoshi et Ma-aï sont alors en étroite relation afin de partir au moment même où l’attaque est pensée par l’adversaire.

Au premier abord, cette notion fait appel à une notion de sacrifice où l’on dicte au corps d’avancer malgré le danger. Une action qui va à l’encontre de notre mode de pensée habituel qui nous dit de reculer pour éviter le danger. Cet élément demande alors un haut niveau de maîtrise dans le sens où il fait appel au dépassement de nos craintes, nos peurs tel que le danger, la mort. Il faut alors savoir abandonner ses pensées pour ne penser qu’à l’instant présent et non aux conséquences de nos actes.

Photo de Johann Vayriot

Photo de Johann Vayriot

Irimi semble un des principes les plus difficiles à acquérir et pour y parvenir il semblerait qu’une des clés soit la capacité à ne pas figer son esprit sur l’attaque, sur ses émotions, mais de laisser circuler son esprit librement.

Si l’esprit s’arrête, pense, le combat est déjà terminé…. L’esprit ne doit pas s’arrêter sur l’adversaire, la technique ou son arme. Il doit bouger librement avec l’ensemble du corps. Cet aspect de la pratique est ce que Takuan Soho appelle « l’esprit de non pensée ».

Ainsi le corps devient capable d’avancer en ligne droite pour arrêter le conflit avant même que l’adversaire et eu le temps d’agir ou finaliser sa technique. Destiné à détruire, Irimi devient alors un acte d’harmonisation. De l’idée initiale d’entrer dans le corps de l’adversaire pour détruire, il devient l’idée d’entrer en contact avec l’adversaire pour ne faire qu’un et s’harmoniser, fusionner avec lui pour le guider et interrompre le conflit. Il est alors un acte de paix et devient complémentaire des principes d’Awase et Musubi.

 

Irimi ou comment avancer au quotidien

Les arts de guerre n’ayant plus d’intérêt à l’heure actuelle, je pense que comme tout art, les budo sont destinés à élever l’homme comme l’ensemble des arts existants et j’aime me torturer l’esprit à transposer chaque principe à ma vie quotidienne. J’essaie de trouver un sens à chaque idée qui traverse mon esprit en cherchant à y trouver un intérêt tout en épurant le fruit de mes réflexions.

Avancer, aller à l’essentiel des choses est un des principes qui a toujours conduit mes actes depuis ma jeunesse. J’ai appris progressivement à aller là où mon instinct me disait d’aller, de me rendre directement au cœur de mes envies sans m’attarder sur le superflu. Sans regret dans ma vie, mes choix font de moi ce que je suis aujourd’hui et je partage l’avis du dicton « il vaut mieux vivre avec des remords qu’avec des regrets ». Et le principe d’Irimi me paraît être un bon moyen de vivre sans regret.

Comme on vient de le voir, la notion d’Irimi nécessite la capacité à faire abstraction de ses peurs, de ses craintes pour avancer. Et bien que ces émotions soient parfois le moteur d’un avancement raisonné, réfléchi, elles sont parfois les freins de nos envies et de nos désirs. Ils est donc parfois bon de pouvoir oublier ses peurs et ne plus se figer dessus. La vie est courte et le départ étant imminent pour chacun d’entre nous, il est parfois bon de ne pas penser à « l’après » mais d’avancer au plus direct vers ce que l’on désire faire ou devenir. « Pourquoi te presses-tu? » me dirais-t-on. « Pourquoi je commencerai demain ce que je peux faire aujourd’hui? » répondrais-je.

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« Pourquoi te presses-tu? » me dirais-t-on. « Pourquoi je commencerai demain ce que je peux faire aujourd’hui? » répondrais-je.

Quoi de plus beau pour exister que de prendre les devants en avançant dans ses projets sans se laisser bloquer par nos craintes? Prendre les devants plutôt qu’attendre? Comme dans le monde du sabre, où arrêter « d’être » c’est être coupé, oublier d’exister ne serait-il pas le début de la fin?

Vaut-il mieux vivre en regrettant de ne pas avoir tenté? ou en s’étant donné les moyens de réussir?

Pour finir je dirais que notre avenir n’est pas le simple fruit du hasard et n’est pas tracé. A chacun d’écrire son histoire et de se donner les moyens d’exister et de s’harmoniser à nos envies… et comme le dit le célèbre poème de William Ernest Henley:

« Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme. »

plume

A chacun d’écrire son histoire

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11 réflexions sur “Irimi: des Bujutsu à la vie quotidienne

  1. Konnichiwa Alex,
    Je dirai que Irimi c’ est avancer son corps pour rentrer dans celui de l’ adversaire et ne faire qu’un.
    Au niveau de la sensation Irimi correspond au Sen No Sen au niveau interne. Par contre visuellement de l’ extérieur cela peut paraître Machi No Sen, Tai No Sen ou Sen No Sen, mais intérieurement c’ est bien Sen No Sen. Bien entendu les notions de Maai, Hyoshi et Yomi ne peuvent être séparées de Sen No Sen, donc Irimi.
    Un poème de Miyamoto Musashi illustre pour moi bien ce concept d’ Irimi dans le cadre du combat: « Sous le sabre haut levé, l’ enfer vous fait trembler,
    Mais allez de l’ avant,
    Et vous trouverez le pays de félicité! »
    A méditer et à interpréter!
    Pour le rapport à la vie quotidienne, tu as en partie raison, mais en général, cela se rapproche plus de la prise d’ initiative qui chez nous s’ appelle Sen que du concept d’ Irimi sauf dans le cas de certaines situations extrêmes car comme tu le dis il y a une notion de sacrifice (Sutemi) dans Irimi qui n’ est pas à mon avis primordiale dans la vie courante.
    Ne pas confondre les arts martiaux actuels même ceux dénommés avec le terme Jutsu avec l’ « art de la guerre »! Mais ce que tu appelles les arts de guerre ont néanmoins toujours un intérêt à être pratiqués avec une évolution due au contexte de la vie actuelle par une certaine catégorie de personnes!
    Mata ne§
    Jean Luc

    • Konbanwa Jean Luc,

      Le poème illustre effectivement bien la notion d’Irimi. Un vrai plaisir de relire les paroles de Miyamoto Musashi. Effectivement, la notion de sacrifice n’est pas primordial dans la vie. Néanmoins dans son sens le plus large le sacrifice n’implique pas seulement la perte de la vie mais parle aussi d’acquis, de biens personnels, d’habitudes, de confort etc… Bien souvent certaines personnes se bloquent dans leurs objectifs par peur de se rater, de perdre certains acquis, de changer certaines habitudes, de changer de mode de vie qui demande souvent quelques sacrifices (aussi petit qu’ils soient). Des peurs souvent justifier, puisque avancer fait appel à une certaine par d’inconnu, d’où mon idée d’essayer « d’aller de l’avant » en faisant abstraction de ce qui nous fait trembler et se donner les moyens de trouvez le « pays de félicité ». Qui ne tente rien n’a rien et se condamne à subir 🙂
      En effet, les arts de guerre ont toujours un intérêt à être pratiqués avec une évolution due au contexte de vie actuelle, tout dépend de la façon dont cela est étudié et quels enseignements les gens mettent derrière. Pour comprendre le principe je pense qu’il est important de ne pas se fixer de limite entre les Budo et Bujtsu et de pouvoir faire des liens entre les deux.

      Mata ne

      Alex 🙂

  2. oh c’est beau:)

    « Aussi étroit soit le chemin,
    Nombreux les châtiments infâmes,
    Je suis le maître de mon destin,
    Je suis le capitaine de mon âme. »

    Quand le guerrier rencontre le poète^^

    • Salut Julien,

      Effectivement très beau poème. Ce poème, nommé Invisctus (en latin cela signifie « invincible », « dont on ne triomphe pas »), a été écrit par William Ernest Henley sur son lit d’hôpital, suite à une amputation du pied. C’est certainement un de mes poèmes préférés^^.

      Voici la version intégrale:

      « Dans les ténèbres qui m’enserrent,
      Noires comme un puits où l’on se noie,
      Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
      Pour mon âme invincible et fière,

      Dans de cruelles circonstances,
      Je n’ai ni gémi ni pleuré,
      Meurtri par cette existence,
      Je suis debout bien que blessé,

      En ce lieu de colère et de pleurs,
      Se profile l’ombre de la mort,
      Et je ne sais ce que me réserve le sort,
      Mais je suis et je resterai sans peur,

      Aussi étroit soit le chemin,
      Nombreux les châtiments infâmes,
      Je suis le maître de mon destin,
      Je suis le capitaine de mon âme. »

      Je passerai au dojo courant mars!
      A bientôt,

      Alex

  3. L’envie de poursuivre ses rêves et de ne pas rentrer dans une routine…voila ma vision actuelle de la vie…ne pas se laisser allé par le système mais le contrôler, ne pas être esclave de sois même.

    • Salut Dams,

      Bonne réflexion, même si il n’est pas toujours évident de vivre ses rêves, je pense que comme le disais Albert Camus « En vérité, le chemin importe peu, la volonté d’arriver suffit à tout ».

      A bientôt,
      Alex

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