Écoute et Disponibilité: éléments indispensables dans l’apprentissage et le rôle de Uke

Uke, un Sempaï, un partenaire…

L’apprentissage est souvent rythmé par l’alternance du rôle de Uke et de Tori. Par défaut, Uke est celui qui fait travailler Tori. Traditionnellement ce rôle était celui du Sempaï. D’un niveau avancé, il était apte à prendre en main les élèves pour les guider dans leur apprentissage.

Le rôle de Uke est de donner le meilleur de lui même pour aider son partenaire à progresser, et non le bloquer (et parfois éviter toutes blessures ^^…)

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Léo Tamaki, nuit des arts Martiaux 2012
Photo de Olivier Le Rille

A mon sens une des qualités les plus importantes qui se dégage d’un bon Uke est sa capacité à être disponible, à l’écoute. Trop souvent encore, on rencontre des personnes qui continuent de flatter leur égo en bloquant le travail de leur partenaire d’étude, sans pour autant laisser travailler Tori.

Bloquer un mouvement connu est bien évidemment facile et ne relève d’aucun mérite de la part de Uke. Dans un situation de survie à la moindre réaction de l’adversaire il convient de réagir dans l’instant en adaptant les mouvements de son corps aux informations que l’adversaire nous donne. Quel est alors l’intérêt de bloquer son partenaire systématiquement?

Guider… bien plus que bloquer

Lorsque Tori commet une erreur, il est évidemment important de lui montrer. Mais la réussite du travail d’une personne dépend de son taux de réussite dans la pratique. Si l’on passe son temps à bloquer un individu il rentre alors dans un processus d’inhibition du sentiment de réussite qui est un élément motivationnel important de l’apprentissage.

A de rares exceptions prêt, un individu qui est placé dans une spirale de l’échec se voit progressivement baisser son estime de soi et finit par se bloquer, ne cherchant plus à comprendre ses erreurs, par démotivation. A l’inverse un individu qui se voit dans une spirale de progression, et donc de réussite, cherche généralement à aller plus loin et progresse généralement plus vite.

A mon sens ce ne sont pas les savoirs maîtrisés qui importent mais l’ensemble des sensations, des émotions que Tori va ressentir lui donnant le goût et l’envie d’apprendre d’avantage mais également des repères dans l’utilisation future de son corps. Ces repères sont également bons dans la progression de Uke et l’augmentation de son niveau de ressenti.

Photo de Fx Berthelot

Photo de Fx Berthelot

Bloquer avec modération est bien évidemment indispensable pour montrer les erreurs à Tori et comprendre parfois la façon dont le corps doit être utilisé. Encore faut-il avoir compris soi-même le travail demandé en tant que Uke, auquel cas il est parfois préférable de laisser Tori travailler sans le bloquer 🙂

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16 réflexions sur “Écoute et Disponibilité: éléments indispensables dans l’apprentissage et le rôle de Uke

  1. Je suis tout à fait d’accord, mais surtout pour le dernier paragraphe. Combien de fois voit-on des personnes bloquer un moment, ou placer un atemi en tant que Uke alors que eux même ne maîtrise pas le mouvement et son esprit.
    Pour ma part, j’essaye de ne jamais bloquer ; par contre il ne faut pas non plus être complaisant : quand le mouvement ne déséquilibre pas ou n’entraîne pas, pourquoi tomber ?
    Juste avec les débutants de mon club, je me permets de bloquer. Mais je ne bloque q’un seul moment en laissant passer les autres erreurs. L’objectif est de laisser Tori porter toute son attention sur ce point, et progresser sur ce point. Quand cela réussit, c’est une marche gravie de plus !

    • Bonjour Paul,

      Il est en effet très désagréable de voir des anciens bloquer le travail des néophytes. Et il est tout à fait nécessaire de bloquer un mouvement erroné. Mais ce post concerne le cas d’un Uke Sempaï, c’est à dire un Uke plus ancien capable de prendre en charge un débutant dans une forme de travail particulière.
      Avec des débutants, il est à mon sens intéressant de bloquer 2 ou 3 mouvements sur 4 mais de laisser le 4ème se réaliser en entier afin qu’il puisse prendre conscience du mouvement dans son ensemble. Je ne trouve pas d’intérêt à bloquer constamment un pratiquant qui ne connait pas ta forme de travail. Il est également intéressant de guider le mouvement pour aider Tori à comprendre et avoir de bonnes sensations.

      Dans le cadre d’un élève ayant quelques années de pratique, effectivement bloquer un mouvement faussé est indispensable et cela fera l’objet d’un autre post. Je pense qu’il faut bien discerner le rôle d’un Uke avec un débutant et un Uke avec un pratiquant confirmé. Encore une fois faut-il être capable de comprendre le travail et de bloquer correctement Tori pour le faire progresser 🙂

      Cordialement,

      Alex

  2. Argumentation de l’ échec un peu trop Education Nationale et pseudo peda-psychologie! Réfléchis à la formation d’ un guerrier capable d’ affronter tous les problèmes de la vie! La formation actuelle en arts martiaux ne le permet plus! Pourquoi?

    • Bonjour Jean Luc,

      Comme je le disais à Paul, ce post ne concerne que le cas d’un Uke Sempaï avec des Uke qui ont un niveau supérieur à Tori et ne concerne qu’une forme de travail en particulier, qui est l’étude technique d’un mouvement. A mon sens il existe plusieurs formes de travail avec un niveau d’adversité plus ou moins grand suivant le niveau de son partenaire.

      Je ne dis pas qu’il ne faut pas bloquer un mouvement erroné et être concilient, j’énonce simplement le fait qu’il est important de pouvoir laisser une personne pouvoir travailler un mouvement sans pour autant passer son temps à bloquer son travail. A mon sens le travail de Tori et Uke est un dialogue pour progresser l’un l’autre. Bloquer de façon systématique une personne mène les deux pratiquants dans une impasse.

      Une fois que l’étude du mouvement et de l’utilisation du corps est comprise il est alors intéressant d’augmenter le niveau d’opposition et d’adversité. Je pense que bloquer 2 ou 3 mouvements sur 4 est amplement suffisant pour une étude technique.

      Pour ce qui concerne un travail avec des étudiants avancés, je pense que le rôle de Uke doit être dissocier de celui avec un néophyte. D’où l’intérêt d’être disponible et à l’écoute pour pouvoir adapter son travail au niveau de ses partenaires.

      Quant au débat sur les théories de l’éducation nationale, pédagogiques ou psychologiques, ce blog n’est pas le lieu pour en débattre 🙂

      Amicalement,
      Alex

  3. Salut Alex, je suis tout à fait d’accord avec ce que tu viens de dire, pour l’avoir vécu au dernier stage, je sais comme il est difficile de passer outre, perso, j’ai peut être encore bien trop d’orgueil pour que ce genre de dérive ne me touche pas, en général quand je suis bloquée 4 fois par un Uke qui tente de me faire comprendre quelque chose (avec bien peu d’ empathie) c’est à ce moment précis que je me renferme. C’est dire si cette façon d’être/cette façon de faire est fertile….
    Ce week end c’est promis, je prendrai sur moi 😉

    Tite Marie

    • Salut tite Marie,

      C’est exactement le problème que j’essayais de soulever. Quel intérêt à bloquer quelqu’un 10 fois sans empathie dans un travail d’étude technique? Pourquoi ne pas dialoguer et peut être à un moment donné guider le travail de son Tori pour l’aiguiller sur ce qu’il y a à faire ou peut être prendre l’initiative de faire le mouvement sois même pour faire ressentir à Tori ce qu’on essaye de lui pointer du doigt?

      Lors du stage à Valence avec Kuroda Senseï, lorsque l’on travail avec Waka Senseï ou Yamada San, il arrive que l’on passe un certain temps à ne pas réussir le mouvement (on n’y arrive d’ailleurs rarement à la fin du stage… XD) mais Waka Senseï ou Yamada San laissent parfois le mouvement se réaliser et n’hésitent pas à pointer du doigt en te manipulant, te guidant ou en faisant le mouvement pour te montrer… Ce n’est pas pour autant que l’on croit avoir compris le travail, et que l’on est pas conscient des points qui pêchent, bien au contraire… D’où pour moi la capacité a être disponible et à l’écoute de Tori en tant que Uke. Suivant le niveau de notre partenaire je pense que l’on doit être capable d’adapter notre façon de réagir pour l’aider à progresser. Je parle bien évidemment dans un contexte d’étude et non de travail libre avec adversité où le fait de bloquer se justifie amplement :).

      Amicalement,
      Alex

  4. Même au niveau de l’ étude, il est intéressant d’ avoir des Uke du type que tu décris car ils nous mettent devant divers problèmes à résoudre à commencer par celui de notre incapacité à réaliser le travail demandé, à utiliser correctement notre corps, à réagir positivement face à un Uke refusant volontairement ou non à travailler comme il est demandé. Cela peut être frustrant au premier abord, mais c’ est en fait une excellente leçon pour soi et permettra de mieux appréhender avec un Uke plus correcte. Les techniques n’étant que des outils pour apprendre certains concepts, ce n’ est pas le final qui compte mais comment nous avons agi avant. Y arriver de suite ne permet pas de comprendre, par contre les difficultés et échecs nous y aideront mieux. Même avec le Uke le plus mauvais, qui bloque tout on peut progresser et aller très loin dans la compréhension. Bien sûr avec les débutants il faut éviter qu’ ils travaillent avec ce genre de Uke, mais ce n’ est pas toujours possible. Problème à résoudre dans l’ instant. Quand au refus de l’ échec ou du fait que cela bloque dans la progression cela se retrouve à tous les niveaux et pas seulement dans les arts martiaux. Et cela a été développé par qui? Même si à première cela semble hors sujet du blog! On ne peut y échapper car elle a conditionné bien des comportements et raisonnement!
    Maintenant, il y a aussi le cas du Uke Senpai qui a une attitude très mauvaise envers un élève, il y en a malheureusement et là l’ enseignant se doit d’ intervenir envers ce genre de pratiquant. Sinon la plupart ont une réaction d’ego vis à vis d’ un partenaire moins expérimenté. Par contre d’ autres ont le comportement inverse avec trop de complaisance. On apprends aussi à devenir Uke et ce n’ est des plus facile. Beaucoup plus difficile qu’ on le croit même pour ceux qui ont des années de pratique.

    • Effectivement les Uke de ce type sont nécessaires dans l’apprentissage et par définition toutes les techniques doivent pouvoir être exécutées avec n’importe quel Uke. Et tout stage sans son Uke bucheron ne serait pas un stage XD. J’ai surtout mis ce post en ligne afin de pouvoir amener une réflexion sur son propre rôle de Uke. Bloquer oui mais pas de façon systématique et de manière utile. Bloquer avec qui? dans quel contexte? comment progresser dans sa pratique au travers du rôle de Uke? Être à l’écoute et disponible ne signifie en aucun cas être complaisant! 🙂
      A savoir que l’écoute et la disponibilité sont en lien avec la sensibilité pouvant déboucher sur la capacité d’adaptation à partir de ses ressentis pour pouvoir faire des Kaeshi Waza etc…

      Alex 🙂

  5. Le relâchement est souvent a tort pris pour soit être mou ou être complaisant…

    Si j’ai bien compris on Parle d’un Uke Sempai (donc juste plus vieux dans la discipline par forcement meilleur)

    je pense comme toi que de bloqué de façon constante n’est pas intéressant….

    j’ai fait un post qui s’appelle « les Samurai de l’infini » qui explique ma vision de la chose, arrêté une technique quand on connait la réponse vraiment,c’est contre productif….

    Je pense même que l’on peut avec le relâchement et en suivant de façon correcte faire comprendre par soi même a Tori qu’il se trompe, c’est la meilleur facon pour ma part

    J’ai envie de dire par expérience quand un gars met tout son poids et travail de façon statique sur une saisie de la main par exemple, on peut etre le plus fort du monde cela ne donnera rien de bon.

    je dirai meme dans ce cas de figure je lui mettrai un atemi ou le ferai tomber par terre en utilisant sa force, ou coup de pied ou tete mais je n’aurai pas travailler mon Aikido….

    En jyu waza c’est bizarre car la donne change souvent 😀

    En tant que Sempai j’accompagne le mouvement, guidant meme Tori pour lui faire ressentir ou se trouve mon déséquilibre ..Etc

    Apres si la personne se désuni ou perd le contrôle de l’équilibre dans sa technique…

    je fait mon maxi pour de facon relâché et non en force j’y tiens !!

    a lui placé de temps en temps une contre prise et généralement cette méthode permet de faire comprendre plus que par les mots les erreurs….

    J’ai toujours entendu dire « le travail de Uke est plus intéressant »

    • Je viens de relire ton post et je suis d’accord avec toi. En effet les gens ont du mal à dissocier mollesse et relâchement, et c’est parfois un vrai problème dans la pratique.
      Je trouve que rester relâcher permet à son corps de s’adapter naturellement au travail de Tori et de ressentir ce qui se passe à l’intérieur de lui. De plus cela permet une plus grande capacité d’adaptation et je trouve beaucoup plus intéressant de réaliser une contre technique ou signaler une erreur. En général Tori retient assez vite les conséquences de ses erreurs :-). Bloquer intelligemment le mouvement est aussi intéressant si le Uke a compris le travail demandé…
      Sans volonté de la part de Uke de progresser dans son rôle et de te faire progresser, je pense que cela ne mène pas bien loin. Comme un Tori qui n’a aucune bienveillance envers son Uke d’ailleurs ^^.

      Bonne soirée,
      Alex

  6. Tu demandes beaucoup pour le rôle de Uke et dans le contexte des pratiques actuelles ce sera très difficile de trouver quelqu’un agissant ainsi s’ il n’ est pas d’ un certain niveau et préparé à ce rôle. Et aussi qu’il désire agir ainsi. Mais ce devrait plus facile à trouver dans le contexte de l’ Aikido que dans d’ autres disciplines, surtout les modernes. Dans les Koryu normalement le problème ne devrait pas se poser. Dans le cadre des sports de combat c’ est différent et pourtant paradoxalement il me semble que le partenaire a un comportement très correct dans le cas de l’ apprentissage technique ou stratégique.

    • C’est vrai que cela demande un certain niveau, je me cale sur les personnes que j’ai l’occasion de rencontrer depuis que je suis sur Paris qui m’ont permis de progresser en tant que Uke et aussi sur ce que j’ai pu ressentir du travail de Uke chez Yamada San et Waka Senseï à Valence cet été :-). Dans le cadre des sports de combat c’est en effet différent mais effectivement le partenaire est toujours très correct et bienveillant. Dans toutes les sales où je me suis rendu, que cela soit en Judo, Karaté, MMA ou autre, l’année dernière, c’est dans des stages d’Aïkido que j’ai rencontré les pires partenaires…^^ Mais aussi parmi les meilleurs (dans le cadre d’une étude technique). Mais je pense qu’il y a du bon et du mauvais dans toutes les disciplines, je pense que c’est avant tout un état d’esprit.

      🙂

  7. je pense que nous avons tous été débutants (et le sommes toujours…) donc cela dépend de la manière dont on aborde la pratique de l’aikido. A nos débuts de pratique,nous avons toujours essayé de bloquer au moins pour voir si la technique est efficace/marche ou pas. Dès fois on s’amuse intérieurement…mais plus tard on se rend compte que quand l’attaque est franche, la vitesse, l’énergie ainsi que la distance sont respectés et que tori respecte les même notions; il n’ya pas de raison qu’il n y es pas de réussite harmonieuse il se cache peut-être une sorte de complicité sans complaisance. Technique et énergie font harmonie

    • Bonjour,

      je te rejoins sur la position du débutant, et je pense qu’on le reste tant qu’on a encore des choses à apprendre, c’est à dire toutes notre vie :). Adopter l’esprit du Shoshin est sans doute ce qui me semble le mieux pour pouvoir progresser et continuer d’apprendre sans figer son esprit. Je pense que l’harmonie découle principalement des principes d’Awase et Musubi (ce ne sont pas les seuls principes bien évidemment). Deux principes qu’il est intéressant de travailler en tant que Tori mais également en tant que Uke 🙂

      Merci pour la lecture,
      Alex

  8. article que je n’avais pas eu le temps de lire c’est fait ,sujet très vaste car chacun a sa vision de uke et de toli suivant ça compréhension personnel et son niveau de pratique ,le débat est tout aussi interressant merci pour tous ces sujets qui nous interpellent diversement !

    • Bonjour Philippe,

      En effet la question de Tori et de Uke est un sujet très vaste dont l’avis dépend de la recherche personnelle, la compréhension de chacun des Budo. Cela n’est pas figé dans le temps, les avis évoluent, se construisent et se déconstruisent avec le temps, les expériences et les débats font partis des éléments qui amènent à cette progression. D’où l’idée d’un dialogue constructif entre Tori et Uke pour que les deux puissent évoluer et progresser 🙂

      A bientôt,
      Alex

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