Alexandre Grzegorczyk, « la máquina », par Miguel Silva

La vie est parfois pleine de surprises, pleine de rencontres inattendues. Un jour on parcours notre vie sans se poser de question et le lendemain notre chemin croise celui d’une personne qui suscite votre curiosité dès les premiers instants.

Miguel fait parti de ces personnes dont la gentillesse, la beauté intérieure et l’ouverture d’esprit retiennent votre attention. Bien au delà, Miguel est une personne passionnée dont l’évolution de son travail a été impressionnant durant son séjour à Paris.

La première fois où je l’ai rencontré, j’ai été séduit pas sa sensibilité, la prise de conscience de son corps mais également la fluidité et la finesse de ses mouvements. Travailler avec lui a vraiment été une occasion de pouvoir apprendre à ressentir et s’harmoniser au travail de son partenaire, comme il le fait si bien.

A l’heure où un grand nombre de personnes ont besoin d’avoir beaucoup d’explication pour pouvoir comprendre et progresser, la barrière de la langue n’a pas été une difficulté pour Miguel. Sa sensibilité artistique et sa conscience corporelle lui ont permis de s’adapter au travail qui lui était proposé et d’en comprendre les principes. Ce sont des qualités indéniables chez les grands adeptes, et ce sont deux de ses principales qualités.

Avec le temps Miguel est devenu un ami avec qui j’ai eu la chance de rencontrer la femme de Sunadomari Senseï, pratiquer au Kishinkan, au sein du Shinbukan, visiter et pratiquer l’Aïkido chez lui à Valence.

Souvenir d’une soirée en compagnie de Miguel, Leo, la femme de Sunadomari et sa fille

En début d’année, il a eu la gentillesse de me proposer de m’ interviewer pour son blog. Je n’ai pas accepté tout de suite, me trouvant un peu trop jeune pour ce genre d’expérience. Mais je me suis laissé séduire par la proposition et le remercie de m’avoir offert l’occasion de m’y essayer, ce qui j’avoue, est un très bon exercice de réflexion et d’introspection.

La traduction a été réalisée par Pauline Siccardi-Fuentes, élève de Léo Tamaki, dont le travail a été remarquable…

 

Alexandre Grzegorczyk, « la máquina »

Miguel: « Au cours de mon séjour au Kishinkan, j’ai rencontré plusieurs pratiquants d’Aïkido exceptionnels. Je me suis lié d’amitié avec l’un d’entre eux, nommé Alexandre Grzegorczyk.

Alex a tout juste 24 ans mais il a déjà un curriculum martial enviable : 2e Dan de Yoseikan Budo, 1er Dan d’Aïkido. Il a étudié pendant 5 ans à l’Université de Sciences et Technique des Activités Physiques et Sportives, en plus de pratiquer d’autres arts martiaux depuis son enfance.Aujourd’hui, il est professeur d’éducation physique et sportive.

Sa manière de pratiquer m’a surpris et m’a immédiatement fasciné. J’ai été son Uke en une occasion alors que nous pratiquions jiu-waza (techniques libres sur une attaque). Il était très difficile de suivre ses mouvements et d’en sortir indemne grâce à un ukemi ; j’avais beau être concentré au maximum, il m’a fait kotegaeshi (torsion du poignet) et ma tête s’est écrasée contre le tatami. Je l’ai tout de suite trouvé génial!

Huit mois ont passé depuis ce jour. Entretemps, il est venu à Valence, chez moi, et nous avons pratiqué ensemble. Ses camarades de pratique l’appellent « la machine », ce que les miens corroborent. Je crois qu’il sera un géant des arts martiaux.

Alex est français mais sa grand-mère était andalouse. Il a gentiment accepté d’être interviewé, bien qu’il ait émis des réserves, se croyant trop jeune pour cela.J’ai insisté pour qu’il accepte l’interview et il y a répondu aimablement, dans son meilleur espagnol… et l’a fait avec une extrême maturité.

Ci-dessous se trouve notre conversation.

Merci Alex!

(N.D.A.- Uke est celui qui reçoit la technique) (N.D.A.- Ukemi est une manière de se protéger en recevant une technique)

 

Alex, fais-nous un résumé de ton parcours dans les arts martiaux.

J’ai commencé par le Judo à 7 ans et j’ai pratiqué cette discipline jusqu’à mes 11 ans. Au début ça m’a beaucoup plu, mais avec le temps je m’y suis ennuyé. Je participais à toutes les compétitions mais la vérité c’est que je ne supportais pas de perdre. Quand je m’entraînais, j’écrasais souvent les pieds ou je mordais mes adversaires pour qu’ils ne me projettent ou ne m’immobilisent pas.

A ce moment-là je ne comprenais pas grand-chose de l’esprit du Judo et je ne voyais pas pourquoi je ne pouvais pas utiliser l’Atemi pour vaincre.

(N.D.A.: Atemi = coup)

Après le Judo, j’ai commencé à pratiquer la boxe française. C’est une activité très intéressante parce que l’on peut utiliser les mains et les pieds pour donner des Atemi. Le travail du Sen est très présent dans les disciplines pieds-poings. J’ai pratiqué pendant deux ans et j’y ai finalement renoncé parce que je commençais à donner des Atemi pour prendre mon adversaire et le projeter ensuite. Je manquais de discipline et j’ai décidé d’arrêter.

J’ai ensuite découvert le Yoseikan Budo, qui est devenu mon second foyer… Dans cette école je pouvais utiliser les techniques de Judo et de boxe française que j’avais apprises, en plus du Bokken, du Wakisashi, du Tanto, du Ni Tambo, de la Naginata, du Yari, du Jo, du Bo….. Le principe de base de cette école réside dans l’utilisation des principes d’ondulation et de vibration pour multiplier la puissance.

(N.D.A.: Bokken, Wakisashi, Tanto = différents types d’armes)

Depuis le premier jour où j’ai mis le pied dans ce dojo, je ne suis jamais parti. Voilà huit ans que je suis mon Senseï, Jean Luc Dureisseix, un étudiant de Mochizuki Senseï. Ma rencontre avec cet enseignant a été un moment très important dans ma vie. J’allais au Dojo quatre fois par semaine et je m’entraînais chez moi tous les jours.

Il y a un an ont eu lieu quelques changements dans ma vie qui m’ont aidé à prendre la décision de venir vivre à Paris et d’y suivre l’enseignement de Léo Tamaki Senseï. Depuis lors je pratique l’Aïkido au Kishinkan Dojo toute la semaine, bien qu’il y ait une heure et demie de distance entre chez moi et le Dojo.

 

L’Aïkido n’a pas été ta première discipline martiale… Qu’est-ce qui a attiré ton attention ?Est-ce que cela vient compléter ou se différencier des autres arts martiaux que tu pratiques?

En effet l’Aïkido n’a pas été ma première discipline martiale. Je l’ai découvert à travers le Yoseikan Budo. Son fondateur, Hiroo Mochizuki, avait étudié avec Moriheï Ueshiba (fondateur de l’Aïkido) et son père, Minoru Mochizuki. Minoru Mochizuki Senseï a été en même temps un étudiant de Jigoro Kano Senseï (fondateur du Judo) et de Moriheï Ueshiba Senseï. Naturellement, dans une partie du travail du Yoseikan Budo on retrouve des similitudes avec l’Aïkido. Mais pour moi c’est la partie la plus difficile. Je pense que l’Aïkido est l’ultime étape de la pratique.

Avant que je ne rencontre Léo Tamaki, l’Aïkido ne m’intéressait pas. J’aimais beaucoup le combat et je pensais que les pratiquants d’Aïkido ne se préparaient pas pour cela.Au cours des trois dernières années, mon Senseï m’a mentionné à plusieurs reprises le travail de Léo Tamaki et je suis finalement allé à un stage qu’il donnait à La Rochelle.

Cela a été une rencontre très intéressante, parce que j’ai découvert une pratique qui complétait les enseignements que j’avais reçus jusqu’alors. J’étais loin d’imaginer que cette rencontre allait changer mon travail pour toujours. Je pense que ce moment a été comme un moteur dans ma vie.

Depuis lors et jusqu’à présent l’Aïkido complète tous les autres arts martiaux que je pratique. Les principes coïncident.

Alex pratiquant avec Léo Tamaki

 

Je sais que le combat te plaît. Pourquoi te testes-tu toi-même en combattant? Le considères-tu comme une part essentielle du Budo?

Quand j’étais petit, j’aimais beaucoup me battre. Au lycée, j’étais toujours mêlé à des bagarres et à des conflits, je crois que ça faisait partie de moi. Dans ma famille, les gens ont le sang chaud, je parais toujours très calme parmi eux! (rires)

Quand j’ai commencé le Yoseikan, il y avait combat libre à chaque entraînement! Dès le début j’ai participé aux combats avec des étudiants qui avaient un bon niveau. Il y avait de nombreux compétiteurs intéressants, comme le deuxième combattant de Yoseikan de France, un champion de Kempo et le futur champion de France dans la catégorie des 90 Kg. J’ai appris beaucoup de choses avec eux. Il y a bien eu quelques soirs très difficiles physiquement et psychologiquement parlant, mais ça a été une bonne époque. Parfois, j’aimerais revivre ces moments.

Il y a quatre ans, j’ai quitté ma région pour étudier à l’université, mais dans ma nouvelle ville les enseignants ne me plaisaient pas et je n’avais pas envie de pratiquer avec eux. J’ai décidé d’aller dans différents Dojos pour me tester moi-même. J’aimais beaucoup échanger et me confronter à d’autres pratiquants.

Mais avec le temps j’ai découvert que je cherchais à combattre, non pour progresser, mais pour gagner et prouver aux autres que j’étais fort. Si quelqu’un l’emportait sur moi, je retournais m’entraîner pour le défier dans le futur, et si ce n’était pas possible je continuais mon chemin. J’avais une attitude erronée, puisque pour progresser l’important n’est pas de gagner, or je ne pensais qu’à vaincre! Cependant dans la vie l’important est d’échanger des connaissances et d’apprendre de ses défaites.

Actuellement je considère que je me trouve à un moment d’inflexion. Pour pratiquer, évoluer et progresser. Cette année, je vais continuer mon voyage à travers différents Dojos pour connaître d’autres disciplines et d’autres pratiquants. Mais j’essaierai de faire en sorte que mon état d’esprit et mon attitude soient différents de ce qu’ils étaient jusqu’alors.

Si je considère le combat comme étant une part essentielle du Budo ? Bonne question….

Je pense que oui, si on le pratique correctement. Par exemple, le combat de compétition n’est pas intéressant parce qu’il y a beaucoup de règles. Les compétiteurs s’entraînent dans le but de gagner et pour cela ils modifient leurs techniques pour tirer parti des règles. Avec le temps, ils s’habituent à combattre avec des interdits, ce qui réduit les possibilités martiales.

Cependant, dans une bagarre de rue, une situation réelle, on peut frapper des parties vulnérables, crever les yeux, blesser avec des armes, etc, etc… il n’y a pas de place pour l’erreur.

Les compétiteurs d’arts martiaux n’ont pas l’habitude de combattre sans règles et cela peut être un problème. Il est fréquent qu’au cours de mes échanges avec d’autres pratiquants, ceux-ci soient surpris parce que je ne respecte pas les règles. J’ai toujours eu des difficultés avec celles-ci, ma curiosité me pousse à découvrir ce qui se fait au-delà.

Un autre problème de la compétition est l’égocentrisme. Beaucoup sont aveuglés par la victoire, et quand ils gagnent cela renforce leur ego. L’ego étouffe l’instinct de survie. Les compétiteurs sont conditionnés par la pratique qui utilise des techniques peu dangereuses, parce qu’en compétition l’on doit prêter attention à l’intégrité physique des sportifs. Le résultat est que nombre d’entre eux sous-estiment leurs adversaires.

Je ne veux pas dire par là que leur pratique n’est pas efficace. Ils ont une condition physique très développée et en combat sans armes il y a de grandes chances qu’ils s’en sortent… Mais face à des adversaires qui auraient un couteau, c’est une autre histoire…

Je pense que si le travail de combat est exécuté correctement, il est très positif. En Yoseikan Budo, les étudiants avancés pratiquent le Kyohei Randori. Ce sont des Randori d’«  entraide mutuelle ». Mais actuellement de nombreux pratiquants travaillent le Kyohei Randori sans savoir les bases et le pensent comme un jeu. De cette attitude il en découle qu’ils utilisent surtout le physique, or l’intéressant est de travailler sans force et en conservant une bonne structure corporelle.

Pour ce type de Randori, une grande expérience est nécessaire. Les pratiquants doivent être capables de reconnaître si l’exécution technique de leur partenaire est bonne. Ils doivent être capables de sentir le travail de leur opposant pour faire Kaeshi Waza (N.D.A.: contre technique). C’est un type de travail que je retrouve auprès de Léo Tamaki Senseï.

Finalement, je crois que le combat est là pour que l’on se teste soi-même. Et c’est un élément très important dans mon cheminement. J’en ai besoin pour mon évolution. Mais je pense que ce n’est pas un élément essentiel ou indispensable dans la pratique.

Thomas et Alex, deux élèves du Kishinkan


Dans ton expérience du combat, quelle discipline fonctionne le mieux, laquelle est-il plus facile d’appliquer, pour toi? Sont-elles toutes valides?

Je ne pourrais pas affirmer catégoriquement quelle est la discipline qu’il est le plus facile d’appliquer en combat… Je pense que c’est une question de sensations et d’entendement personnel. Dans toutes les disciplines il y a des éléments plus intéressants et d’autres qui le sont moins. Toutes sont valides, tout dépend du contexte.

A l’époque des Samurai, il était nécessaire d’avoir la capacité de combattre dans n’importe quelle situation. Ils apprenaient de nombreuses méthodes comme le Ju Jutsu ou le Ken Jutsu. Si l’on pratique une seule discipline, on ne doit pas penser que c’est la meilleure. On doit être conscient de ses avantages et de ses limites. Si l’on garde cela à l’esprit, ça peut devenir une force.

Mais les Samurai n’avaient pas le temps de faire collection de techniques. C’est pourquoi le plus important était la manière d’utiliser son corps.

La vie est brève et on ne pouvait passer son temps à apprendre des techniques au Bokken, à mains nues ou au Jo. Bouger son corps avec une arme ou sans arme devait être la même chose.Évidemment, il convient d’allier à cela le travail de stratégie et de tactique.

Concernant mon expérience au combat, je pense que ma manière de bouger est le fruit des connaissances que j’ai acquises. Je ne peux pas dire quelle discipline est la meilleure, parce que mon corps n’est pas conditionné comme celui d’un pratiquant de Judo, de Yoseikan Budo, de boxe ou toute autre discipline. Mon corps est le fruit d’expériences et d’entraînements divers. De cette façon, ma manière de bouger est une expression personnelle.

 

T’est-il arrivé de parvenir à appliquer des techniques d’Aïkido lors d’un combat ?

Une fois j’ai utilisé un Iriminage Omote et un Koshi Nage à la sortie d’une discothèque. Comme je viens de le mentionner, je crois que le plus important, ce ne sont pas les techniques employées, mais la manière de bouger son corps et la façon d’utiliser les principes de l’Aïkido.

Ainsi, le Kake (exécution technique) n’est pas le plus important. Ce qui l’est, c’est le Kuzushi, le déséquilibre que l’on crée en prenant l’initiative (Sen). Sans oublier le Tsukuri (la stratégie), qui est l’art d’utiliser la distance (Ma) et la tactique pour obliger l’adversaire à faire ce que l’on veut qu’il fasse. Si le Tsukuri et le Kuzushi sont bons, le Kake le sera aussi.

Cependant, bien des gens se concentrent sur l’exécution des techniques, ce qui en fin de compte n’est pas le plus important. C’est comme l’image du moine qui montre la Lune à son disciple. Il lui dit : « regarde » en désignant le ciel du doigt, et l’idiot regarde le doigt. Cette métaphore pourrait nous aider, nous, les occidentaux qui aimons à décomposer et classer toute chose sans en comprendre le sens au préalable, à différencier l’attitude adéquate de celle qui est erronée. Il convient de travailler chaque élément séparément mais de pouvoir les effectuer tous conjointement en combat. En fin de compte le tout s’exécute en un seul temps, l’ensemble de ces éléments ne fait qu’un. C’est seulement ainsi qu’ils seront efficaces et auront du sens.

Pour y parvenir, l’attitude adéquate consiste à ne penser à aucune technique pendant qu’on est en train de la réaliser. De cette façon, le corps s’exprimera librement sans préjugés ni schémas préconçus. Si l’esprit s’arrête, pense, le combat est déjà terminé…. L’esprit ne doit pas s’arrêter sur l’adversaire, la technique ou le Katana. Il doit bouger avec tout le corps librement. Cet exercice est ce que Takuan Soho appelle « l’esprit de non pensée ».

 

Tu es très jeune, et pourtant tes progrès dans les arts martiaux sont dignes d’envie… Quel type de pratique conseilles-tu pour progresser rapidement, pour améliorer le développement du corps?

Je suis jeune et je pense sincèrement être un débutant dans les arts martiaux. Il y a longtemps que j’ai décidé de consacrer ma vie à la pratique martiale et à mes passions. Je pratique dès que je le peux, et j’essaie de faire en sorte que ce soient au moins deux heures par jour.

Je réalise des exercices de Tanren, qui viennent de l’Aunkaï et de mon professeur de Yoseikan Budo. Par ailleurs, j’aime pratiquer la randonnée et la marche chez moi et en montagne. De plus, je consacre beaucoup de temps à différents exercices provenant des Asubi Geïko du Shinbukan et du Kishinkan Dojo.

Dans mon village, j’ai de nombreuses armes : je travaille avec une Naginata de 2,50 mètres, un Yari de 2,70 mètres, le Bo/Jo, le Bokken, le Ni Tambo, le Tonfa, le Shuriken…

Évidemment, il y a des jours où l’on n’a pas le temps de pratiquer sur le tatami, mais si l’on est réellement intéressé, on peut s’entraîner à n’importe quel moment si l’occasion se présente. Par exemple, en marchant dans une rue, on peut travailler les déplacements, réduire les mouvements inutiles, s’appliquer à ne pas pousser dans le sol…

 

Quels professeurs et quelles disciplines martiales t’ont le plus marqué? Qu’est-ce qui attire ton attention chez ces personnes? (Je sais que tu es fan de Noro senseï…)

J’ai rencontré des enseignants très intéressants. J’ai été très marqué par la puissance d’Akuzawa Senseï et le travail de la structure du corps de l’Aunkaï. Ce qu’il enseigne peut être pratiqué en solitaire, les sensations qui se développent sont très intéressantes.

Le travail de Kuroda Senseï est celui qui m’intéresse le plus. Ses mouvements sont d’une vélocité fulgurante et d’une efficacité sans égale. Ils sont à la fois doux et imperceptibles, c’est pourquoi lorsqu’on le voit bouger il est trop tard. Cette surprise nous transmet une sensation de déroute et de danger, de vie ou de mort, très intéressante pour moi…

Mais les Senseï qui ont le plus marqué ma pratique sont Léo Tamaki en Aïkido et Jean Luc Dureisseix, mon professeur de Yoseikan Budo. Sans ces personnes je n’aurais pas réussi à progresser comme je l’ai fait. Je n’aurai jamais assez de mots de remerciement, c’est pourquoi j’essaie de compenser cela en tâchant d’être à la hauteur de leurs enseignements.

Enfin, j’apprécie beaucoup que tu mentionnes le fait que le travail de Noro Senseï soit celui qui m’impressionne le plus actuellement ! Je ne le connais pas personnellement, je l’ai découvert lors d’une démonstration pendant la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels, l’an passé. Lorsqu’il a commencé à bouger, j’ai pensé : « C’est ça ! ». Sa pratique et ses mouvements étaient incroyables. J’adorerais apprendre de son travail, et cela m’attriste de penser que de nombreux pratiquants d’arts martiaux l’ont oublié.

 

Dans ta pratique, on remarque beaucoup le travail du corps du Shinbukan, de l’Aunkaï, du Kishinkan Aïkido, du Hino Budo. Que recherches-tu en pratiquant avec ces instructeurs?

J’ai eu la chance de rencontrer Kuroda Senseï, Akuzawa Senseï, Mochizuki Senseï, Léo Tamaki Senseï et Hino Senseï. Tous ont des expériences et un travail différents. Mais pour moi ils sont complémentaires, et chacune des choses que j’ai apprises avec eux a sa place dans ma pratique.

J’applique uniquement ce qui pour moi s’avère intéressant et coïncide avec ma vision actuelle du monde martial. Pratiquer avec ces instructeurs m’a beaucoup appris sur mon caractère, mon corps et le monde qui m’entoure.

Pratiquant avec Kuroda Senseï

A notre époque, avec la modernisation et internet, on peut voir de nombreuses vidéos sur le travail de ces Senseï. Mais je crois que c’est une chance que de pouvoir pratiquer avec eux, de pouvoir sentir directement leur travail. Pour moi, il n’y pas de meilleure manière d’apprendre. C’est aussi une façon de se questionner, de faire de l’auto-critique.

 

Récemment, tu as créé un blog. Un post m’a tout spécialement plu, de par l’ouverture d’esprit et l’honnêteté avec laquelle tu y parlais de ta pratique (Confession d’un pratiquant: entre passion et voie) Que cherches-tu à obtenir avec ton blog ?

Il y a longtemps que j’avais envie de créer un blog pour échanger mes expériences et réflexions avec les autres. Écrire permet de réfléchir sur sa propre pratique, sur ce que l’on recherche dans la vie, sur sa vision du monde. Je suis toujours en train de me poser des questions, comme, par exemple, comment peut-on pratiquer sans perdre le sens martial à l’époque actuelle ? Comment peut-on utiliser le corps de manière plus efficace sans appliquer la force ?

Actuellement, je pense qu’il y a beaucoup d’erreurs de la part des pratiquants et de nombreuses illusions fictives sur la pratique martiale, c’est pourquoi il est important de se questionner à ce propos.

De plus, je suis passionné par la vie et par beaucoup d’autres thèmes. Je pensais qu’il serait intéressant d’écrire, d’échanger et de réfléchir avec d’autres personnes. C’est un exercice très difficile et ambitieux, parce que je suis jeune pour tout comprendre.

Je pense que nous sommes à une époque où la technologie et les biens matériels ont trop d’importance. Les gens s’y attachent. Cependant ce sont des biens éphémères, ils ne donnent qu’une illusion de bonheur. Je crois que nous devons réfléchir profondément au sens de la vie. Beaucoup sont déprimés par leur travail, par la famille… Pourquoi ? Nous supportons les routines et nous espérons qu’un jour tout s’arrangera, pendant que nous laissons le temps passer sans vivre pleinement. La vie n’est pas facile, mais c’est une erreur que de la laisser de côté. J’ai la chance de faire ce que je veux, d’aller où je veux. Je veux partager cela pour que, peut-être, quelqu’un le voie et ose vivre ses rêves. Je considère que c’est cela, le sens de la vie d’une personne passionnée.

 

T’intéresserait-il d’enseigner les arts martiaux ? Quelles disciplines enseignerais-tu ?

Oui, j’aimerais beaucoup enseigner les arts martiaux. Quand je reviens dans ma ville, mon professeur de Yoseikan Budo me laisse partager et montrer ce que j’étudie à Paris. C’est une expérience très enrichissante. J’aime beaucoup enseigner ce que j’ai appris et découvert pendant mes absences.

Quelle discipline enseignerais-je ? Bonne question ! J’enseignerais probablement le fruit de mon expérience et ce que j’ai compris du travail des instructeurs que je suis.

 

Sans doute un jour te verrons-nous donner des cours… Te plairait-il de venir à Valence si l’occasion se présentait ?

Valence est une ville que j’adore. Je suis d’origine espagnole, du fait c’est une destination que j’apprécie particulièrement. Si mon travail intéresse les Valenciens, j’irai avec grand plaisir partager le peu que je sais. Et, bien sûr, apprendre également.

Nous nous verrons donc bientôt, Alex!

Merci beaucoup! »

Deux souvenirs d’un soir de pratique, avec Miguel, Marie et Alex

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Une réflexion sur “Alexandre Grzegorczyk, « la máquina », par Miguel Silva

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